Indignons-nous (encore et encore) !

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La hauteur d’un homme ne se mesure pas à son titre. Ça, on le sait ! Mais faut-il être inélégant pour se faire entendre ? Le langage utilisé par SAJ lors du meeting du 1er Mai est indigne d’un Premier ministre. Le légendaire franc-parler a cédé la place à la grossièreté. Et le dérapage est inacceptable. Que le chef du gouvernement ait des critiques contre un rapport d’une organisation des États-Unis n’est pas condamnable en soi, la liberté de pensée et d’opinion permettant à chacun une appréciation. Mais que SAJ, sur une estrade publique, a recours à un vocabulaire ordurier et affirme que cette «organizasion kouyon mouy dans k*k*», cela a de quoi nous choquer et nous interpeller. Parce qu’il traduit la considération que le Premier ministre a envers ses partisans venus l’écouter, les auditeurs des radios privées qui suivaient son discours et les Mauriciens qui s’attendent qu’un Premier ministre les traite avec respect.

À 86 ans, au crépuscule de sa vie, à un âge où la sagesse prend le dessus sur les autres traits de caractère, SAJ fait, lui, le choix de se montrer sous un jour rustre et obscène. Est-ce que la forme, façon voyou, fut choisie pour pallier le fond creux d’un discours qui était tout sauf porteur d’espérance ? Car qu’a-t-on appris de SAJ qu’on ne savait déjà ? Que Bérenger l’a trahi ? Que Ramgoolam (sa cible favorite) a commis des frasques allant de l’épisode macarena à ses relations avec Nandanee Soornack ? Non seulement ces informations sont du domaine public, mais c’est l’une des raisons pour lesquelles le peuple a dit non à l’Alliance PTr-MMM, en virant de manière sonore Ramgoolam à la tête du pays, allant jusqu’à le priver d’un rôle de député à l’Assemblée nationale. C’est dire qu’en nous ressassant les défauts de l’ancien Premier ministre, SAJ enfonce une porte ouverte et nous fait perdre notre temps.

À ce propos,  en révélant que la police n’a pas pris tous les coffres-forts chez l’ancien Premier ministre, que ceux saisis le furent pour «kouyonn lizie dimounn», laissant entendre qu’il y a des policiers qui ont un attachement envers l’ancien Premier ministre, SAJ ne fait ni plus ni moins que nous dire que les policiers furent, ce fameux soir de 6 février 2015, de connivence avec Navin Ramgoolam. Une déclaration grave rendant la police complice de l’ancien Premier ministre, un Ramgoolam qui demeure finalement un danger politique potentiel pour SAJ et les siens, malgré l’absence d’enjeu électoral. À croire que les tirs envers le leader du PTr (qui en profite, se la jouant victime, sinon martyr) feront oublier les failles et les carences de ce gouvernement dont la déception généralisée au sein de la population est à la hauteur du feel good factor post-décembre 2014.

Ainsi, SAJ aura beau dire que la foule présente lui redonne confiance, il aura beau tenter de broder autour du nettoyage, les Mauriciens s’impatientent, constatent l’absence de résultats concrets à plusieurs niveaux : économie, pauvreté, chômage. Pire, il n’y a plus de différence entre le régime travailliste et l’Alliance Lepep sur la politique de copinage et les passe-droits. Avec le récent changement à la tête de l’EOC, à voir les priorités du nouveau président, Choomka et Sumputh peuvent désormais dormir paisiblement. Mais les citoyens, heureusement, veillent. Et continuent à s’indigner. De l’absence de promesses du gouvernement à un manque d’égard d’un Premier ministre qui nous sert une indécente vulgarité…

Peu importe la position de chacun d’entre eux sur la légalisation du cannabis, peu importe si les rastas avaient tort d’avoir brandi un plant de gandia lors de leur manifestation à Port-Louis, rien ne justifie la brutalité des policiers envers les manifestants : matraque, gaz lacrymogène, et ce malgré la présence des enfants (voir texte en page 16-17). Intolérable, triste et choquant.

Cette agressivité excessive utilisée par la force policière est hautement condamnable. Et elle ne fait pas seulement mal à ceux touchés physiquement, mais elle blesse tous les citoyens qui voient en la violence l’arme des lâches. Des lâches ceux-là qui sont incapables de répondre à une manifestation pacifique autrement que par des coups. «Aret nou me pa bat nou», demandaient pourtant les rastafaris. C’était mal connaître ces hommes en bleu qui ont voulu donner raison à tous ces Mauriciens qui ont déjà une mauvaise image de la police. Les gouvernements changent, la police reste fidèle à sa (mauvaise) réputation. Comment ne pas continuer à s’indigner ?

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