Et si l'on sortait, enfin, de la politique du «moins pire» ?

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Nous sommes au XVe siècle, en Espagne. Le roi Enrique envisage de trouver un mari pour sa demi-soeur et héritière, Isabelle de Castille. Dans le moule établi de l’époque, il pense en termes d’alliances prometteuses. Alfonso, roi du Portugal, aussi connu comme O Africano ; Charles, duc de Berry, frère de Louis XI ; le duc de Gloucester, le futur Richard III, sont autant de prospects politiquement acceptables et même prévisibles. La jeune fille concernée a l’habitude de se plier aux volontés royales. Mais, premier coup de tonnerre, Isabelle est une jeune adolescente de caractère et elle défiera son roi pour épouser, dans son dos, Ferdinand d’Aragon.

En cette fin de XVe siècle, plusieurs autres ruptures fondamentales vont s’opérer avec le passé. Ce n’est pas toujours propre et satisfaisant, mais cela permet des virages fondamentaux. C’est la période des horreurs de la grande Inquisition et de Torquemada. Selon James Reston Jnr, dont je lis le «Dogs of God» passionnant, cette Inquisition a aussi un fondement économique certain : les inquisiteurs et Ferdinand y voient, en partie dans le dos du Vatican, une méthode efficace pour saisir les biens des hérétiques (surtout des riches conversos – des juifs «convertis» précédemment) pour alimenter les fonds de guerre ! Fonds qui, à ce moment-là, sont tellement nécessaires pour botter les Maures hors de Grenade et d’Espagne après 780 années de contrôle musulman d’Al-Andalus. Après les musulmans, on s’attaquera d’ailleurs aux juifs, que l’on invitera à émigrer en masse ! Pour les mêmes résultats…

C’est aussi la période où, principalement sur la base de convictions, d’indices, mais d’aucune preuve véritable, Christophe Colomb finit par convaincre la cour d’approuver la recherche de la route vers l’ouest, la route vers les épices, Cipango et Cathay… Les nouveaux horizons.

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Je vous raconte tout cela pour vous rappeler qu’aussi peu évident que cela puisse paraître, il est néanmoins possible de prendre son destin en main et de le faire changer de cours. La tentation première est certainement de se dire que ce qui existe est là pour de bonnes raisons et de penser qu’un changement est possible relève du rêve. Que de fois n’entendons-nous pas des réflexions du genre : «Mais c’est comme ça, ma chère !» ou encore «ça, c’est Maurice et rien ne le changera…». On y trouve là le poids confortable du statu quo, la gangue lénifiante de la routine et du moindre effort, la chape de plomb des intérêts établis. Qui sont généralement mortels, en finalité !

Car une des grandes constantes de la vie c’est évidemment le changement, le besoin de se remettre en question et la capacité de s’adapter pour avancer vers du meilleur. Ces changements peuvent évidemment s’opérer au rythme de l’évolution naturelle et de la géologie, mais ils peuvent aussi s’imposer à la cadence des hommes modernes, fatigués du fatras quotidien ainsi que des vérités établies et consacrées qui apparaissent de plus en plus déconnectées de la réalité et de ses besoins.

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Nos politiciens actuels ont fait leur temps. Coulés dans un moule aujourd’hui passablement rouillé et affaibli, ils sont toujours serviteurs de prébendes, de per diem, de «bases», de factures oubliées, de financement occulte des partis, de lobbies sectaires, de titres et de fla-fla, de protectionnisme et de partisannerie, de bonbons à distribuer plutôt que d’efforts à demander. Prisonniers de vieux démons, ils sont incapables de changer leurs moeurs ou la manière de diriger le pays, apparemment même quand ils sont élus sur des promesses de «véritable» changement !

Ne nous mentons pas : nous en étions réduits, en décembre 2014, à choisir entre la peste et le choléra. Le pays a dûment choisi le «moins pire» qu’était le choléra. Si l’insatisfaction grandissante du jour se poursuit, nous en serons acculés à quoi dans trois ans et demi ? À rejeter le choléra pour se souhaiter, à nouveau, une bonne épidémie de peste ?

«NOUS EN ÉTIONS RÉDUITS, EN DÉCEMBRE 2014, À CHOISIR ENTRE LA PESTE ET LE CHOLÉRA.»

Si c’est le choix majoritaire de la population de continuer ainsi, soit ! Ce sera le prix de la démocratie. Mais il faudra alors ne plus compter sur ceux qui, à la recherche de décence, de méritocratie, d’institutions fortes, équitables et libres et de voies nouvelles se sentent à l’étroit, s’isolent et peut-être même s’exportent, du moins mentalement.

Sinon, il nous faut délibérément faire comme Isabelle, se rebiffer contre l’ordinaire, le tiède, le médiocre, s’offrir une nouvelle alternative, s’affranchir de tous ces faux prophètes qui ont eu leur chance et qui nous déçoivent tant. Il est temps de faire appel aux hommes et aux femmes de bonne volonté, principalement jeunes et de qualité supérieure, de leur demander de se mettre ensemble, de réfléchir, de composer, de nous inventer une île Maurice meilleure, basée sur des valeurs plutôt que de seuls intérêts, de nous offrir mieux que le choix du moins pire.

Contrairement à Isabelle et Ferdinand, nous ne brûlerons pas nos hérétiques, nous les mettrons seulement à la retraite. Et nous ne demanderons à personne d’émigrer. Nous devrions, au contraire, ouvrir nos portes toutes grandes pour accueillir des courants nouveaux, purificateurs, stimulants et capables d’ajouter de la valeur, du tonus et du bonheur, à qui veut bien saisir sa chance.

En son temps, Christophe Colomb a proposé un nouveau monde. On n’en demande pas tant. Il nous faut juste un pays mieux dirigé !

«L’express» le souhaite de toutes ses forces et va y apporter toute son énergie. On y reviendra.

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