Fièvre affreuse

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Rodrigues baigne dans du sang. Des enfants terrorisés, du bétail abattu sauvagement, des pertes économiques conséquentes (environ Rs 60 millions), une cruelle absence de mesures de biosécurité; celle-ci désignant de manière générale l’ensemble des mesures préventives et réglementaires visant à réduire les risques de diffusion et transmission (accidentelles ou malveillantes) de maladies infectieuses dans les populations humaines ou chez le bétail. Et la fièvre aphteuse, importée d’Afrique, est venue nous rappeler à quel point nous sommes vulnérables et mal préparés face aux maladies virales.

Les images de cruauté envers les animaux contaminés, provenant de Rodrigues, qui circulent sur la toile ces jours-ci, non seulement ne reflètent pas la relation paisible et affectueuse qu’entretient l’éleveur rodriguais avec son troupeau, mais ces images rendent un mauvais service à la vision romantique que l’on se fait de Rodrigues et de sa nature.

Cela nous rappelle la polémique provoquée par la Corée du Sud, il y a quelques années, qui avait choisi d’adopter une méthode radicale pour exterminer des millions d’animaux contaminés ou pouvant l’être. À l’époque, des associations de défense des animaux avaient diffusé une vidéo montrant des porcs balancés en masse dans une grande fosse avant d’être enterrés vivants. Les images, d’une cruauté inouïe, avaient choqué plus d’un.

Il faut savoir que l’abattage sauvage des animaux est contraire aux directives internationales qui insistent que les animaux soient anesthésiés avant leur mise à mort. Mais en temps d’épidémies, ces règles d’éthique sont ignorées par les pays touchés, comme cela a été le cas chez nous. C’est le propre des pays sous-développés que de maltraiter ainsi les animaux.

Si la fièvre aphteuse est une maladie virale grave du bétail, hautement contagieuse, la majorité des animaux surmonte la maladie, avance l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). En fait, selon plusieurs études, plus de 90 % des animaux contaminés pourraient survivre. Mais le fait est que les animaux sont abattus prématurément pour des raisons économiques. En d’autres mots, il coûte moins cher d’abattre les animaux et d’indemniser les éleveurs que de soigner et vacciner ces bêtes. C’est donc la rationalité économique qui dicte les exécutions suivies d’enterrements à la chaux des animaux susceptibles d’être atteints par la fièvre aphteuse.

Hormis quelques voix qui se font entendre ça et là, la majorité d’entre nous se fichent du sort d’êtres vivants considérés comme de vulgaires marchandises à faire disparaître. Loin de nous l’idée de jouer aux hypocrites qui défendent les chauves-souris, bichonnent leurs chiens tout en mangeant du poulet, du boeuf ou du porc, mais on voulait juste rappeler, en ces jours de fièvre aphteuse, ce que nous a légué Gandhi, c’est-à-dire qu’on reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. Et les touristes que nous recherchons sont sensibles à cela, et à la biosécurité.

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