Dignité et pot de fer

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Le communiqué conjoint des Américains et des Britanniques, évoquant les Chagos, adressé au gouvernement mauricien, est consternant à plus d’un titre.

Dire à un État libre et souverain qu’aller en cour de justice va mener à certains «lasting damages» est plus qu’étonnant de la part de deux pays qui prônent l’État de droit partout sur la planète. Ces mêmes gouvernements rouspètent et se disent offensés quand un litige entre deux parties est porté devant un tribunal, après 48 ans, sans solution durable !

Quel est leur point de vue ? Qu’il n’y a pas de contentieux ? Que s’il y a «dispute» c’est le devoir du petit pays que nous sommes de se plier, de s’incliner, d’accepter le «ruling» du (des) plus grand(s), pour éviter d’être «puni» ? Ce n’est pourtant ni ce que les Britanniques ont souhaité face à Bruxelles jeudi dernier, ni ce que les Américains ont postulé face à leurs maîtres anglais un soir de «tea party», à Boston, en 1773 !

Ils nous ont donné le mauvais exemple… Et SAJ les a pris au mot !

Alors pourquoi s’imposer à nous ? À moins que les principes que l’on nous distille depuis des siècles ne soient à géométrie variable, les intérêts des Américains et des Britanniques passant avant les résolutions des Nations unies et le droit des peuples à librement décider de leur devenir (les Américains face à George III, les Anglais face à l’Union européenne) ne s’appliquant pas aux Chagossiens ? Ce qui devient, évidemment, un précédent encombrant face aux Chinois dans la mer de Chine, par exemple…

Comment, dès lors, interpeller les Chinois sur le droit international, selon l’United Nations Convention on the Law of the Sea, alors que, soi-même, on bafoue la résolution 1514 de l’ONU qui proclamait, en décembre 1960, la fin du colonialisme, tout en interdisant le démembrement des territoires candidats à l’indépendance ?

En invoquant la raison du plus fort ?

Ces messieurs de Foggy Bottom et de Whitehall nous disent que les Chagos appartiennent à l’Angleterre depuis le traité de Paris de 1814… Ah oui ? L’île Maurice aussi, d’ailleurs, selon le même traité ! Libérer Maurice avec «bienveillance» en 1968, mais pas les Chagos, n’est-ce pas du démembrement patent, malgré quatre millions de livres sterling ? Comment, jamais, respecter l’engagement de rendre les Chagos à Maurice, comme annoncé par Margaret Thatcher, entre autres, si l’on déclare péremptoirement, maintenant, que les Chagos appartiennent à l’Angleterre depuis 1814 ? Faut-il rappeler qu’en cette année-là, nous en étions au temps où l’on pouvait encore librement posséder et disposer d’esclaves (jusqu’en 1833 et le vote du Slavery Abolition Act) et que l’on volait toujours des pays entiers, à la force des armes ?

Aurions-nous fait quelques progrès près de 200 ans plus tard ? Ou s’attend-on toujours à pouvoir acheter des territoires et d’en imposer à ses esclaves ?

Faudrait savoir !

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