Une éducation civique à la démocratie

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«C’est l’intelligence qui nous permet d’apprendre par l’expérience et de faire des projets pour l’avenir. C’est elle qui nous fait renoncer au bénéfice immédiat et temporaire au profit des bénéfices permanents. Cette partie de la nature humaine reconnaît que la sécurité et le bonheur d’un homme dépendent d’une société qui fonctionne bien et qu’une société qui fonctionne bien dépend de la loi et que l’homme doit se soumettre à la loi pour avoir la paix, et c’est cette faculté de raisonnement qui est responsable de tout progrès humain dans le domaine de l’histoire, de l’art, de la science, de l’agriculture, de l’industrie et du gouvernement.» – Albert Einstein

J’ai choisi d’inclure ce large extrait d’un discours d’Albert Einstein pour le mettre dans le contexte que connaît l’île Maurice en ce moment : d’une part, avec la Vision 2030 et l’objectif de devenir un pays développé et riche, qui fait apparaître dans l’imaginaire de chacun une île Maurice calme et sereine où tout le monde serait joyeux, la tête pleine d’espoir. Mais, d’autre part, on voit actuellement beaucoup de défis de société : crimes, drogues, pauvreté, pollution, corruption, délinquance, chômage, individualisme, indifférence, etc. Tout cela nous brosse un futur sombre et peu attrayant.

Que faut-il faire ? Des économistes nous diront que la solution viendra de la croissance. Des religieux nous rappelleront que la solution serait la foi en Dieu. D’autres, des scientistes philosophes par exemple nous diront que maîtriser la nature et la contrôler aiderait dans ce sens.

Mais personnellement, je pars dans la direction d’Einstein – l’homme doit se soumettre à la loi. Je pense que c’est seulement la loi qui peut fédérer les citoyens vers un objectif commun. Or, cette notion de loi est acquise individuellement et de façon informelle, c’est-à-dire dans les conversations de salon ou de rue et dans la presse. Or, si on est convaincu que seule l’observance de la loi amènerait la paix et la sécurité dans un État, son éducation devrait se faire dans des écoles et d’une façon formelle.

La connaissance de la loi serait à mon avis plus importante que la connaissance technique. Quand je parle de la connaissance de la loi, je ne parle en aucun cas des études poussées qui mèneront à être avocat, notaire ou juge. Mais plutôt celle qui aiderait les citoyens à vivre dans un pays démocratique. Elle devrait comprendre les six domaines de savoirs comme suit : la formation de bonnes habitudes, divers aspects de la justice, l’organisation administrative, l’organisation politique, les principaux de- voirs de la vie familiale et sociale et les relations internationales.

Quelques idées pratiques à l’implémentation de ce projet :

L’âge d’apprentissage

En analogie à une plante à laquelle on met un tuteur dès les premiers jours pour s’assurer qu’elle pousse droit, je pense que l’apprentissage de vivre en société et des lois qu’elle comporte commence dès la maternelle. Une pédagogie appropriée devrait aider l’enfant à connaître son rôle et ses responsabilités dans une société. Apprendre à dire bonjour à quelqu’un en chemin paraît tellement banal, mais a toute son importance dans la cohésion d’une société. J’observe, et je pense que c’est aussi le cas de nombre de personnes, que les gens ont oublié comment se dire bonjour. On regarde plus les smartphones, ou on écoute de la musique à travers des oreillettes au lieu d’être présent à l’autre en disant bonjour.

Le contenu

Ici, ce serait important que les élèves apprennent à acquérir un es- prit critique sur l’élaboration des lois et le but recherché en faisant et en respectant une loi. Ce serait une faute d’utiliser la même pédagogie qui est utilisée pour enseigner les autres matières telles que les mathématiques ou les sciences ; c’est-à-dire, une transmission du savoir de l’enseignant à l’élève par le biais des livres et les questionnaires. Ce serait souhaitable que le contenu comprenne l’histoire de la construction d’une cité, les penseurs qui ont pensé sur l’organisation d’une cité, les premières lois établies et les évolutions jusqu’à maintenant. Les textes d’Aristote, Locke ou Rousseau seraient les bienvenus dans des manuels scolaires. Tout cela afin que l’élève se situe avant que des lois et mœurs locales soit étudiées. Il est important de mettre l’accent sur la pédagogie d’enseignement pour ce contenu car ce qu’on veut n’est pas un dressage de l’élève mais plus une conscientisation de l’élève par rapport à son rôle à jouer dans la société.

L’environnement d’apprentissage

 En s’embarquant dans le projet de rendre l’éducation civique une matière officielle, le problème résidera dans l’environnement dans lequel l’élève vit et évolue : on ne peut pas enseigner et noter un élève sur les lois sociétales et le besoin de les respecter si la société ne vit pas selon ces mêmes critères. Plus près de lui, il s’attendra à ce que l’enseignant et aussi l’établissement scolaire vivent les valeurs qui sont enseignées. On voit donc que pour la réussite du projet, le projet en lui-même doit dépasser le cadre scolaire pour s’étendre plus vers un projet national : tous les citoyens doivent s’y mettre.

C’est un projet de société, donc politique. Une réelle volonté politique est requise. C’est un choix courageux et ambitieux qui est demandé, car les résultats seront moins quantitatifs financièrement mais plutôt qualitatifs. On n’aura certes pas des «robots» fraîchement sortis des écoles et prêts à entrer dans l’engrenage de la machine à produire de la croissance à tout prix, mais on aura par contre une société faite d’hommes et de femmes qui travailleront ensemble dans le respect mutuel à réinventer une société plus juste. J’in- vite les responsables de la réforme de l’éducation à y prêter attention.

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