Dan pei Moris

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J ’avais hâte de rentrer au pays. Après la tuerie de Nice, le triomphe du père Trump, le plagiat de la mère Trump, la déconvenue de Jeremy Corbyn au Parlement, face à Theresa May, le triomphe «mou» des Portugais à l’Euro, celui, hallucinant, de Pokémon Go, il était temps de retrouver le pays chéri.

Scène : retour à l’aéroport de Plaisance, vendredi matin. L’avion se gare. Les passagers se mettent debout et s’apprêtent à sortir. Et puis les minutes s’égrènent. Un peu plus de sept, au bout du compte. 420 secondes, ça compte ! Pendant que ces secondes s’égrènent, personne ne sait ce qui se passe puisqu’il n’y a aucune annonce. Les Mauriciens dans l’avion connaissent cependant la musique : on discute, on inspecte, on vérifie. Quoi donc ? On n’en sait trop rien. On cherche le virus du djihadisme peut- être ? Les portes s’ouvrent enfin.

À cette cadence, la Vénus de Milo… pourrait bientôt être du «HARD CORE», meme si (H)armless…

Welcome to Mauritius !

Mais ce premier contact avec mon «pei» ne s’arrête pas là. À la sortie de la carlingue, ils étaient trois employés, adossés à la paroi, l’un d’entre eux dans la position du flamant. Quelques mètres plus loin, quatre autres, un peu ébouriffés, pas du tout affairés. Dans le hall de départ (que les passagers à l’arrivée voient clairement avant d’arriver au passage obligé de l’immigration), j’ai compté huit employés assis, discutaillant ferme, ne travaillant pas. C’était un «break» qu’il fallait consommer en ce lieu même? Ne planifie-t-on pas le travail en fonction de la fréquence des avions ? Dans le hall de l’immigration, l’image est tout de même meilleure et deux employés, sourire aux lèvres, canalisent les passagers selon qu’ils sont étrangers ou mauriciens. Ces derniers sont certes très contents, peut-être même flattés de voir que le nombre de comptoirs qui leur sont dédiés est plus nombreux que pour les visiteurs ! Mais il y a cependant une conséquence à laquelle personne ne semble réagir : un avion à 80 % rempli de touristes alimente des queues d’attente dix fois plus longues que pour les indigènes ! Je sais bien qu’il faut soigner ceux qui vont casquer la taxe qui paie les salaires du vice-président et des PPS, mais ne devrions-nous pas nous inquiéter de mieux accueillir ceux qui vont payer les salaires de ceux qui, du taxi qui fait la navette à l’hôtel qui les héberge… travaillent ?

Au comptoir de la santé et à la livraison des bagages, ça va vite, ça roule, les employés sont fonctionnels. C’est aussi propre et cela compte.

Les journaux, négligemment posés sur le siège arrière de la voiture, constitueront l’œillade sur le pei dans lequel on vient de débarquer : saupoudré de crimes divers, de la trahison des Chagos, d’exemples de pollution et d’accidents de la route. Il n’y a PAS, officiellement, de drogue synthétique dans les écoles – mais tout le monde en parle et, officiellement encore, le fioul qui s’écoule du bateau échoué au Bouchon est «normal».

Ah tiens ! Une publicité est enlevée parce que jugée «dégradante» pour la femme par le ministère de l’Égalité du genre. Voilà enfin un autre indicateur de pays moderne, efficace, progressiste ? Que nenni ! L’article explique qu’une «consultante en genre» proteste contre cette pub depuis… mars, 2016, cela s’entend. C’est le 18 juillet que le ministère de l’Égalité du genre intervient. Pronto ! Soit plus de 6 semaines après… la fin de la campagne elle-même. La consultante déclare que l’image est «presque pornographique». Tiens ! Je m’en souviendrais, maintenant, la prochaine fois que je verrais une dame (ou un homme d’ailleurs ! N’offensons pas inutilement nos consultantes en genre…) porter une bouteille (ou un crayon…) à ses lèvres. Ce sera ma manière d’illustrer que l’offense «suggérée» par n’importe quelle image ou n’importe quel écrit est bien évidemment dans la tête, pourrie ou pas, de celui qui l’échantillonne ! À cette cadence, la Vénus de Milo cela pourrait bientôt être du «hard core», même si (h)armless… Et à quand un ministère des Bonnes mœurs (ou si vous préférez brasser large, un ministère de l’Inquiétude) qui surveillera si les poignets féminins sont assez modestement cachés en été ou si les oiseaux peuvent encore chanter librement leur plaisir ?

Vous avez vu la pub, ces jours-ci, sur panneau routier, avec un Monsieur, torse nu dans sa piscine ? Et s’il était nu… sous l’eau aussi ?

C’est dans ce pei bien farci et dégoulinant de pratiques culturelles retardataires que le nouveau ministre des Finances a besoin de dessiner une route claire, sans confettis, vers un pays meilleur, plus adulte, plus productif, plus valorisant.

Mission possible ?

On l’espère bien ! Le leader qui va se faire éventuellement respecter devant invariablement donner le ton, créer l’inspiration, choisir la voie de son peuple plutôt que de se contorsionner dans toutes les directions afin de faire plaisir à tous et n’offenser personne.

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