Anbalao

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A qui a-t-on affaire ? Est-ce que ce gouvernement réalise que le cafouillage permanent au sommet de l’État confirme, aux yeux de la population, une image d’amateurisme de ses dirigeants ? Comment qualifier ce désordre auquel on est forcé d’assister avec l’histoire d’Heritage City, véritable saga dont l’avenir était assuré dans le Budget, mais enterré (avec raison) il y a un mois par le tandem Jugnauth-fils/Sanspeur, puis «revived» selon un communiqué du Conseil des ministres vendredi après-midi, pour être de nouveau remis en terre samedi par un Pravind Jugnauth aussi étonné que les citoyens de la sortie de cette (vraie, fausse ?) information ? Valeur du jour, on ne sait toujours pas si le projet Heritage City est réellement mort ou s’il fait semblant. 

Entre le leader du MSM qui affirme que la décision de la renaissance de ce projet n’a pas été prise et le communiqué du Conseil des ministres qui se lit ainsi : «Cabinet has agreed to the Heritage City project being revived. A Committee chaired by the Prime Minister would finalise all issues», qui croire ? Et comment arrive-t-on à un tel chaos où le leader du parti majoritaire d’une alliance doit «find out» ce qui s’est passé après la sortie d’un compte- rendu «pas correct» (selon ses dires) d’un Conseil des ministres auquel il a assisté ? Impensable ! Incompréhensible !

Est-ce que les événements auxquels on assiste traduisent un jeu de rapport de force qui se déroule en coulisses ? Car il faut dire qu’il y a d’abord eu un premier courriel avec les délibérations du Conseil des ministres sans l’item Heritage City, puis un second émis quelques minutes plus tard avec, cette fois, l’annonce du retour de ce projet qui a provoqué une surprise générale, dont celle (nous le savons depuis) du leader du MSM. Une information, faut-il le préciser, qui n’a jamais été démentie alors qu’elle suscitait un véritable flot de commentaires dès vendredi après-midi. Mieux, le responsable de communication du Bureau du Premier ministre fait la confirmation suivante dans les colonnes de l’express samedi : «Je vous donne la garantie que le communiqué du Conseil des ministres que j’ai reçu a, comme premier item, Heritage City», déclare-t-il, alors qu’il est interrogé sur les deux communiqués.

Mais coup de théâtre samedi matin, avec une incroyable déclaration du leader du MSM : «J’ai appris qu’il y a eu un second communiqué du Conseil des ministres. Ce n’est pas correct. Je confirme que nous n’avons pas pris de décision pour faire revivre Heritage City. J’exprime mon étonnement.» Ainsi, le leader du MSM ignorait qu’il y avait un second communiqué qui parle d’Heritage City, projet qu’il ne porte pas dans son coeur. Contrairement à son père de Premier ministre. Quelle ambiance ! Si ce n’est pas une atmosphère anbalao, on se demande ce que c’est ! Interrogé à son tour, Roshi Bhadain, père d’Heritage City, qui est en mode guerre ouverte avec Gérard Sanspeur, conseiller de Pravind Jugnauth, choisit l’esquive en affirmant qu’il ne peut révéler ce qui s’est passé au Conseil des ministres.

Soudainement, sur une question d’aussi grande importance, le plus volubile des ministres évite les questions des journalistes. Constat : Bhadain ne dément pas la nouvelle, ne juge pas nécessaire de se mettre sur la même longueur d’onde que son leader, et n’est semble-t-il nullement étonné du réveil de son bébé d’entre les morts. Y a-t-il une analyse autre que celle d’un match Roshi-Pravind qui se profile à l’horizon ? Si l’étonnement est de mise, c’est que, pour l’heure, SAJ, qui avait affirmé au Parlement sa tristesse de devoir abandonner le projet Heritage City pour s’incliner devant le vœu de la majorité, semble être l’un des seuls à soutenir le ministre Bhadain dans cette aventure. Mais jusqu’à quand décidera-t-il de ne pas entendre la voix de son fils qui a dit publiquement que Sanspeur (contre qui une déposition a été faite à la police par le même Bhadain) avait agi avec son consentement ? 

En tout cas, si Pravind Jugnauth dit la vérité et qu’aucune décision n’a été prise lors du Conseil des ministres de vendredi dernier, qui a donc le pouvoir (avec ou sans la bénédiction du Premier ministre ?) d’émettre un second communiqué et d’y inclure cet item ? À qui profite le crime ? À qui a-t-on affaire dans ce gouvernement ?

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