SAJ a raison

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La forme et le fond. Dans la forme, le style fait jaser. La manière de faire de SAJ, suite à son ultimatum au gouvernement britannique sur la question de souveraineté, a été moyennement appréciée. Rustre, pas assez diplomatique, voire brutale, dénoncent certaines voix qui estiment que Maurice, ce point presque invisible sur la mappemonde, est trop petite, pour faire la guerre aux deux grands pays que sont les États-Unis et la Grande-Bretagne. Leur reproche ? Fallait dialoguer au lieu de se confronter. Dans le fond, cela fait presque un demi-siècle que tous les gouvernements mauriciens qui se sont succédé ont plus que koz koze avec les Britanniques et les Américains, avec les résultats que l’on sait. Soit, aucune concrétisation. Faut-il ajouter que le communiqué conjoint émis par les Américains et les Britanniques n’est pas plus diplomatique que le langage utilisé par sir Anerood Jugnauth, et s’apparente plutôt à un vilain chantage de la part de nos soi-disant pays amis ? Des amis qui ne se soucient même pas de voiler leurs menaces de «lasting damage» parce que Maurice veut solliciter un avis consultatif à la Cour internationale de Justice.

Alors oui, vient un moment où il faut hausser le ton, dénoncer l’injustice qui est l’excision des Chagos de notre territoire, et mettre fin à ce jeu de dupes qui n’a que trop duré envers notre pays. Oui, la fermeté de SAJ ne peut qu’être admirable dans sa quête de réclamer la légitime souveraineté de Maurice sur les Chagos. Eh oui, cela revêt une forme de courage de la part du Premier ministre venant d’un petit pays que d’obliger ces deux grandes démocraties à nous écouter, à entendre notre voix, voire à nous respecter. Tout plus fort a son point faible, dit-on, et pour l’heure, nous ne savons pas si le délai supplémentaire demandé par la Grande-Bretagne est en faveur de Maurice ou pas. Ce que l’on sait, c’est que le démembrement des Chagos, une question d’intérêt national qui va au-delà de la politique partisane, peut rassembler des forces éparses derrière SAJ.

De Bérenger qui approuve la décision du gouvernement de saisir la Cour internationale de Justice, à Lindsay Collen – qui y lit une conspiration de ces deux pays – en passant par Parvez Dookhy qui suggère une plainte pour crime contre l’humanité en s’appuyant sur la déportation des Chagossiens, et Milan Meetarbhan qui voit la prochaine étape à travers un lobby intense auprès de la majorité des membres des Nations unies pour faire adopter une résolution qui favoriserait ensuite un avis consultatif, toutes ces voix bienvenues ne peuvent que contribuer ensemble à faire progresser la question de notre souveraineté sur les Chagos. C’est Vijay Makhan qui, dans une interview accordée au Mauritius Times vendredi dernier, résume l’état d’esprit qui devrait nous animer tous : «Il faut que le monde extérieur sache, à n’en point douter, que toute l’île Maurice est solidaire derrière cette démarche.» Un raisonnement juste car il ne s’agit pas uniquement d’une question politique, mais d’une partie de nous, de notre pays et cela concerne tous les Mauriciens. Mais pas que !

Car, même si la bataille du retour aux Chagos menée par l’infatigable Olivier Bancoult (qui vient de voir son appel d’un retour dans les îles rejeté par la cour britannique) est distincte de celle de la question de la souveraineté, il ne serait pas inutile d’inclure aussi la voix des Chagossiens dans la prise des décisions, d’autant que parmi les options qui s’offrent aux Britanniques, ceux-ci pourraient opter pour une division entre Chagossiens et gouvernement mauricien. Un scénario pas impensable selon Robin Mardemootoo, l’avocat du GRC, qui estime que «le gouvernement britannique peut donner un droit de retour aux Chagossiens sans rendre les îles aux Mauriciens». D’où l’importance de rassembler toutes les forces concernées autour d’une même table. À ce propos, la voix de Cassam Uteem, tuteur des enfants chagossiens, raisonne comme celle de la sagesse : «Les Chagossiens, bannis de leurs îles natales, doivent être, à travers leurs représentants accrédités, parties prenantes de notre démarche vers notre souveraineté sur l’archipel. Ils doivent dorénavant être invités à faire partie des discussions concernant l’archipel.»

Il ne s’agit pas d’une bataille perdue pour les Chagossiens, ni d’une issue sans espoir du plus faible contre les plus forts, mais d’une opportunité pour nous tous, à parler d’une même voix en soutenant le Premier ministre dans cette démarche à caractère national…

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