Un VRS pour notre PM ?

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D’après les faiseurs d’éloges professionnels, qui connaissent des jours heureux sous le régime Jugnauth, on devrait être redevable envers SAJ pour une foultitude de raisons, dont son engagement politique infini. Mais, à 86 ans, notre Premier ministre arrive-t-il toujours à physiquement «deliver the goods» ? La question peut paraître insolente ou irrespectueuse, surtout aux yeux des fans déréglés, mais sur le plan de la gouvernance et au nom de l’«intérêt supérieur» du pays, elle est pertinente et mérite qu’on s’y attarde.

Selon ces thuriféraires qui se font voir à chaque apparition du «bolom», sans lui, on ne pourrait jamais envisager un retour aux Chagos, goûter au 2e miracle économique, bénéficier d’une Freedom of Information Act ni d’une loi sur la réforme électorale ou encore d’une autre sur le financement des partis politiques et la déclaration des avoirs de nos politiciens et des hauts fonctionnaires. Certes, SAJ a pu faire partir les marchands ambulants (jusqu’à quand ?) de Port-Louis. Reste à savoir si vraiment rien ne se serait passé sans lui de nos jours...

À l’Assemblée nationale, où les acteurs sont vus sous les lumières publiques, sans filtre complaisant, on retient surtout une autre image du Premier ministre. Les journalistes qui couvrent les travaux parlementaires et qui arpentent les couloirs de l’hôtel du gouvernement découvrent, chaque semaine, un Premier ministre diminué, qui a l’air fatigué, dépassé par les événements, qui pique souvent des colères et utilise un langage grossier, contre les Américains ou quand il est pris de court. On voit trop souvent un «leader of the house» qui n’arrive plus à répondre correctement aux questions qui lui sont adressées, qui n’entend pas bien, qui a besoin de lire les notes (souvent illisibles pour ses yeux) de ses conseillers, même pour répondre soit «I am not aware» soit «I will look into the matter». Un «leader of the house» qui, des fois, oublie de s’asseoir après avoir répondu à des questions ou qui oublie de se mettre debout quand il doit répondre. Cet homme n’est pas du tout à la retraite, comme le reste de ses contemporains.

Au départ, on aurait pu en rire mais, à la longue, c’est à en pleurer, tellement la scène est pathétique. On a l’impression que le Premier ministre joue contre sa nature, qu’il persiste dans des prolongations qui ne lui réussissent pas, et que personne ne le lui dit, certainement pas ses flatteurs patentés qui lui vendent l’immortalité.

Cette semaine a été marquée par la reculade parlementaire de sir Anerood Jugnauth. Alors qu’il voulait, par voie de motion, accéder à une requête du MMM afin que ce parti puisse avoir deux membres, au lieu d’un seul, au sein du Broadcasting Committee, il a dû faire face à une levée de boucliers de son groupe parlementaire. Menée par Ivan Collendavelloo, dont la stratégie politique commence et s’arrête à lutter contre le MMM, la fronde anti-motion SAJ lui a fait rebrousser chemin. Ce qui était inimaginable dans le passé. Pour beaucoup, c’est un signe que le Premier ministre ne maîtrise plus ses troupes – divisées autour d’autres petits chefs.

En plein «Euroloan», il y a eu l’affidavit de Vishnu Lutchmeenaraidoo contre Roshi Bhadain, sans que sir Anerood n’arrive à trancher. En d’autres temps, l’un des deux ministres ou les deux simultanément auraient pris la porte… Aujourd’hui, tout semble permis, car ce n’est pas tout à fait le même SAJ, nous semble-t-il.

D’ailleurs, depuis qu’il est ministre des Finances (26 mai 2016), son fils Pravind ne rate pas une occasion pour remettre un peu d’ordre, par exemple, en évoquant des «abus» commis par des ministres-pigeons en termes de voyages à l’étranger, pour retarder ou annuler certaines décisions prises par le PM (dont certaines relatives au ministre Roshi Bhadain et à sa coûteuse Financial Crime Commission ou au pharaonique Heritage City). On entend moins parler de Bhadain (qui avait pourtant déposé un bisou sur la main du leader du MSM) et de ses projets «révolutionnaires». On a comme l’impression qu’il avait davantage de champ libre avec SAJ qu’avec Pravind. Mais il nous dira que c’est faux et que c’est juste notre impression.

***

En juin dernier, dans le cadre du Brexit, nous faisions état du sondage d’Opinium, qui note que les jeunes (18-34 ans) veulent rester en Europe à 53 % (29 % seulement souhaitant partir), que les 35-54 ans veulent, par contre, quitter l’Europe à une majorité de 42 %, alors que les plus de 55 ans veulent du Brexit à 54 % ! Nous relevions que si Jugnauth a 86 ans, le leader de l’opposition en porte 71 et le leader travailliste a soufflé ses 69 bougies le 14 juillet. Et si nos jeunes pouvaient mieux se faire entendre car ils peuvent voter mais le font moins que les plus âgés…

En marge du Budget, la tentation sera, une fois encore, grande de prolonger l’âge de départ à la retraite, afin surtout de réduire la pression sur les fonds de pension. Mais cela risque aussi de démotiver les jeunes qui attendent toujours qu’on leur fasse un peu de place. SAJ doit donner l’exemple et permettre l’émergence d’un leadership plus dynamique. On l’a souvent dit dans l’express : il faut plus de place pour ceux qui ont un avenir plutôt qu’un passé et un retraité (avec ou sans salaire) doit avoir la sagesse de comprendre qu’il peut toujours être utile sans nécessairement s’accrocher à sa dernière position hiérarchique, ou stratégique.

Regardez vers le Canada. Justin Trudeau (44 ans) balbutie encore mais au moins ça pétille ! Chez nous, notre Premier ministre semble avoir bien besoin d’un VRS…

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