Boskalis en rade ?

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Le 29 juin pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire de la lutte contre la corruption. C’est à cette date que le bureau du DPP fera connaître sa position dans l’affaire Boskalis, le plus vaste scandale de pots-de-vin présumés porté devant nos tribunaux.

Il est probable que le DPP demandera le non-lieu. Toute décision en ce sens aboutira à la fin prématurée du procès sans prononcé du jugement. Ce qui constituera un recul affligeant pour un pays qui compte sur la justice pour construire une culture de l’intégrité.

C’est pour des raisons techniques, et non sur la base du dossier lui-même, que le DPP pourrait bien être contraint de réclamer l’arrêt du procès. L’accusation s’est vue soudainement privée de la possibilité de faire auditionner deux témoins à charge, les Néerlandais Jan Cornelis Haak et Antonious Théodorous de Goëde.

Ces deux cadres de Boskalis avaient reconnu devant la Cour intermédiaire en 2013 avoir versé des pots-de-vin. Ils étaient trouvés coupables d’infraction au PoCA. Leur témoignage est capital dans le procès intenté à Siddick Chady et Prakash Maunthrooa. Ils étaient disposés à collaborer avec la justice mauricienne mais, craignant pour leur sécurité, les deux étrangers avaient choisi d’être entendus par visioconférence.

Sollicitée, la Cour de Rotterdam a répondu positivement et a accepté d’organiser la transmission d’images par visiophonie. Les auditions filmées des témoins ont effectivement débuté en juin dernier mais ont été interrompues à plusieurs reprises, en raison de problèmes de connexion à l’Internet et de débats sur des motions de la défense. Lasses de ces contretemps répétés, les autorités néerlandaises ont finalement décidé de stopper toute coopération avec Maurice.

On les comprend. Mais on comprend moins bien ces liaisons défectueuses du réseau de Mauritius Telecom. Le leader de l’opposition a demandé, samedi, des éclaircissements à la compagnie. Celle-ci doit bien à l’opinion publique une explication.

Ces aléas techniques n’auront pas été le seul écueil sur lequel a buté le processus juridique dans le contexte de l’affaire Boskalis. On se souviendra de la difficulté qu’avait éprouvée la Cour intermédiaire à prononcer une sentence à l’issue du verdict de culpabilité retenu contre la firme Boskalis. La loi prévoit une peine de prison pour le délit de corruption mais un magistrat ne peut envoyer une compagnie derrière les barreaux. La Cour avait attiré l’attention sur cette «lacune dans la législation» mais aucune mesure corrective n’a été apportée.

S’il arrive que l’affaire Boskalis tombe en rade, alors que nous sommes sur le point d’arriver à bon port, les responsables du naufrage vont devoir s’expliquer.

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