Pour que Suzette Aza ne meure pas dans nos coeurs

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«Mon médecin m’a dit que le temps a joué contre moi. Je suis très en colère, très angoissée…» Ce témoignage de Suzette Aza (dans Enquête en direct sur Radio One), atteinte d’un cancer, qui racontait ses tribulations, ses nombreux allers-retours à l’hôpital  Jeetoo, ses supplications, ses larmes pour l’obtention de ses résultats d’analyses, nous choquait déjà le vendredi 22 avril.

Ces paroles ont pris une résonance particulière en début de semaine quand on a appris la mort de cette habitante de Cité Barkly, dont nous racontons la triste histoire dans notre édition de ce dimanche. Si nous avons choisi d’ajouter notre voix indignée à celles d’autres Mauriciens révoltés devant ce récit, c’est qu’en sus des péripéties autour de ses résultats, Suzette Aza a enduré une nouvelle épreuve déchirante avant de mourir, en se voyant refuser les services du Samu, qui ne transporterait pas ce type de patient, selon ce qui aurait été dit à ses proches.

Tragique quand on sait qu’elle était alors déjà en insuffisance respiratoire et que des soucis d’arthrose l’empêchaient de circuler en voiture. Elle n’aura pas eu la force de s’accrocher davantage à la vie. La mort de Suzette Aza serait peut-être passée inaperçue si elle n’était pas intervenue sur Radio One en laissant parler son cœur vendredi dernier. Un cœur profondément blessé qui déplorait le manque d’égard de nos services hospitaliers envers elle qui attendait, tracassée et désespérée, ces fameux résultats pour commencer son traitement. Alors que pendant ce temps, sa maladie s’aggravait.

Est-ce que Suzette serait toujours en vie si elle avait pris connaissance à temps, comme elle le réclamait, des résultats d’analyses pour son cancer ? La mort est un mystère qui nous échappe, mais on peut affirmer que la patiente aurait au moins mis toutes les chances de son côté si dès le départ, elle avait eu les informations qu’il lui fallait. Tout comme on peut être sûr qu’elle n’aurait pas été animée par ce sentiment d’injustice si elle n’avait pas été confortée dans l’idée que parce que l’hôpital public est gratuit, certains services estiment n’avoir aucun devoir envers les malades. «Peut-être mo ti kapav geri pli vit», disait-elle à la radio après avoir loué ses «bons médecins» qui la soignaient, mais qui ne pouvaient aller plus loin en l’absence des résultats.

Malheureusement, le cas de Suzette n’est pas isolé. Après la révolte collective qui a suivi ce décès, combien de voix ne se sont-elles pas fait entendre (toujours sur Radio One), racontant la longue attente pour obtenir des résultats ? Jusqu’à une année pour une patiente, a rappelé Shamima Patel-Teeluck, présidente de Breast Cancer Care ! Cette situation est extrêmement grave et constitue une atteinte aux droits des patients. Ceux-là qui, déjà en situation de détresse et de vulnérabilité de par leur maladie, doivent de surcroît souvent se déplacer inutilement aux dates demandées pour s’entendre dire que les résultats des tests effectués ne sont toujours pas disponibles, retardant ainsi leur traitement.

À la décharge d’Anil Gayan, nos services hospitaliers ont toujours souffert de nombreux dysfonctionnements et le ministre hérite d’un système où l’inhumanité des uns le dispute à l’incompétence des autres. Mais nous attendons du ministre et de ses pairs qu’ils prennent acte du désordre qui règne dans nos hôpitaux, de l’amateurisme avec lequel on traite des dossiers de patients, des résultats qui se perdent pendant que des malades sont en train de mourir à petit feu moralement et physiquement à cause de sérieux manquements. Nous attendons du ministre qu’il ne tente pas de justifier l’injustifiable, qu’il situe les responsabilités, les torts.

Comme toujours dans ce genre de situation, la posture officielle du ministère de la Santé est de brandir le bouclier de l’enquête départementale. Sauf qu’il est ridicule et sidérant que des responsables de l’investigation soient juges et parties en même temps. Entre-temps, Suzette Aza est morte après avoir crié son chagrin, son désespoir et sa révolte, laissant un bouleversant témoignage en guise de testament. Honorons sa mémoire pour qu’elle ne meure pas dans nos cœurs…

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