Ni banal, ni alarmant...

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Au-delà des interrogations des Mauriciens suite aux tirs sur l'ambassade de France et l'hôtel Saint-Georges, accompagnés des graffitis pro-Daech, au-delà de la question que tout le monde se pose quant à savoir s'il existe réellement des sympathisants de l'État islamique à Maurice ou s'il s'agit de l'acte isolé de quelques écervelés, au-delà de la déclaration du Premier ministre qui invite la population à ne pas donner des interprétations disproportionnées à cette affaire, il n'empêche qu'on ne peut banaliser ces incidents. Comme certains tendent à le faire, sous prétexte que donner de l'importance à cet acte mettrait en péril notre unité nationale. 

N'est-ce pas faire insulte à l'intelligence collective des Mauriciens que de penser que nous sommes incapables d'avoir du discernement dans l'analyse, qu'on ferait des amalgames inappropriés ou encore que le sujet des djihadistes ne peut être abordé de façon rationnelle et dépassionnée car il ostraciserait, soi-disant, la communauté musulmane ? Or, l'enquête est toujours en cours, et malgré les garanties d'arrestations imminentes données par la police, aucune n'a eu lieu et nous ignorons donc jusqu'ici qui sont les auteurs. Autant que l'on sache, la communauté musulmane n'a rien à faire avec les djihadistes de Daech et nombre de musulmans, à l'exemple de l'ancien président de la République Cassam Uteem, ont condamné sévèrement ces actes. D'ailleurs, toutes les communautés et religions, indistinctement, ont leur poignée de fanatiques et d'extrémistes, et les Mauriciens sont suffisamment intelligents pour savoir que quelques rares idiots ne peuvent jeter l'opprobre sur tout un groupe.

Au fond, que les incidents de  dimanche dernier soient l'œuvre de quelques irresponsables stupides ou qu'on ait vraiment affaire à une bande organisée ayant des connexions avec Daech, nous retenons que le but recherché est atteint : tentative de semer la terreur, sinon la zizanie, intimidation, faire peur, créer la surprise, provoquer le doute et la colère. Tout sporadique que soit cette condamnable démarche, et même si, heureusement, on ne déplore aucun blessé et que les Mauriciens, dans leur sagesse, ne vont rien faire pour attiser un feu inutile, on ne peut minimiser ce qui s'est passé dans la nuit de dimanche à lundi dernier à Port-Louis.

Même si beaucoup rechignent à voir dans ces incidents les signes d'un acte terroriste, tant l'amateurisme de cette action – encore heureux – est éloigné des sombres méthodes de Daech, sans pour autant être alarmiste, on ne peut continuer à dormir tranquillement sur nos lauriers quand on tire sur la représentation d'un territoire étranger sur notre sol et qu'on vise un hôtel où séjournent des touristes. D'autant que les répercussions atteignent notre pays en plein cœur : une mauvaise publicité qui s'est propagée depuis une semaine dans plusieurs médias étrangers et sur les réseaux sociaux, entraînant le risque réel d'une menace directe sur notre industrie touristique.

C'est dire qu'à partir du moment où notre économie est en jeu, nous tous Mauriciens sommes concernés car il y va de la bonne santé du pays. D'où une certaine impatience par rapport à l'enquête de la police. Sept jours plus tard, au-delà de deux interpellations qui n'ont rien donné, les coupables, qui seraient semble-t-il au nombre de trois, courent toujours. Et si les Mauriciens sont pétris de doute sur l'issue de l'enquête, c'est qu'à pareille époque l'an dernier, il y a eu un coup de feu sur le bâtiment de Rogers, en direction des locaux de la South African Airways, sans que le ou les responsables n'aient été arrêtés. Les questions subsistent sur les méthodes, techniques, équipements, enquêteurs de la police, l'efficacité de sa cellule d'intelligence et l'étendue de son réseau dans un petit pays comme Maurice. Jusqu'ici, à voir la façon d'opérer, la perception est que les hommes de Mario Nobin peinent à obtenir les informations qui pourraient les guider.

Il est temps que notre force policière rassure en montrant sa capacité à mener cette enquête et identifie les auteurs de ces coups de feu. Afin qu'on sache une fois pour toutes, au lieu de spéculer, s'il s'agit d'un acte isolé. Ou si le pays abrite des sympathisants de Daech... 

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