Libertés bridées

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La Banque de développement envisage d’appliquer des sanctions à l’encontre d’un employé qui a participé à une réunion politique. Suspendu de ses fonctions, celui-ci est appelé à s’expliquer devant une instance disciplinaire. Cette action intempestive devrait nous inciter à réfléchir sur les règles désuètes et antidémocratiques qui s’appliquent encore aux agents des services public et parapublic.

Certes, il y a des raisons valables qui justifient l’obligation de réserve qui est imposée aux fonctionnaires : c’est le gouvernement qui détermine la politique de la nation et les agents de l’État la mettent en œuvre. Ceux-ci doivent donc faire preuve de loyauté envers le pouvoir qu’ils servent. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils doivent observer une neutralité parfaite. Rien dans leur comportement ne devrait permettre de jeter un doute sur leur impartialité vis- à-vis des administrés.

Mais toutes ces obligations limitent les libertés fondamentales du fonctionnaire. Dans un monde qui a évolué, il n’est plus possible de museler le citoyen, fût-il employé de l’État. Il faut faire évoluer les usages et tenir en ligne de compte le droit à la liberté d’opinion du citoyen.

D’autant plus que le principe de neutralité des fonctionnaires est appliqué de manière sélective à Maurice. Si l’agent public participe à des réunions organisées par les partis au pouvoir, il n’est généralement pas inquiété. Les choses se compliquent seulement quand il est actif au sein de l’opposition.

Dans un petit pays comme Maurice, il n’est pas raisonnable d’exclure d’emblée du champ politique près de 100 000 citoyens employés dans la fonction publique, les organismes parapublics ou les compagnies à capitaux publics

Les règlements doivent être assouplis pour que cette masse importante de citoyens ne soit plus interdite d’activités politiques. Dans certains pays, les fonctionnaires sont même autorisés à se porter candidats et, en cas d’échec, à réintégrer leur poste. Cela ne peut que diversifier le personnel politique et réduire les velléités dynastiques.

Avant même d’envisager un système qui donne plus de latitude aux fonctionnaires pour s’exprimer et prendre position, il faut revoir ces conditions absolument rétrogrades qui s’appliquent au personnel académique de l’Université de Maurice. La liberté de parole et la pluralité de pensée chez les universitaires, c’est un principe sacré. Or, les enseignants de l’UoM se sont retrouvés, il y a quelques années, devant une circulaire qui leur demandait de ne pas embarrasser le gouvernement.

Notre pays a un problème avec le non-renouvellement de sa classe politique. Si les règlements sont dépoussiérés pour autoriser de nouvelles catégories de citoyens à s’engager politiquement, un pas important sera accompli vers une solution.

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