L’humain, être de raison ou d'intérêt

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Qu’est-ce qui explique chez l’humain, pourtant doté de facultés de réflexion autrement plus développées que chez ses cousins les animaux, des comportements apparemment déraisonnables, voire irraisonnés ?

Je n’en sais trop rien. Mais il faut poser un constat et l’on peut supposer quelques exemples.

Qu’est-ce qui pousse l’homme, dans la plupart des sociétés, à épouser une femme généralement plus jeune que lui ? On n’avait pas de statistiques fiables jusqu’à il y a, mettons, un siècle, mais maintenant on sait que l’homme vit généralement moins longtemps que la femme et qu’il va donc, généralement parlant, crever avant elle. La conclusion logique serait donc d’épouser une femme plus vieille que soi (d’environ 7,6 années dans la situation mauricienne actuelle), afin que l’un et l’autre membre du couple ne reste pas trop longtemps seul quand le premier d’entre eux deux va mourir. Eh bien non, on continue à épouser plus jeune que soi et on laisse donc des veuves seules derrière. Elles vont devoir (si les enfants ne les entourent pas) survivre sur une petite pension de vieillesse, isolées dans une maison qui périclite et s’exposer aux risques d’être attaquées, voire tuées, comme à Résidence Père Laval cette semaine. Pour que ça change, devra-t-on attendre que ce soit la femme qui choisisse l’homme et qu’elle soit plus sage, en le choisissant plus jeune et croustillant ?

Qu’est-ce qui pousse les politiciens, chacun à son tour et malgré les promesses les unes plus sincères que les autres, de tomber, à chaque fois dans le piège de la «faveur» plutôt que d’adopter la rationalité de la méritocratie ? C’est pourtant mathématique. On explique. Un politicien, par définition, veut être populaire et, au bout de cinq ans, souhaite renouveler son mandat. Un politicien qui raisonne devrait donc comprendre, qu’en démocratie libre, chaque fois qu’il fait une faveur à quelqu’un(e) , il crée un(e) satisfait(e), mais des dizaines, voire des centaines d’insatisfait(e)s ! Nommer «nos dimounes» de SSR à SAJ, de Navin à Pravind, a toujours mené des tribuns à leur perte. Et pourtant, ça continue ! Une seule explication plausible : les politiciens sont des faibles qui cèdent aux pressions de ceux qui les serinent et les bassinent de près.

«Nommer “nos dimounes” de SSR à SAJ, de Navin à Pravind, a toujours mené des tribuns à leur perte. Et pourtant, ça continue ! Une seule explication plausible : les politiciens sont des faibles qui cèdent aux pressions de ceux qui les serinent et les bassinent de près.»

Ce ne sont pas des êtres de principe, mais des gens qui, pour avoir la paix (et des sourires et des faveurs en retour !) composent, transigent, accommodent. L’autre conséquence est que, tous les cinq ans, on vire les Soornack et l’on nomme des Sumputh, pour «méritantes» qu’elles soient, bouleversant des vies, déchirant le pays en deux et lézardant parfois les institutions.

Il n’y a pas qu’à Maurice. Au Niger, 250 000 tonnes de bois à feu continuent à être consommées dans un pays, pourtant au 4/5e désertique, mais qui a, depuis 2011, découvert du gaz, qui coûte aujourd’hui moins cher que le bois à feu ! Habitudes coriaces ! Au Bangladesh, des fondamentalistes font le raisonnement suivant : je serais récompensé par le bon Dieu et ferais sa volonté si je tue ceux qui déclarent ne pas croire en Lui. Ce geste irréversible présuppose que celui qui agit ainsi SAIT ce que souhaite son Dieu, ce qui le met ainsi dans la position indéniablement prétentieuse de comprendre autant que son Dieu omnipotent et omniscient qui, Lui pourtant, ne tue pas, avec une machette dans le crâne, ni les athées, ni les apostats ! Ce manque de rationalité traverse aussi les siècles. à titre d’exemple, citons le siège réussi de Béziers, foyer de résistance des Cathares, au début du XIIIe siècle, et la fameuse phrase d’Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux qui suggéra : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !» quand se posa le problème de distinguer les hérétiques des fidèles. Quelle sublime logique !

Retour au pays. Quand le PS du ministère de la Bonne gouvernance, M. Jugdish Dev Phokeer, pose un lapin pour sa convocation du 20 avril et se permet de suggérer qu’il attendra le non-renouvellement du mandat de ceux qui dirigent l’Equal Opportunities Commission ce soir, 24 avril, avant de s’y présenter, il véhicule quoi logiquement comme message ? Qu’il s’agit de comportement éthique de sa part ? Qu’il redoute le regard de l’équipe actuelle de l’EOC, pourtant maintenue à son poste par SAJ et son gouvernement, contrairement à d’autres ? Qu’il préfère (parce qu’il les connaît ?) les nouveaux locataires de l’EOC ? Que de bonne gouvernance dans l’affaire Choomka, on s’en balance, car ce qui compte ce sont les intérêts des uns et des autres ? Qu’ainsi, logiquement, il mérite son salaire à la fin du mois ?

Qu’est-ce qui peut bien, par ailleurs, pousser une société comme la nôtre à ostraciser les plus faibles parmi nous ? L’intérêt même des citoyens plus fortunés est de s’assurer que les «exclus», les laissés-pour-compte ne le soient plus, au motif, logique, que tous ceux qui ne sentent pas concernés par les aspirations et les valeurs des autres, vont finir, un jour, par menacer leur confort et leur sérénité : vols, violences, grossièretés et amertumes en tous genres finiront par les rattraper. Un élan de coeur est évidemment préférable, mais en son absence, il est clair que l’intérêt des particuliers est éminemment lié à l’intérêt général et que le partage et l’entraide sont des valeurs rationnelles à choisir pour mieux vivre ensemble, ce qu’aucun système électronique de surveillance ou aucun molosse ne saura remplacer adéquatement. De toute façon, qui, rationnellement, préfère vivre en prison à l’abri des autres plutôt que libre, avec les autres ?

Conclusion ? L’intérêt c’est l’émotion et elle est souvent mauvaise conseillère. Le statu quo et l’habitude paraissent toujours plus faciles, mais nous auraient inévitablement maintenus dans nos cavernes de Cro-Magnon. La seule voie possible reste la raison 

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