It is their time to eat (part II)

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Le 30 avril 2016, l’express-samedi publiait un portrait-enquête de Kailash Trilochun, sur deux pages, avec, en guise d’intro, ce questionnement : «Cet avocat, doublement parenté au ministre des Infrastructures publiques et du transport en commun, est de plus en plus grassement payé avec l’argent des contribuables; qui est cet homme ?» On pensait, manifestement à tort, qu’en braquant ainsi les projecteurs sur le cousin et beau-frère de Nando Bodha, cet article et les nombreux commentaires qu’il a générés allaient quelque peu calmer ses ardeurs. Or, en prenant connaissance de sa facture révoltante de Rs 19 millions, on ne peut que déduire que pour des gens comme Trilochun, l’appétit vient surtout en mangeant.

Et aujourd’hui, il est un peu tard pour le MSM de venir publiquement congédier Me Trilochun. Le mal est fait. Et sa malle est pleine et il va sans doute se la faire sous nos yeux ébahis. La vraie question qui nous intéresse : l’avocat, qui s’est rempli les poches avec nos roupies et qui n’est pas connu pour être une lumière apparemment, va-t-il nous rembourser ? Peu nous chaut du reste…

En 19 mois, grâce à des individus comme Trilochun et des projets comme Heritage City, l’alliance Lepep a perdu sa crédibilité et a atteint un niveau d’insatisfaction record. Ce qui offre un contraste saisissant avec ses promesses de nettoyage qui ont été faites dans le cadre des législatives 2014. On va continuer à le marteler : les premières phrases du manifeste électoral de Lepep se lisent ainsi : «Notre pays doit CHANGER, c’est notre conviction profonde et c’est aussi le vœu légitime du peuple. Nous pourrons bâtir ensemble cette île Maurice que vous êtes en droit d’attendre. Une île Maurice débarrassée de la FRAUDE, de la CORRUPTION et du COPINAGE; (…) un pays où primera l’ÉGALITÉ DES CHANCES…». Dans la pratique, ce n’est pas ça.

Avant Lepep, il y avait aussi Me Yatin Varma qui convoitait les cachets pour n’importe quel Legal Advice. Aujourd’hui, on a l’omniprésence de Me Kailash Trilochun, de la RDA à la FIU en passant par l’ICTA et la MSCL. Sous Ramgoolam, le pandit Sungkur, proche des travaillistes, avait reçu un bout de la plage publique de Trou-aux-Biches pour faire un snack. Sous Jugnauth, l’époux de la PPS Boygah reçoit un barachois pour cultiver des bambaras. Les similitudes sont saisissantes.

Depuis janvier 2015, les affaires s’accumulent dans une confusion du sens et une perte de repères : nomination du fils de Raj Dayal à la tête du Conciliation Service; celle encore plus controversée de Vijaya Samputh à la tête du Trust Fund for Specialised Medical Care ; présence en force des proches du pouvoir sur la liste des 60 médecins recrutés temporairement par la Santé ; SAJ poursuivi par un client de la Bramer Bank pour avoir retiré son argent juste avant que le permis de cette banque ne soit révoqué ; recrutement de la fille de la speaker comme CEO de la SLDC ; auto-recrutement de Youshreen Choomka à l’Independent Broadcasting Authority ; nomination de Christelle Sohun à l'Independent Review Panel; confusion des rôles des ministres dans l’enquête sur Dufry-Frydu ; factures impayées de Showkutally Soodhun ; implication du ministre Gungah dans l’affaire NTA ; bras de fer entre le DPP et le gouvernement ; comparution de Prakash Maunthrooa, Senior Adviser au PMO, dans le cadre de l’affaire Boskalis ; enquête de l’ICAC sur le projet de Yihai au Domaine les Pailles ; emprunt en euros du ministre des Finances auprès de la State Bank pour spéculer sur l’or ; convocation de Raj Dayal pour des «bal kouler» dans le cadre de la fête Holi ; bras de fer Sanspeur-Bhadain ; frais pour Stree Consulting ; délation au plus haut niveau de l’État…

Tout cela rend le public sceptique sur nos dirigeants. Le titre de cet édito, utilisé une première fois le 30 avril 2016 dans le cadre du portrait-enquête sur Trilochun, est inspiré d’un livre sur le travail du Kenyan John Githongo, journaliste qui mène, depuis de longues années, une lutte contre la corruption endémique à Nairobi.Au Kenya, «manger» veut dire «se gaver aux dépens de l’argent public». À Maurice, l’heure du repas a bel et bien sonné. Allons-nous subir ou réagir ?

Retrouvez les deux autres parties de l'éditoriale ' It's time to eat'

 “It is their time to eat...”

It is their time to eat - Part III (The case of Vijaya and Anil)

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