Conséquences... En Héritage

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La décision de geler le projet Heritage City est définitivement la bonne.

Il y avait bien trop d’impondérables qui, depuis des mois, minaient ce que l’on ne peut que décrire comme un projet pharaonique ; puisque largement présenté comme tel d’ailleurs. Malgré les promesses de fontaines musicales, plusieurs ministères neufs et «high-tech», des lasers qui trouent le ciel, des jardins bucoliques, des appartements de luxe et un Parlement à clocher dernier cri, il devenait clairement de plus en plus difficile de (nous) convaincre de sa pertinence dans la longue liste de priorités nationales.

Ce qui rappelle, un peu, la situation actuelle du Brésil. Ceux qui ont commandé ledit projet ont ainsi été confrontés à l’opinion publique, les architectes locaux, des ingénieurs et, sans doute le ministre des Finances aussi. Peut-on, en effet, imaginer que son conseiller spécial n’ait pas eu son feu vert avant de s’attaquer au projet ? Au point où ceux qui voulaient d’abord «sentir le vent» au sein du gouvernement ont, en fin de semaine, profité de la fronde musclée menée par Gérard Sanspeur, pour se prononcer négativement. Au demeurant, Roshi Bhadain, qui pilotait ce projet avec appétit depuis presque ses débuts, s’est retrouvé finalement, bien seul. Même celui dont le nom avait été invoqué pour nous laisser l’«héritage» en question, le Premier ministre lui-même, et sans la bénédiction duquel le projet n’aurait pas été aussi loin, même conceptuellement, n’a pas suffi pour endiguer (!) la révolte.

Il y aura des conséquences bien évidemment.

D’abord et avant tout, cette décision de geler le projet semble avoir été instrumentalisée non pas, simplement, par le fait que ce n’est pas une priorité financière ou logistique, mais surtout par le risque que le barrage de Bagatelle puisse un jour céder ! Soulignons qu’évoquer une telle possibilité, sans aucune étude sérieuse, pourrait finalement relever de l’hypothèse de quelqu’un qui fait, gratuitement, du pur «catastrophisme». En effet, RIEN n’est certain dans la vie. Une catastrophe est toujours du domaine du possible… à divers degrés de probabilité ! Par exemple, la NASA, avec les meilleurs moyens techniques et scientifiques du monde, a lancé des navettes Challenger depuis 1982 avec une probabilité estimée à 94,8% de «fail safe». Pourtant, en 1986 et 2003, deux ont bien explosé, avec deux fois sept astronautes morts!

Un barrage PEUT céder à Bagatelle ou ailleurs, un volcan PEUT surgir du Trou-aux-Cerfs, une montagne PEUT s’effriter n’importe où et un tsunami PEUT avoir lieu, mais la question-clé est de savoir à quel degré de probabilité et si on peut alors vraiment mesurer et assumer ce risque.

Le barrage de Bagatelle, qui n’est d’ailleurs pas à une controverse près, avec des retards considérables de finalisation, des insinuations de dessous de table et des dépassements de budget proprement impensables, a été inauguré en mai 2012 au coût estimé de Rs 3,3 milliards et le 23 décembre 2014, l’express, citant le rapport annuel de l’Audit, parlait déjà d’une facture Rs 5,4 milliards (+64%) ! Gageons que la note finale sera encore plus élevée! Mais là n’est pas la question du jour. En effet, la question que l’on peut (que l’on doit !) se poser, maintenant que la question a été soulevée par Sanspeur et mollement taclée par Bhadain, est de savoir si quelque part dans les rapports et contre-rapports divers et nombreux d’ingénieurs, de QS, de panels de consultants, de contacteurs et autres (ils ont touché combien, en tout?), il s’y retrouve ne serait-ce que quelques paragraphes voulant bien nous dire le taux de risque que le barrage cède un jour et, surtout, de situer ce risque relativement aux taux pour les autres barrages du monde !

Car, s’il y avait vraiment un risque au-dessus des normes, ce risque s’applique évidemment, à divers degrés, à toute la région qui englobe déjà la cybercité, les terrains d’ENL ou se profile une smart city, l’autoroute M1, celle de Terre-Rouge–Verdun, etc. Le public mérite évidemment une réponse claire et nette. Elle pourrait peut-être se trouver aussi dans un rapport de Disaster Management au ministère de l’Environnement du temps de Dayal?

L’épisode Heritage-Bagatelle Dam peut nous mener à poser quelques autres questions intéressantes.

D’un intérêt particulier, on peut se demander comment et pourquoi Bhadain, qui n’est pas stupide, n’a pas posé les mêmes questions que nous et s’est retiré sur la pointe des pieds plutôt que de se battre? Qu’est ce que cela cache? Et à l’hypothèse que Sanspeur ne peut pas être passé à l’attaque sans le soutien de son ministre, on peut se demander comment une allocation de Rs 2, 7 milliards en faveur de Heritage City était toujours au discours du budget le 29 juillet et ce qu’il en adviendra désormais. Si le projet tentait de réapparaître en amont du réservoir de Bagatelle (à Aurea?), il est sans doute impossible de donner les premiers coups de pioche (on devait pourtant démarrer, ces jours-ci… en août 2016) avant au moins de nouvelles études de terrain, des études de raccordements routiers, de nouveaux dessins d’architectes, etc. Ce qui va vouloir dire un retard d’impact économique de ce chantier et ainsi menacer les 4,1% de croissance sur lesquels on comptait, à fin juillet. Le tracé de Metro Express que l’on devait, en passant, redessiner pour raccorder au Heritage City de Bhadain, devra-t-il aussi être réorienté à nouveau? Vous imaginez la tête des Singapouriens? Et les dégâts?

Et l’on ne parle évidemment pas des conséquences sur le plan humain, au sein du gouvernement. Le prêt de 100 millions de dollars que nous ramenait Soodhun de l’Arabie saoudite, par jet privé siouplaît, a dû être «approuvé» sur la base de dossiers plutôt bien ficelés de Heritage et du Metro Express, n’est-ce pas? Faudra-t-il donc effectuer maintenant un nouveau voyage ? Comment, de plus, ne pas perdre la face devant le cheikh? D’ailleurs, comme souligné par des internautes plutôt futés, ce prêt sur 20 ans, en dollars, à 2%, ne se compare pas très bien au prêt sur 2 ans, en dollars, à 1,5% de l’ancien ministre des Finances. À moins que la garantie du gouvernement de l’île Maurice ne vaille pas autant que celle de la maison de Lutchmeenaraidoo! De fait, qui en fait la «mauvaise affaire»? Lutchmeenaraidoo ? Ou Soodhun?

Et la cascade de conséquences peut encore enfler.

Aiiooo mama !

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