Complicité de non-assistance à personne en danger

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Est-ce qu’il existe au sein de ce gouvernement quelqu’un qui ait le courage politique pour dire à Gayan qu’il fait du tort au poste qu’il occupe ? Est-ce que la solidarité gouvernementale prendra encore une fois le pas sur la bêtise comme ce fut le cas lors de l’arrêt de la distribution de la méthadone ? Car si les déclarations insensées de ce ministre de la Santé nous révoltent, il n’en demeure pas moins que le silence de ses camarades du cabinet s’apparente à une certaine complicité. Pire, l’absence de condamnation de ses propos complètement ridicules et surréalistes sur sa comparaison entre l’alcool dont on peut dessaouler et le cannabis avec lequel, selon lui, «once you get high, you want to get higher», fait penser à une certaine indifférence du gouvernement sur la problématique des drogues.

Affirmer que la situation sur la drogue synthétique n’est pas alarmante et maintenir de tels propos quelques jours plus tard (Le Défi Quotidien de lundi dernier) alors qu’il y a eu entre-temps la mort d’un jeune homme de 19 ans liée de manière directe à la drogue synthétique relève d’une inconscience totalement incompréhensible. Persister dans cette direction après qu’une psychiatre de l’hôpital Brown Sequard, le Dr Anju Ramdinny-Purryag, a déclaré dans les colonnes de la dernière édition de 5-Plus dimanche que «les drogues synthétiques ont inondé le marché mauricien (…) 8 jeunes de moins de 18 ans sur 19 cas ont été admis, de janvier à avril, de cette année», ressemble à de l’arrogance.

Question pour Gayan qui a déclaré dans Le Défi de lundi dernier qu’il se base sur des chiffres et des données scientifiques du ministère pour affirmer que la situation n’est pas alarmante. Dites, à partir de quels chiffres devrait-on considérer la situation comme alarmante ? Combien de morts faudrait-il pour qu’enfin cette question soit jugée alarmante aux yeux de ce gouvernement qui, pour l’heure, préfère regarder ailleurs ? Exception faite de la ministre Perraud qui s’est distinguée à Roche-Bois, dimanche dernier, en parlant publiquement de l’ampleur que prend les drogues, particulièrement la drogue synthétique, et qui préside désormais un Joint work group avec des ONG.

C’est toujours elle qui prend à contrepied Gayan en affirmant sur Facebook que la consultation avec les partenaires sociaux est une étape importante. Alors que Gayan a toujours préféré faire la guerre aux ONG. Si la position de Perraud semble plutôt isolée au sein de l’Alliance Lepep, une autre voix, celle du vice-Président de la République, s’est fait entendre de manière sonore. «La situation est alarmante. Les journaux en parlent. Les ONG concernées attirent l’attention dessus. La drogue synthétique est un poison. Beaucoup d’enfants sont en train de perdre la vie par ignorance (…) Un drogué qui trouve la mort, c’en est un de trop», dit très justement Paramasivum Pillay Vyapoory.

Peut-on espérer que ces paroles pertinentes venant du sommet de l’État trouvent une résonance auprès d’un gouvernement qui, jusqu’ici, a plutôt démontré, à travers son ministre de la Santé, un certain dédain pour des ONG effcaces ? Pourtant, celles-là, malgré la lassitude face à ce bras de fer inutile, n’arrêtent pas de tirer la sonnette d’alarme et continuent d’alerter sur la dangerosité des drogues de manière générale et des nouvelles drogues de synthèse : «Nous traiter en adversaire ne sera pas productif», constate la travailleuse sociale Brigitte Michel dans notre reportage «Drogues synthétiques : Réveillez-vous» en pages 24-25. Alors que de son côté – dans le même reportage –, Danny Philippe, qui avait invité le ministre Gayan à descendre sur le terrain pour faire un constat de visu, dénonce avec raison le silence de l’opposition : «On dirait qu’ils n’ont rien à signaler sur ce sujet. C’est aberrant.»

Si, au sein du gouvernement, il manque un certain courage politique pour obliger Anil Gayan à assumer ses responsabilités au lieu de faire des déclarations à l’emporte-pièce, peut-on s’attendre que l’opposition parlementaire et extra-parlementaire réclament des comptes sur cette question d’intérêt national qui ne devrait souffrir d’aucune réaction partisane ? Parce qu’à part Gayan, tous ceux qui travaillent directement sur le terrain sont unanimes à dire que la situation est alarmante…

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