Plus loin que le budget…

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Ce ne sera pas le discours classique d’un budget de n’importe quel ministre des Finances. Ce ne sera pas non plus uniquement le jeu d’équilibriste de tout grand argentier. Certes, Pravind Jugnauth n’échappera pas aux grandes attentes de la relance économique et devra faire la démonstration de sa maîtrise en proposant des avenues originales pour une meilleure croissance, tout en favorisant l’investissement, la réduction de la dette publique et apporter les résultats sur les grands enjeux : réduction du chômage, recul de la pauvreté, amélioration du pouvoir d’achat, meilleur service de santé, etc. Bref, le ministre des Finances prouvera – ou pas – s’il est cette «fantastic person», dixit le gouverneur de la banque, Basant Roi.

Mais la partition délicate que nous jouera Pravind Jugnauth, vendredi prochain, ne laissera pas uniquement ses empreintes économiques. Plus loin qu’un banal exercice budgétaire dans la vie d’un ministre des Finances, c’est sur le plan politique qu’il est attendu. Contrairement à Vishnu Lutchmeenaraidoo qui, avec son no tax budget, avait réussi, dans la forme, à présenter un budget sans sérieuses fausses notes – c’était là son plus grand miracle –, dans le cas de Pravind Jugnauth, c’est un pari sur son avenir qu’il fait en habitant ce rôle de grand argentier. D’où les bruits sonores annonçant ici et là un budget de rupture. Comme pour bien faire comprendre que le véritable sanzman, attendu depuis les dernières législatives, arrive enfin avec le nouveau ministre des Finances, qui lui-même revient de loin après ses démêlés dans l’affaire Medpoint.

Car, celui-ci, malgré son rôle de leader du parti majoritaire de l’Alliance Lepep, a été forcé, après sa démission comme ministre des TIC, de jouer profil bas. Une absence de premier plan, exploitée par certains loups affamés, qui en ont profité pour se mettre dans la lumière, histoire de s’auto-inonder de plus de rayons de soleil que d’autres. Pour mieux s’attirer les bonnes grâces d’un Premier ministre que son grand âge fragilise et qui n’a jamais pu démontrer, depuis sa prise de fonction, un leadership clair et tranchant. En témoigne la vilaine guerre publique Lutchmeenaraidoo-Bhadain. Il aura donc fallu attendre presque une année, que Pravind Jugnauth gagne son procès en appel en mai dernier, pour que le leader du MSM revienne en force par la grande porte, de manière légitime, sans que son rôle ne soit remis en cause ou désavoué. D’ailleurs, n’a-t-on pas remarqué depuis le grand retour du fils Jugnauth moins d’agitations de la part de ceux qui doivent se contenter de grossiers baisemains ? 

Désormais, Pravind Jugnauth, s’il passe son premier grand test, avec succès pourra jouer sur un double tableau : (i) asseoir son autorité à la tête de son parti en mettant de l’ordre dans les querelles intestines,  favoriser une meilleure synergie avec ses deux autres partenaires et placer le MSM comme un parti d’avenir sur l’échiquier politique (ii) prétendre au poste de primeministership à la faveur d’un mandat populaire en invoquant son âge relativement jeune comparé, par exemple, à un Ramgoolam ou un Bérenger. Il y aura donc autre chose que la simple présentation d’un budget, vendredi prochain.

Et si Pravind Jugnauth veut réellement représenter l’avenir, il est contraint à proposer une politique économique de rupture d’un gouvernement secoué par nombre de scandales qui, jusqu’ici, semble se faire un devoir de ressembler au précédent régime travailliste. L’épisode des ministres voyageurs, 184 missions de janvier 2015 à juin 2016 (révélé à l’Assemblée nationale par le même Pravind Jugnauth) sans résultats mesurables, est une autre affaire qui vient s’ajouter à la déjà longue liste du gouvernement Lepep. C’est dire qu’à l’heure du discours, vendredi prochain, la tâche de Pravind Jugnauth ne se résumera pas à un grand oral  classique d’un ministre des Finances…

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Merci ministère de l’Égalité du genre…

Parce qu’à Maurice, nous aimons nourrir les débats stériles et ridicules. Après tout, s’il s’est trouvé des esprits insensés qui ont vu dans la pub de Coca-Cola, une bouche et des lèvres qui dégradent l’image de la femme, nous pourrions répondre qu’il y a de ces définitions sexistes qui nous dépassent. À chacun sa manière d’exercer son féminisme. Mais qu’un ministère de l’Égalité du genre, au-delà de l’absurdité de réagir deux mois plus tard, soit après la fin de cette campagne, décide, sur une plainte subjective et grotesque, d’enlever cette publicité, relève de la bêtise des pense-petits. Cette décision témoigne du degré de réflexion de ceux qui nous gouvernent, du manque de discernement et de la mentalité arriérée qui sévissent dans les couloirs du pouvoir. Pathétique ! Pendant ce temps, le soda le plus célèbre s’offre une pub gratuite sur notre dos. Quel cirque ! Merci ministère de l’Égalité du genre !

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