Le réveil du lion

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Triolet a revêtu hier ses habits rouges. Affiches, banderoles, drapeaux, oriflammes. Embouteillage monstre, tintamarre composé de klaxons, djembé, pétards. Le plus long village du pays a connu une fièvre digne d’une élection. Une foule de plus de 5 500 sympathisants (4 000 selon la police) est venue renouer avec Navin Ramgoolam. Qu’on veuille l’admettre ou pas, le leader travailliste a réussi son come-back politique au n°5, pratiquement deux ans après avoir été éjecté, de manière brutale, de la scène politique.

Ceux venus l’écouter applaudissaient à chaque flèche qu’il décochait contre les Jugnauth. On avait du mal à croire que c’était le même Ramgoolam qui hier était à genoux, le col de sa chemise en lin défait aux mains des policiers venus l’arrêter comme un vulgaire malfrat, après avoir été livré à la vindicte populaire. On disait qu’après cela, le leader rouge n’allait pas pouvoir monter sur une estrade et montrer son visage en public, qu’il devait impérativement «step down» pour permettre à son parti de repartir sur de nouvelles bases, que les Mauriciens n’allaient plus le prendre au sérieux.

Vu le succès populaire que Ramgoolam a remporté hier dans son fief, qui semble l’avoir de nouveau adopté, on peut tirer au moins trois conclusions, qui sont reliées entre elles :

1) Ramgoolam conserve son flair politique et a su choisir un timing juste pour marquer son retour et frapper les esprits ;

2) l’électorat (rural ici) possède soit la mémoire courte, soit adore les joutes oratoires entre Ramgoolam et Jugnauth, devenues son sport de prédilection (comme dans d’autres pays on va aux matches de foot) ;

 3) l’alliance Lepep, en moins de deux ans, a créé une impressionnante vague de mécontentement qui s’élève contre sa façon de gouverner et qui voit en Ramgoolam un opposant valable qu’il faut soutenir.

Contrairement à Paul Bérenger, qui utilise à fond les PNQ et ses conférences de presse hebdomadaires pour rester au cœur des actualités, après la terrible déroute de décembre 2014, le leader du PTr a préféré, lui, se faire petit, dans un premier temps, avant de rebondir sur ses pattes. Il avait évidemment d’autres préoccupations : son amie menacée d’extradition d’Italie, lui-même poursuivi sous six chefs d’accusation, et privé de déplacements à l’étranger, et faisant l’objet d’un lynchage médiatique grâce aux dossiers «confidentiels» savamment distillés par quelques ministres de Lepep.

Faisant sienne la phrase de Sarkozy – «il ne fallait pas venir m’emmerder !» –, Ramgoolam est sorti de sa tanière pour cristalliser les tensions, les rancoeurs, les déceptions qui émanent de la rue.

Opportuniste, il surfe allègrement sur le passage de témoin premier ministériel de SAJ à son fils. Et réclame, comme Bérenger, des élections anticipées, car le PM in waiting n’a pas une légitimité issue des urnes. Il a entamé, hier, sa marche pour une revanche sur l’histoire. Il tient désormais un discours moderne en faisant appel aux jeunes sur les réseaux sociaux et en prônant un discours de démocrate (face à la dérive monarchique des Jugnauth – ou quasi dictatoriale à la Lee Kuan Yew –, aidés dans leur entreprise par Duval et Collendavelloo, devenus des flagorneurs en chef).

En véritable stratège, Ramgoolam a enterré son projet de IIe République et, désormais, affirme qu’il nous faut limiter, à deux termes, le mandat du PM. Pour faire cela, bien évidemment, il a besoin de retourner au pouvoir… n’est-ce pas ?

Et si ce lion se réveille pour de bon, peut-il encore se mettre debout sur ses quatre pattes ?

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