Le sérum de Ramgoolam… les Jugnauth !

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C’est un retour lourd de sens. Après un exil forcé, Navin Ramgoolam, dopé par l’actualité, revient aujourd’hui dans la circonscription – qui l’a éjecté, de manière brutale, en décembre 2014. À l’époque, personne ne pouvait prédire que le Premier ministre travailliste allait mordre la poussière dans son fief, battu pour la troisième place par un illustre inconnu, en la personne de Sharvanand Ramkaun (alliance Lepep) et ce, par plus de 3 000 voix. C’était la première défaite du fils Ramgoolam au nº 5 depuis 1991. Un revers historique. D’où l’importance, pour lui, de ces retrouvailles du jour avec ses mandants.

Après 20 mois, aujourd’hui, on comprend mieux que ce n’est pas Ramkaun, encore moins Lepep, qui a eu sa tête, mais c’est plutôt Ramgoolam lui-même qui s’est tiré non pas une, mais plusieurs balles, dans le pied. Outre l’usure du pouvoir (2005-2014) et de nombreuses casseroles, dont les faveurs accordées à Nandanee Soornack, l’électorat voulait lui dire un non sonore par rapport à ses ambitions pouvoiristes avec son projet de IIe République. Un projet, concocté à la va-vite avec le leader du MMM, dans la plus grande discrétion, et rejeté, par la suite, par l’électorat.

Cependant, les événements de ces derniers jours renversent la vapeur en faveur du leader travailliste. Alors que Navin Ramgoolam a perdu le pouvoir après des élections législatives en bonne et due forme, son rival, le fils de SAJ, va, lui, accéder au poste suprême sans passer par des élections. Ou en passant par «l’imposte», comme le dit, de plus en plus, l’homme de la rue. C’est toute la différence.

L’électorat n’aime pas les combines, surtout celles qui se font derrière son dos. Le tandem Ramgoolam-Bérenger l’a appris à ses dépens. Et aujourd’hui, le leader rouge va capitaliser sur sa propre expérience vécue pour acculer les Jugnauth. «Oui, c’est vrai que je suis le fils de SSR, pourrait-il plaider, tout à l’heure, lors de son meeting. Mais moi, je n’ai pas eu le pouvoir de cette façon-là. Je suis passé par les urnes. J’ai été plébiscité par l’électorat. C’est vous qui m’avez porté au pouvoir. Et c’est encore vous qui m’avez botté hors du pouvoir. C’est cela la démocratie. Ce qu’Anerood Jugnauth fait pour son fils n’est pas de la démocratie…»

Navin Ramgoolam va expliquer que seuls les leaders de Lepep étaient au courant de cet arrangement (du passage de témoin de SAJ à Pravind Jugnauth après deux ans), alors que l’électorat, lui, était dans le flou. «Vous avez été floutés», va-t-il marteler à Triolet aujourd’hui.

Et il aura raison. Car même si la Constitution permet à Pravind Jugnauth, en tant que leader du MSM, d’accéder au PMO, le fait majeur demeure que cette éventualité ne figure aucunement dans le programme de Lepep. Cela ressemble à un tour de passe-passe constitutionnel.

Si le projet de IIe République a été mortel pour Ramgoolam, l’arrangement entre les Jugnauth, avec la complicité des Duval et Collendavelloo, apparemment au courant de ce contrat d’héritage, et les affaires du gouvernement Lepep qui se chevauchent, risquent de lui donner un regain de popularité, un sérum pour une nouvelle vie. Le fils Ramgoolam ne pouvait rêver mieux pour son come-back : ferrer les deux Jugnauth avec un seul hameçon !

Quant au reste d’entre nous, c’est-à- dire ceux qui ne sont pas issus de dynasties politiques, il nous faut prendre notre mal en patience, avant de voir, un jour, émerger cette notion de méritocratie en politique. En d’autres mots, quand verra-t-on une personne qui ne porte pas ni le patronyme de Jugnauth ni celui de Ramgoolam susceptible de former un gouvernement fort et moderne ?

En attendant, en ce jour d’anniversaire de SSR, regardons ce duel des fils de Premier ministres, puisqu’il s’agit, semble-t-il, de l’un de nos sports favoris...

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