Tout le monde a tort, sauf Bhadain !

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La grossièreté est en marche pour devenir la marque de ce gouvernement. Comme si ce n'était pas suffisant d'avoir eu droit aux propos vulgaires et inadmissibles de SAJ le 1er mai. Voilà que Bhadain a voulu nous prouver à quel point on peut être goujat, indécent, en tombant dans la bassesse et en refusant de respecter un adversaire politique. Invité sur le plateau de Radio Plus jeudi dernier pour s'expliquer sur la signature du nouveau traité fiscal avec l'Inde, le ministre de la Bonne gouvernance et des Services financiers, qui préfère les monologues car il perd le contrôle de lui-même dès qu'il est en face d'un autre invité (on se souvient de son comportement lors d'un précédent face-à-face avec Jack Bizlall), démontre qu'il est incapable de participer à un débat contradictoire où le respect, le fair-play et l'élégance sont en général des qualités qui accompagnent des arguments solides.

Au lieu de profiter de cette tranche horaire de grande écoute pour expliciter et faire comprendre à la population les raisons qui ont obligé le gouvernement Lepep à ratifier cet accord qui provoque polémique et colère, le ministre Bhadain s'est illustré en s'excitant quand il ne s'attaquait pas avec méchanceté à la personne de Reza Uteem, son vis-à-vis sur le plateau, ou au parti de celui-ci. Pourtant, en tant que ministre de la République, Bhadain aurait dû savoir, plus que d'autres, qu'il y a des questions d'intérêt public qui dépassent les considérations partisanes, qu'il n'est pas en campagne électorale et qu'il n'était pas sur une caisse à savon. Mais qu'il incarnait le rôle d'un élu du gouvernement, invité pour répondre aux nombreuses interrogations, aux incertitudes de ceux qui travaillent dans le secteur du global business et qui s'inquiètent pour leur avenir après avoir pris connaissance de la révision du Double Taxation Avoidance Agreement (DTAA). Mais peu importait à ce ministre, si ce n'était de porter son arrogance en bandoulière.

Du coup, même si l'on voulait faire un pas dans sa direction, même si l'on veut croire que nous sommes à la croisée des chemins et que, de toute manière, nous n'allions pas bénéficier éternellement de ce filet de protection, sa suffisance, son mépris envers ceux qui critiquent cet accord et son refus de débattre rationnellement et de comprendre certaines craintes concernant d'éventuelles pertes d'emploi nous font douter du bien-fondé de son acte et de ses paroles. Car au final, il faut bien se rendre à l'évidence. Malgré la levée de boucliers des acteurs de ce secteur, doublée des protestations et interrogations de l'opposition parlementaire (même si l'on peut séparer le bon grain des critiques constructives de l'ivraie démagogique), Bhadain s'auto-congratule, se prenant presque pour un super-héros, répétant ad nauseam que nous n'avions pas d'autres choix que celui de signer le nouveau traité de non-double imposition. En clair, tout le monde a tort. Tous les arguments avancés par ceux qui s'opposent au ministre sont nuls (ceux-là ne sont que des fat cats ayant des vested interests) et il n'y avait aucune autre avenue à exploiter, que ce soit sur le plan diplomatique ou pratique à l'exemple d'une extension supplémentaire après 2019.  Tout le monde a tort, Bhadain seul a raison.

Ne nous a-t-il pas fait croire à la menace d'une termination notice qu'il aurait reçue de la Grande Péninsule ? Les auditeurs qui étaient à l'écoute jeudi dernier ont pu mesurer à quel point le ministre de la Bonne gouvernance a insisté sur cette fameuse notice of termination, essayant même d'intimider les deux journalistes (Nawaz Noorbux et Jean-Luc Émile) pour que ces derniers appellent tout de suite l'ambassadeur de l'Inde comme pour le sommer de confirmer les propos ministériels. Sauf que depuis hier matin, depuis que Anup Kumar Mudgal l'ambassadeur indien a répliqué sur les ondes de Radio Plus qu'il n'y avait pas de termination notice écrite – même si celui-ci affirme qu'il fallait prendre une décision immédiate dans l'intérêt des deux pays –, on est en droit de questionner les dires de Bhadain.

Est-ce que le ministre a induit la population en erreur sur cette question en nous jouant la tactique du bluff pour mieux faire passer cet accord en lequel il est l'un des rares à croire ? Et si tel est le cas, qu'est-ce que Bhadain nous cache d'autre derrière sa grossièreté et son intolérable arrogance ?

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