Des institutions normales

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Il faudra plus de temps pour bien comprendre toutes les implications de la décision du DPP dans l’affaire Lutchmeenaraidoo. Pour l’heure, il apparaît que le non-lieu* prononcé hier comporte plusieurs aspects intéressants pour le pays mais en même temps elle crée une ère d’incertitude sur le plan politique.

Par rapport aux institutions publiques, il y a des leçons intéressantes à tirer. Il y a eu, au cours de cette affaire, une distribution des pouvoirs très adroite. C’est la condition essentielle pour assurer un équilibre entre les institutions et éviter les perceptions d’ingérence.

L’ICAC a mené son enquête de manière méthodique et a sollicité le judiciaire à plusieurs reprises pour accéder à des documents jugés pertinents. Ensuite, elle a soumis le dossier au DPP qui a conclu qu’il n’y a pas matière à poursuite. C’est un processus qui a fait intervenir plusieurs institutions à la fois. De ce fait, la décision finale ne souffre pas d’une coloration politique.

Dans un pays où l’on se pose souvent des questions relatives à l’indépendance des institutions, il est intéressant que l’ICAC et le bureau du DPP aient travaillé de concert pour décider de l’issue de l’affaire Lutchmeenaraidoo. Il s’agit là d’un fonctionnement normal des institutions. Sans cela, une perception d’ingérence aurait plané sur toute l’enquête.

On se rappellera, par exemple, de l’interprétation donnée par Dayal à son arrestation : «Il y a peut-être eu un coup de fil entre deux personnes qui ont des liens de parenté…». Il tentait à travers cette manoeuvre mesquine d’imputer ses démêlés judiciaires à une ingérence imaginaire. En Cour, mardi, l’ICAC a expliqué que c’est sur l’avis du DPP qu’elle l’a arrêté.

Dans le cas de Vishnu Lutchmeenaraidoo, il n’y a pas eu de communiqué du DPP pour expliquer le non-lieu, mais on peut, sans grand risque de se tromper, avancer que tout s’est joué sur le montant du taux d’intérêt négocié par l’emprunteur pour son prêt en euros. Il ressort qu’aucune faveur n’a été accordée au ministre car en 2006 pour un emprunt en dollars US, il avait bénéficié de conditions meilleures que pour celui contracté en euros l’année dernière. Le taux pratiqué pour le premier emprunt s’élevait à Libor + 1 % et, pour le second, à Libor +1,4 %.

La décision du Premier ministre de demander à l’ICAC d’ouvrir une enquête pour trafic d’influence allégué peut constituer un autre motif de satisfaction. S’il avait balayé d’un revers de main ces allégations, l’opinion publique aurait pu l’accuser de vouloir étouffer une affaire gênante pour son gouvernement.

Sur le plan politique, toutefois, il y a des soucis à se faire au sein du gouvernement. Des lignes de clivage prépondérantes vont traverser la majorité. Ses conséquences pourraient être lourdes. Face à un péril, si l’équipage d’un navire n’est pas solidaire, le naufrage collectif n’est pas loin.

* Cette information est fondée sur les déclarations faites hier soir par les ministres Lutchmeenaraidoo et Collendavelloo.

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