Exigeons des comptes

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À ce prix-là, nous réclamons un retour sur notre investissement. Et sommes en droit d’exiger des comptes. Car il s’agit de notre patrimoine financier commun, de fonds publics, de l’argent des contribuables. Oui, nos gouvernants, ministres, députés et autres ne travaillent pas gratuitement. Ils doivent être payés. Décemment, dignement, cela s’entend. Absolument d’accord ! Et s’ils méritent une augmentation, l’attente d’une révision salariale est légitime. Comme pour tout travailleur qui, après des efforts, souhaite que ceux-ci n’aient pas été vains et soient reconnus par son employeur. Re-absolument d’accord.

Question : de décembre 2014 à mai 2016, qu’ont fait les membres de ce gouvernement et nos députés pour s’attendre à une hausse de 5 à 8 % de leur rémunération (de Rs 192 000 à Rs 200 000 pour le salaire des ministres, assorti d’allocations qui leur feront toucher Rs 349 685 contre Rs 321 880 auparavant,selon les recommandations du PRB) ? Même question pour nos députés de tous bords confondus qui, allocations incluses, voient leur fiche de paie afficher désormais Rs 157 485 contre Rs 134 597, alors que le Premier ministre touchera, si le Conseil des ministres avalise les propositions, Rs 552 650. 

Le directeur du Pay Research Bureau, Jaivarasen Curpen Naiken, aura beau dire qu’il n’y a rien de nouveau, rien d’anormal à cet exercice (dans l’express samedi) et le ministre de la Fonction publique Alain Wong pourra tenter d’atténuer cette hausse en faisant ressortir qu’il ne s’agit là que d’une «augmentation minime», il reste qu’aux yeux des citoyens, cette compensation salariale (qui traduit un déséquilibre avec une majorité de travailleurs) de nos élus n’apparaît pas justifiée. Car ça se saurait si ce gouvernement était efficace, ça se saurait si les ministres pouvaient faire un bilan positif de leur quelque 18 mois au pouvoir et ça se saurait si sir Anerood Jugnauth pouvait se flatter, une année et demie plus tard, d’actions concrètes, progressives, mesurables de son équipe dont plusieurs membres ne se privent pas pour dépenser notre argent à coups de millions en voyage. 

Or, c’est juste le contraire qui est vrai : on sait aujourd’hui que le miracle économique n’était qu’une illusion brandie par Lepep pour accéder au pouvoir, qu’on est loin de ce grand chantier que devait devenir le pays. Le chômage – n’en déplaise au ministre Callichurn qui conteste les chiffres de Statistics Mauritius – est une plaie qui continue à s’agrandir, sans compter cette catégorie de jeunes diplômés qui ne trouvent toujours pas d’emploi correspondant à leurs études. La pauvreté ne recule pas et les promesses électorales, dont on attend qu’elles soient tenues, ne semblent nullement avoir été suivies d’un travail acharné des élus de la majorité. Bref, rien n’a changé.

Ajoutons à cela la nomination des petits copains, fils de, fille de, maîtresse, etc., l’arrogance devenue une seconde nature chez certains ministres et députés, la vulgarité des uns et l’indécence des autres, à l’exemple du ministre Soodhun qui trouve logique d’annoncer que les habitants de sa circonscription auront la priorité d’emploi lors de la construction de Heritage City. Bribe électorale ? Non-respect de l’equal opportunity ? Who cares ? «Government is government and government decides», nous a dit le ministre Gayan qui s’est illustré, lui, par sa gestion catastrophique du dossier méthadone, et qui tente maladroitement de faire passer la mort de Suzette Aza comme normale alors que les services de santé sont en cause. Mais Gayan a d’autres priorités : notamment traquer les salaires des journalistes de La Sentinelle (entreprise privée) au lieu de justifier ses salaires de plus de Rs 300 000 que nous tous lui payons tous les mois avec les fonds publics.

Certains députés de la majorité ne sont pas en reste. Que dire de ceux qui ont la fâcheuse manie d’ouvrir leur bouche pour nous balancer des bêtises ? Derniers exemples en date : Sanjiv Teeluckdarry et ses accusations à l’encontre du directeur des poursuites publiques dans l’affaire Gooljaury et les propos de Ravi Rutnah, lors d’un débat sur la dépénalisation du gandia à La Sentinelle, qui a contesté les chiffres d’un sondage réalisé par TNS Analysis avant de critiquer deux travailleurs sociaux, en l’occurrence Nicolas Ritter et Nathalie Rose, dont la crédibilité ne souffre d’aucune contestation, contrairement à celle de ce député qui nous a donné une idée du niveau d’argumentation des élus de la majorité.

Heureusement qu’il existe quelques exceptions et le député Bashir Jahangeer, avec son insistance à poser des questions d’intérêt national au Parlement, en fait partie. Hélas, il est régulièrement censuré par son leader. Et on veut nous faire croire que c’est un gouvernement qui prône la transparence et la bonne gouvernance. Et qu’il faudrait en plus augmenter ces élus avec la complicité des membres de l’opposition qui ne s’opposent pas à cette idée, tout étant une histoire d’intérêt personnel. Pas d’accord. Absolument pas d’accord !

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