Dans le dos du peuple

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Et Pravind Jugnauth entrera à l'hôtel du gouvernement par la petite porte... Peu importe si la Constitution le permet, peu importe si le poids de l'âge de SAJ lui impose une retraite anticipée, les citoyens ont l'étrange impression que leur vote de décembre 2014 en faveur de Lepep a été confisqué, que leur confiance a été volée.

Quoi qu'en dise Duval et Collendavelloo qui, pour amortir d'éventuelles secousses, affirment qu'il est normal que Jugnauth fils succède à son père, qu'il y avait cette possibilité-là, que c'était une condition connue, le peuple, lui, se sent dupé. Parce qu'une élection n'est pas une affaire de partenaires, mais un engagement entre les politiques et la population. Et le choix d'un Premier ministre est une clause majeure qui détermine le vote.

En décembre 2014, la proposition était claire : SAJ vs le tandem Ramgoolam/Bérenger avec sa répartition des pouvoirs autour de la seconde République. Jamais un partage de primeministership père-fils n'a été évoqué par l'Alliance Lepep, jamais le plan de carrière d'un Pravind Jugnauth devenant Premier ministre en cours de route ne fut dit. Bien au contraire : toute la campagne électorale fut axée autour de la personnalité de SAJ, de son expérience d'antan, de ses années à la tête du pays. Partout dans l'île, des affiches nous présentaient alors le retour de Rambo qui, on le découvre depuis quelque temps, s'est lui-même surestimé, à voir son incapacité à diriger son équipe d'une poigne ferme et à tenir ses promesses électorales.

En avouant aujourd'hui que l'option de céder le fauteuil de Premier ministre était envisagée dès le départ, les leaders de l'Alliance Lepep nous disent donc qu'ils ont délibérément et consciemment escamoté les règles du jeu, en cachant une partie de la vérité à la population. D'où l'indignation légitime – depuis cette annonce – d'une grande partie de l'opinion, tant le procédé ressemble à une arnaque. Et l'appropriation de ce débat –indépendamment des politiciens qui ont tous les mêmes intérêts : se prendre pour les propriétaires du pays – dans l'espace public, que ce soit sur les ondes des radios, dans les journaux ou sur les réseaux sociaux, est salutaire. Cela prouve que face au mépris des politiques qui nous vendent et nous font avaler tout et son contraire, le citoyen, lui, ne veut pas être pris pour acquis.

Contrairement aux vociférations démagogues de l'opposition dont l'obsession est juste de prendre le pouvoir à n'importe quel prix, les Mauriciens veulent participer à la vie démocratique du pays en réclamant le retour sur leur vote et en dénonçant une malhonnêteté. Toutes ces paroles libérées, ces opinions libres, sont à encourager à l'heure où il y a une profonde déception face à la classe politique qui nous prouve que l'alternative du changement n'a lieu qu'au niveau des couleurs politiques, l'ambition étant la même pour tous : on prend les autres et on recommence.

Qu'est-ce qui différencie aujourd'hui la police de l'Alliance Lepep (qui a cru utile de débarquer chez Gérard Sanspeur pour une histoire de rapport sur Heritage City avant de subir un revers de la cour d'Italie dans l'affaire Soornack), de celle de l'alliance sociale ? Comment ne pas s'indigner devant toutes ces nominations dont la seule compétence demeure le copinage politique ?

Alors que pendant ce temps, le pays assiste impassible à une série de guéguerres claniques, quand l'économie ne stagne pas malgré la prétendue vision 2030 qui ressemble au même mirage laissé par le miracle économique promis. Une toile de fond qui témoigne d'une profonde désillusion ressentie par une grande majorité des citoyens et qui ne facilitera pas la tâche de Pravind Jugnauth. Qui, sans plébiscite populaire, fera son entrée à l'hôtel du gouvernement par la petite porte... 

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