Une certaine idée de la paix…

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À première vue, c’est une bonne nouvelle. Cela ressemble à une de ces petites éclaircies dans notre ciel local, plus souvent nuageux qu’ensoleillé. Ainsi, Maurice fait partie des 10 pays dans le monde vivant en paix totale, à l’abri de tout conflit. Conclusion de l’édition 2016 du classement Global Peace Index. Raisonnement : notre île, tout comme les destinations suivantes : Botswana, Chili, Costa Rica, Japon, Panama, Qatar, Suisse, Uruguay et Vietnam sont «non engagés dans un quelconque conflit, qu’il soit interne ou externe à leurs frontières».

Voilà qui devrait flatter l’ego des Mauriciens à qui il fait du bien, de temps en temps, de se prendre pour des exemples. Incarner l’image d’une île où il fait bon vivre aux yeux du reste de la planète : la belle carte postale ! Illustrer concrètement la possibilité d’une cohabitation de plusieurs mondes à travers un microcosme mauricien : en voilà une belle promotion pour notre destination. Oui, sauf que ! Si effectivement, et tant mieux si nous ne sommes ni en guerre, ni hostiles envers aucun autre pays (et réciproquement), est-ce qu’on peut affirmer avec conviction que nous vivons en paix totale, donc à l’abri de la violence ? La contradiction veut que les ennemis ne sont pas à l’extérieur, mais à l’intérieur. Peut-on donc parler de paix totale quand notre sérénité est menacée ? Comment accepter cette idée quand les Mauriciens ne se sentent pas en sécurité, tant la situation sur le plan du law and order est inquiétante ?

Et il n’y a pas que les coups de feu sur l’ambassade de France et l’hôtel St Georges (15 jours plus tard, l’enquête de la police piétine toujours) qui nous obligent à une vigilance accrue. Il y a ces autres cas de vandalisme condamnables qui nous font douter de cette idée de la «paix totale» : vols avec violence, vols à l’arraché, attaques à domicile. Il y a quelques semaines (dans notre édition du 13 mai), plusieurs victimes racontaient leur traumatisme dans nos colonnes : «Ena enn la frayer dan mwa ziska ler. Mank sekirite dan sa pei la», confiait une coiffeuse, victime de vol sur son lieu de travail. Un autre habitant de Poudre d’Or témoignait, lui, de sa peur après qu’il s’est retrouvé en compagnie de cinq hommes encagoulés dans sa maison : «Ils étaient tous armés. Deux avaient un revolver. L’un d’eux l’avait braqué sur ma tempe. Je croyais que j’allais mourir.» Mais il n’y a pas que les vols.

L’agression barbare commise sur Aslam Noursing, qui a eu les poignets sectionnés, et la terreur exercée par un gang du Sud qui agissait, semble-t-il, en toute impunité pendant quelques semaines avant qu’il n’y ait eu six personnes arrêtées (dont cinq ont déjà obtenu une libération conditionnelle), contribuent à cette impression d’atmosphère violente dans laquelle nous opérons.

Et peut-on parler d’un pays en paix quand les foyers n’apportent plus de sécurité, se transformant plutôt en lieu de martyr pour plusieurs femmes ? Et ce, après que leurs conjoints deviennent des bourreaux, les violentent de manière régulière avec, parfois, l’épilogue de la mort mettant fin à leur calvaire ? Après Vidhi Bumma, 28 ans, poignardée et brûlée vive par son époux, et l’agression à l’acide de Cindy Jouan, c’est une autre victime de violence conjugale qui a été injustement arrachée à la vie.

Patricia Verrière a péri sous les coups de son compagnon, dimanche dernier. Battue, puis étranglée, elle a vu sa fin arriver de manière impuissante. À l’heure où la ministre Perraud apporte des amendements salutaires à la  Protection Against Domestic Violence Act, à l’heure où paradoxalement à toutes les campagnes de sensibilisation, la gravité de la violence domestique augmente et n’atteint pas forcément les hommes agressifs, il est vital d’inclure, dès l’école primaire, dans le cursus scolaire, l’éducation des genres.

Oui, notre pays, aux yeux du monde, incarne un lieu sans conflit. Mais tout est relatif. Et il y a plusieurs interprétations de la paix…

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