Mes chers lecteurs-citoyens

Avec le soutien de

Face aux outrances d’Anil Gayan qui voulait connaître les salaires des journalistes et des autres employés de La Sentinelle, des centaines d’entre vous, indignés comme nous par son attitude, se sont chargés de lui régler son compte – en lui expliquant, entre autres, la différence fondamentale entre le fait d’être employés, comme mes collègues et moi, par une firme privée et le fait d’être un ministre de la République (comme lui, c’est-à- dire payé de nos roupies de contribuables) qui aurait dû travailler pour nous servir – et non pas pour se servir (en s’octroyant des per diem pour voyager en première classe, des emplois pour les proches, etc.). Et dire qu’on ne savait pas alors que le salaire de notre serviteur Gayan allait être majoré aujourd’hui !

«(...) Les réactions – nombreuses et vigoureuses – des lecteurs commentateurs de lexpress.mu nous ont proposé une autre perspective. Celle d’un public prêt à soutenir le titre qui le rassemble, à s’engager auprès de lui contre l’arbitraire et les diverses arrogances dont se parent Gayan et ses semblables», fait ressortir le modérateur de lexpress.mu. Il ajoute, à juste titre, que «la chaîne de valeur d’un journal en 2016 n’est plus ce qu’elle était voici encore quelques années. Fini le temps où seuls les journalistes diffusaient des informations, mettant en forme celles qu’ils détenaient, cela pour la consommation de lecteurs ayant fort peu de prise sur la perception de cette information…»

C’est précisément vos prises de parole citoyennes qui nous intéressent, au-delà de vos critiques sur Gayan.

En général, que retient-on de vos commentaires sur lexpress.mu (le site Web mauricien le plus visité avec 127 000 visites par jour) et sur nos réseaux sociaux (dont notre page Facebook qui comprend 395 869 likes) ?

Face aux salaires et autres privilèges que s’offrent nos élus, vous exprimez souvent votre ras-le-bol. Ce sentiment de rejet de notre classe politique est quasi généralisé, c’est-à-dire qu’il s’applique aussi bien aux membres de l’alliance Lepep qu’envers le PTr et le MMM. Mais, il est manifeste que l’équipe au pouvoir écope davantage que l’opposition parce qu’elle est sur le devant de la scène. Mais, dès que Ramgoolam et Bérenger sortent la tête, ils en ont, eux aussi, pour leur argent comptant.

Une analyse plus fine de vos envois démontre que les politiciens de Maurice sont souvent mis dans un même panier à crabes – où les crabes donnent l’impression de s’entre-tuer : quand c’est pas Jugnauth contre Ramgoolam, c’est Bhadain versus Lutchmeenaraidoo, ou Duval contre Collendavelloo ou Bérenger. Quand c’est pas Mohamed versus Uteem ou Soodhun, c’est Hanoomanjee contre Ganoo, et ainsi de suite. Ils sont, à vous lire, tous dans un même moule.

Ainsi, le poste obtenu par Samputh au Cardiac Centre, celui de Hanoomanjee au Port-Louis Waterfront, ceux de Me Kailash Trilochun (double parent de Bodha) ou le montant des per diem de Bhadain et d’autres pigeons voyageurs de ce gouvernement, le bail accordé au fils Soodhun, le barachois livré à l’époux Boygah, l’attitude complaisante de la police face à un Richard Duval (contrairement au sort de son chauffeur) ou à un Thierry Henry vous servent souvent d’illustration au triste fait que nos politiciens sont tous, plus ou moins, pareils. Ce n’est peut-être pas exact, mais c’est clairement votre perception, et on peut difficilement vous donner tort.

Selon vos propres dires, nos politiciens sont en quête (pour eux-mêmes ou pour leurs mignons) de boutes, de prébendes et de sinécures lucratives, de per diem, de duty free, de loans à des taux défiant toute concurrence, de factures qu’on peut oublier, de lobbies sectaires, de décorations décernées au Réduit...

Et manifestement ce «changement», qu’on vous a promis en 2014 et qui ne s’avère pas, ne calme pas vos ardeurs. Il ne suffira pas d’éteindre les radars pour automobilistes ou de retarder des contraventions pour motocyclistes pour rendre le sourire à un peuple qui en a marre qu’on lui mente, matin, midi et soir – que ce soit sur le DTAA qu’on nous présente un peu trop comme une victoire de Maurice sur l’Inde ou sur une Freedom of Information Act ou une Declaration of Assets Act dont on n’entend plus parler. C’est normal puisqu’on n’est pas en campagne électorale, n’est-ce pas ?

Vous ne représentez peut-être pas tout l’électorat, mais vous êtes d’horizons différents (40 % d’entre vous sont du reste installés à l’étranger ; vous êtes la voix de la diaspora mauricienne) et vous avez compris une chose : nous avons choisi entre «la peste» et le «choléra» aux dernières élections (ce sont les termes que vous employez). Il n’y avait que deux options. Et les deux sont aussi merdiques l’une que l’autre. Et nos politiciens demeurent prisonniers de nos vieux démons et sont incapables de se réinventer face à la puissance des lobbies de toutes sortes.

Que faire alors ? Il faut arrêter de se mentir. Pour changer le système électoral qui produit de tels politiciens et, partant, la façon de diriger le pays, il nous faut pouvoir choisir autre chose que «la peste» ou «le choléra».

Faudrait-il aussi nous rendre à l’évidence que nos politiciens actuels ont fait leurs tristes preuves et leur temps ? Et pour passer à un stade supérieur de notre évolution comme pays et nation, il nous faudra nous séparer d’eux – sans émotion, sans nostalgie et sans trop tarder.

Certes, chers lecteurs, c’est plus facile de le dire, de l’écrire que de le faire – puisque ce sont ces politiciens, (qui ont fait de la politique leur gagne-pain et leur raison de vivre), (que nous devons déboulonner pour échapper à notre tragédie), qui font et défont les lois qui nous gouvernent ! C’est un cycle vicieux. Nos politiciens ont mis en place un système qui les protège. Et ils bénéficient de la complicité de certains d’entre nous (devenus des propagandistes redoutables) pour rester au pouvoir.

Sans doute, devrait-on aussi encourager un nouveau rapport parmi ceux qui pensent librement et qui se retrouvent réunis autour d’une même cause. À La Sentinelle, l’on rappelle que «lexpress.mu veut développer avec ses lecteurs-citoyens un rapport de confiance, une présomption de bon vouloir. En se disant que ce partenariat, cet apport de points de vue, d’analyses et d’opinions pourraient aussi être valorisés autrement». On va apporter toute notre énergie pour pousser gentiment à la retraite nos dirigeants actuels – qui nous prennent pour des demeurés.

Enfin, il faut répéter à l’envi que l’immobilisme et l’attentisme sont les pires ennemis de notre pays. La cause de notre jeune République est noble. Et souvent, derrière vos écrits, on sent à la fois un besoin irrépressible de s’opposer à l’injustice mais en même temps une certaine peur de représailles. C’est cette peur de prendre position ouvertement qu’on doit faire reculer. Car l’écrit révolté du citoyen doit être la semence pacifique qui germera dans la tête de nos dirigeants de demain.

En vous remerciant de votre soutien, et en vous garantissant du nôtre,

Patriotiquement,

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