Pour le respect de (toutes) les institutions

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Elle a beau dire avoir enlevé son manteau d’ancien membre du MSM et clamer son indépendance, ses méthodes ressemblent étrangement à celles du gouvernement du jour. Le recours à l’exclusion de la rédactrice en chef de Weekly, Touria Prayag, des quatre prochaines séances parlementaires par la Speaker de l’Assemblée nationale, rappelle les dernières dérives de l’Alliance Lepep. Un avis contraire ? Une critique ? Une opinion divergente ? Et voici la punition, la sanction, la répression. Demandez au couple Ruhomally, au syndicaliste Alain Edouard, à la sportive Noémi Alphonse ou encore aux deux journalistes de la MBC qui avaient reçu un avertissement pour un point de vue libre et éclairé lors d’un forum du Media Trust.

Aujourd’hui, c’est une éditorialiste qui est accusée, jugée et exclue du Parlement. Son crime ? Avoir écrit un éditorial dans lequel elle commente une séance parlementaire ainsi que la manière d’agir de la Speaker. Est-ce que les faits écrits par Touria Prayag sont contestés ? Non ! Selon la Speaker Maya Hanoomanjee, qui a déclaré que tout citoyen doit respecter une institution et qui a activé la guillotine en imposant une interdiction de quatre séances à l’Assemblée nationale à Touria Prayag, celle-ci aurait fait preuve d’un «breach of privilege of the house».

Au-delà de la personne de Touria Prayag, et n’en déplaise à Maya Hanoomanjee, le respect d’une institution ne fonctionne pas dans un seul sens. Tout comme nous sommes d’accord de respecter l’institution qu’est le Parlement, nous nous attendons à ce que les locataires du Parlement, tant qu’ils ne se confondent pas en propriétaires des lieux, respectent eux aussi l’institution qu’est la presse et qui est l’un des vecteurs de la démocratie. Sinon, quel rôle ont les journalistes au Parlement, si ce n’est ensuite la mission d’informer leur lectorat/audience ?

Contrairement à certains députés qui ne sont là que pour faire de la figuration, un/e journaliste qui couvre les travaux de l’Assemblée nationale rapporte, témoigne alors que les éditorialistes commentent et donnent des opinions basées sur les faits. Il ne s’agit pas ici de faire preuve d’une solidarité corporatiste. Après tout, Touria Prayag a les capacités de se défendre toute seule. Sauf que l’affaire dépasse le cadre des médias et relève du droit de savoir des citoyens, de l’accountability de la presse envers ses lecteurs/auditeurs/téléspectateurs. Soit de la responsabilité conférée aux journalistes pour relater ce qui se passe à l’intérieur du Parlement, censé être le temple de notre démocratie où se décident, par ailleurs, les affaires du peuple. Ce peuple, lui-même représenté au Parlement par la voix de ses élus.

C’est dire que, en privant Touria Prayag des prochaines séances, Maya Hanoomanjee brime les lecteurs de Weekly, en l’occurrence des citoyens de ce pays (qui contribuent aux salaires des élus et de la Speaker) à l’accès à l’information. Cette décision est hautement condamnable parce qu’elle sanctionne le droit de dire, le droit de critiquer, le droit à la liberté d’opinion.  Si tant est vrai que nous devons respecter un poste constitutionnel qu’est celui du Speaker ainsi que l’institution qu’est le Parlement, il est aussi un fait que les journalistes, éditorialistes et citoyens doivent être en mesure de commenter, questionner les travaux parlementaires et la manière dont ils sont dirigés.

Évidemment, il ne s’agit pas de faire des accusations gratuites, et dans le cas des journalistes, les règles et l’éthique nous dictent le discernement qu’il faut pour des commentaires justes et équilibrés. D’ailleurs, les hommes et femmes des médias ne sont pas à l’abri des critiques et, au moindre doute de bonne foi, il/elle s’expose aux blâmes et attaques des lecteurs/auditeurs.

Dans un pays où la Freedom of Information Act n’est pas encore une réalité, promise pourtant par un gouvernement qui se flattait de pouvoir gouverner dans la transparence, l’Assemblée nationale ne peut fonctionner en isolement et intouchable de toute critique. Si nous sommes convaincus que la Speaker a fait preuve d’impartialité, nous avons le droit de le dire. Et Maya Hanoomanjee a le droit de ne pas être d’accord. Sans pour autant interdire l’accès aux détenteurs d’une carte de presse à l’Assemblée nationale.

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