Qui éliminera qui ?

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Qui de Bhadain ou de Lutchmeenaraidoo remportera l’obscène power game qui se joue publiquement devant une population médusée, écœurée et impuissante ? La situation se résume à cette question depuis que le Premier ministre a demandé au commissaire de police de laisser le DPP – quitte à pratiquer l’ingérence politique, comme dénoncée par le leader de l’opposition – prendre la décision d’une éventuelle charge provisoire autour de l’emprunt de l’ancien ministre des Finances..

Ainsi, le chef du gouvernement, comme pour rester neutre devant l’affrontement de ses deux ministres, se lave les mains et choisit le rôle d’observateur dans cet indécent jeu de rapport de force. Loin est le temps où SAJ tranchait dans le vif, prenait des décisions rapides,  ramenait ses troupes à l’ordre en privilégiant la collectivité. Il aura beau dire que tant qu’il est là, personne ne déstabilisera son gouvernement, il traîne actuellement l’image d’un Premier ministre incapable d’arbitrer un odieux match dont l’enjeu Bhadain/Lutchmeenaraidoo, aujourd’hui, est qui éliminera politiquement l’autre.

Si la longue hospitalisation de l’ancien ministre des Finances, son changement de ministère, le démenti apporté par SAJ sur une partie de son affidavit, laissaient croire que Roshi Bhadain avait une tête d’avance sur lui, les développements qui ont suivi tendent à rééquilibrer les forces sur le ring du pouvoir. Comme si, après sa condamnation par le tribunal de l’opinion publique qui l’a déjà jugé sur son prêt immoral aux yeux des Mauriciens, Lutchmeenaraidoo a décidé de se servir de toutes les munitions contre son adversaire, peu importe les répercussions et dégâts qui éclaboussent le gouvernement et le Premier ministre.

Lui qui affirmait que «quand on me jette à l’eau, je nage», donne l’impression qu’en cas de danger, il ne coulera pas seul. Mais tenterait d’entraîner alors son meilleur ennemi dans la noyade. Les allégations sur les méthodes à la KGB de Bhadain dans son affidavit, la supposée influence qu’aurait ce dernier sur l’ICAC, la deuxième phase du complot auquel il fait référence cette semaine en continuant à peindre Bhadain sous un angle machiavélique («li pran enn ros li pil lor mwa pandan ki mo ti malad»), les informations truquées que le ministre de la Bonne Gouvernance ferait circuler à la presse ne sont plus les seuls projectiles qui servent à son plan d’attaque.

Depuis jeudi dernier, il est passé à un stade supérieur : celui des avertissements : «Tou sa bann kabal Roshi Bhadain. Mo dir li fer bien atansion.» Réponse du berger à la bergère le lendemain : «Mo pena okenn problem, mo pann pran loan mwa.» Et Bhadain de se réfugier derrière le communiqué-démenti de SAJ, devenu son meilleur bouclier. Sa lecture est simple : Lutchmeenaraidoo ment. Et le Premier ministre l’a dit en démentant les propos de son ministre des Affaires étrangères.

Ce faisant, le ministre de la Bonne Gouvernance, qui a jugé utile d’ajouter une couche de déférence envers SAJ, s’approprie en quelque sorte l’appui du Premier ministre. Sauf que Lutchmeenaraidoo laisse percevoir lui aussi que le PM ne l’a pas laissé tomber. Pour preuve, sa déclaration où il dit être content après que SAJ a affirmé au Parlement que c’est le DPP qui décidera de la marche à suivre dans l’affaire de l’emprunt.

Qu’est-ce qui a provoqué ce positionnement de SAJ ? D’aucuns estiment que Lutchmeenaraidoo, en mode out to kill, détient des cartes impensables sur l’affaire BAI. Vrai, faux? En attendant le prochain épisode, et pendant que chacun est aux aguets du move de l’autre, la violence de cette guerre n’a toutefois pas empêché les deux protagonistes de siéger ensemble vendredi sur le même conseil des ministres. Surréaliste ! Tout comme est surréaliste cet obscène power game qui se joue sous notre nez…

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