La folie de l'un, le putsch des autres et le Budget du nôtre

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Il s’appelle Mohamed Lahouaiej Bouhlel, a 31 ans, est domicilié à Nice. Un jour, il a loué un camion frigorifique de 19 tonnes, en prétextant un déménagement (c’est ce qu’il a dit à l’entreprise de location de poids lourds) puis en prétendant qu’il avait des glaces à livrer (c’est ce qu’il a raconté aux policiers). Avant de peindre l’asphalte de sang innocent, il avait récupéré le camion, à vélo. Il a tranquillement placé celui-ci à l’arrière avant de grimper dans la cabine du chauffeur. Il a ajusté le siège, a réglé le rétroviseur comme tout bon conducteur. Et puis il a pris le volant et a foncé, tête baissée, à la manière du Bélier. Direction : la promenade des Anglais, où des yeux émerveillés admiraient les feux d’artifice du 14 juillet. C’était une belle soirée et on oubliait presque la défaite contre le Portugal…

Mais Mohamed en avait décidé autrement. Il voulait transformer une fête en cauchemar. Transformer son camion fou en arme de guerre. En maintenant son pied sur le champignon, il a balayé, sur le trottoir de la promenade, sans jamais ralentir, sur 2,3 kilomètres, des centaines et des centaines de personnes. En moins de 45 secondes, Mohamed avait tué au moins 84 citoyens, des personnes qui ne lui avaient rien fait, qui ne le connaissaient même pas. Ce n’est que la mort (par balles policières) qui l’a arrêté dans sa course meurtrière – sinon il aurait pu tuer des milliers d’autres personnes.

Mohamed avait épousé une Niçoise d’origine tunisienne et était père de trois enfants, dont un bébé. Il était un loup solitaire, connecté via Internet à des extrémistes. Après sa mort, l’État islamique (EI), qui a revendiqué (ou récupéré ?) l’attentat, n’a pas tardé à évoquer un «nouveau mode opératoire utilisé par un soldat de l’EI» pour commettre ce massacre. L’organisation djihadiste prévient qu’elle «poursuivra» ses attaques peu importe le degré de mobilisation sécuritaire, peu importe le pays et en utilisant «tous les moyens»…

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En Turquie, dans un communiqué publié vendredi sur le site web de l’état-major des armées, des «forces armées turques» ont essayé de proclamer la loi martiale et un couvre-feu sur l’ensemble du territoire turc. «Nous ne permettrons pas que l’ordre public soit dégradé en Turquie. (…) Un couvre-feu est imposé sur le pays jusqu’à nouvel ordre.» Et puis ce message surréaliste du président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, sur les réseaux sociaux – dont il se méfiait jusqu’ici (en raison des critiques formulées contre son leadership) – pour demander le soutien de son peuple «au nom de la démocratie».

L’appel du politicien a été entendu. Le peuple a barré la route aux militaires. La démocratie a repris le dessus sur la dictature des armes.

L’ORGANISATION DJIHADISTE PRÉVIENT QU’ELLE «POURSUIVRA» SES ATTAQUES PEU IMPORTE LE DEGRÉ DE MOBILISATION SÉCURITAIRE, PEU IMPORTE LE PAYS ET EN UTILISANT «TOUS LES MOYENS»…

Des relations civilo-militaires équilibrées et saines contribuent à une gouvernance démocratique durable, mais dans de nombreux pays – où l’armée a un poids considérable, comme à Madagascar (à côté de nous), les menaces sécuritaires intérieures surpassent les menaces extérieures. Les coups d’État, qu’ils soient civils ou militaires, ont étouffé pendant des décennies le progrès démocratique en Turquie comme ailleurs.

In fine, ce qui vient de se passer en Turquie démontre que la démocratie ne se limite pas aux élections. Bien qu’elles soient essentielles, elles ne suffisent toutefois pas, en soi, à ériger une démocratie. La société civile doit être informée des processus démocratiques et comprendre pour qui et pour quoi elle vote. L’État de droit, qui a sauvé Erdogan, permet à la démocratie d’être un arbitre équitable de la société. Pour un droit de regard démocratique concret, les citoyens doivent réellement mener la branche législative qui, elle, contrôle l’exécutif qui, lui, contrôle le secteur militaire et de la sécurité.

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Ça y est : il sera présenté le 29 juillet. En attendant les mesures qui seront annoncées lors du Budget 2016-2017 – le quatrième que présentera Pravind Jugnauth – c’est déjà un soulagement collectif de savoir qu’une date a été fixée, vu l’incertitude qui règne aux Finances, depuis le départ précipité, en mars dernier, de Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Tout en prônant «la discipline fiscale» et la «prudence financière», le leader du MSM se doit d’envoyer plusieurs signaux clairs simultanément : qu’il a l’étoffe d’un leader, susceptible de reprendre le flambeau des mains de son père ; qu’il a une vision économique au-delà des projets Heritage City/smart cities et au-delà du projet Duty Free Island (qui risque de tuer la déjà mince production locale) ; et qu’il arrive, comme homme d’État, à séparer l’économie nationale de la politique politicienne telle que pratiquée au sein du MSM.

Depuis l’entrée en jeu du gouvernement Lepep, qui nous avait promis de «façonner un deuxième miracle économique», nous attendons TOUJOURS les premiers signes annonciateurs. Si le leader du MSM peut, potentiellement, apporter un sens de direction au navire Lepep (qui semble couler lentement mais sûrement), il est triste de constater que nos soubresauts politiques continuent d’impacter durablement sur nos orientations et tendances économiques. Lors de la précédente législature travailliste (2010-2014), deux autres ministres des Finances avaient claqué la porte alors qu’ils tenaient à la barre : Pravind Jugnauth en juillet 2011 (dans le sillage justement de l’affaire MedPoint) et Xavier Duval en juin 2014 (dans le sillage du rapprochement électoral PTr-MMM). Terminons sur cette note chère à l’économiste Frederic Bastiat ((1801- 1850) : dans la sphère économique, des actes politiques, à l’instar des «musical chairs» de nos politiciens, n’engendrent pas seulement un effet, mais plusieurs effets, qu’on voit progressivement, dans le temps. Les recherches démontrent que l’activité économique n’est pas une activité close. Et alors qu’on change de capitaines, on a tendance à perdre de vue deux indicateurs clés, cruciaux pour notre développement économique : l’investissement et la productivité, qui sont – et on le dira souvent dans cette Kronik – deux faces d’une même pièce de monnaie. La nôtre svp.

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