Quelques leçons du Panama

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Quelle semaine – que ce soit à Maurice ou à travers le monde ! Et que de révélations ! Mais focalisons-nous surtout sur les Panama Papers – les scandales chez nous commencent à être banalisés dans l’opinion tellement ils sont répétitifs… au sein du gouvernement que nous avons élu.                           

D’emblée, il nous faut reconnaître le rôle crucial des lanceurs d’alerte qui font un travail utile pour la communauté internationale en prenant des risques. Il est réconfortant de noter, aujourd’hui, un large consensus pour les protéger de toutes représailles.

Il ne s’agit surtout pas de les attaquer, comme à Maurice certains pourraient être tentés de le faire, pour sauver leur peau – on pense ici aux déclarations inopportunes de Raj Dayal à l’encontre du dénonciateur Patrick Soobhany. Ou encore à celles de Vishnu Lutchmeenaraidoo contre Roshi Bhadain ou contre la commission anticorruption, sans apporter la moindre preuve pour soutenir ses dires.

À saluer aussi le travail de fourmi de la centaine de médias qui se sont mobilisés pour mener l’enquête sur l’évasion fiscale d’une portée mondiale. Le travail de recherche mené par le Consortium international des journalistes d’investigation a ainsi révélé que des milliers d’anonymes, une douzaine de chefs d’État (dont au moins six sont actuellement en activité) et leurs proches, des milliardaires, des grands noms du sport (dont le nouveau patron de la FIFA), des célébrités ou des personnalités ont eu recours à des montages financiers ingénieux pour dissimuler leurs actifs. Ils ont fait enregistrer des sociétés offshore dans des paradis fiscaux par le cabinet panaméen Mossack Fonseca.

«J’ai vu des échanges de courriels dans les Panama Papers qui parlent de la rédomiciliation à Maurice. Ce qui est passionnant dans les documents des Panama Papers, c’est que pour la première fois nous voyons des motivations parfois concrètes et explicites de certains qui ne veulent pas jouer en suivant les mêmes règles que le citoyen lambda», nous explique l’un des journalistes qui travaillent sur cette volumineuse enquête planétaire (voir plus loin), qui s’inscrit dans la même lignée que les Swiss Leaks et autres Wiki Leaks.

C’est dire à quel point il nous faut faire notre autocritique, surtout à la lumière de la récente révision du DTAA par les autorités indiennes. Pour se réinventer, il nous faut d’abord faire notre inventaire, sans concession, en utilisant les pistes contenues dans les Panama Papers.

Bien évidemment, il ne faut pas faire d’amalgame. Il ne s’agit pas de tout peindre en noir. Il existe, chez nous, des sociétés offshore qui ne sont pas opaques et qui ont une activité économique véritable pour canaliser des investissements internationaux (par ailleurs incontournables, si l’on veut faire repartir notre croissance). Mais ne soyons pas sur la défensive et reconnaissons, comme nous l’avait demandé l’ancien ministre des Finances, qu’il y a quelques sociétés au sein de notre offshore qui sont utilisées comme sociétés-écrans, pour cacher des avoirs grâce au recours à des prête-noms…

Aujourd’hui, de l’Argentine à Londres, ces Panama Papers provoquent des vagues à n’en plus finir. Il est intéressant d’observer les réactions contrastées qu’ils provoquent. Après le Premier ministre islandais, c’est au tour de son homologue britannique, David Cameron, d’être ébranlé par les révélations en cascade sur le monde, jusqu’ici opaque, de la finance offshore. Il a essayé dans un premier temps de nier toute implication. Mais les journalistes ne l’ont pas lâché et alors que se profile le référendum du 13 juin sur le ‘Brexit’, il n’a eu d’autre choix que de jouer la carte de la transparence.

Mais à travers le monde, les répercussions diffèrent selon le pays dans lequel l’on se trouve. Si le Premier ministre islandais a été poussé par la pression populaire à la démission, les dirigeants du Parti unique chinois affirment qu’il s’agit d’un complot (tiens, cela nous rappelle nos ministres, qu’ils soient issus du régime Ramgoolam ou de celui de SAJ !) et passent à autre chose.

La divulgation et l’exploitation des fichiers internes du cabinet Mossack Fonseca dépassent tout ce qui avait été fait jusqu’ici contre la fraude et l’évasion fiscale. Les Panama Papers vont avoir des conséquences durables sur le monde des affaires et les milieux politiques. Souhaitons qu’il en résulte une baisse généralisée de la corruption et provoque l’émergence d’une culture nouvelle où il ne sera plus question de placer ses millions à l’abri du regard du monde.

Il y a lieu, pour cela, de distinguer l’argent propre qui côtoie l’argent sale : selon les termes à la mode, l’argent gris (celui de la fraude fiscale) se mélange avec l’argent noir (celui de la corruption et du crime organisé).

La leçon ultime à retenir, c’est que de nos jours il y a des réseaux de chiens de garde qui se mettent en place pour combattre des réseaux mafieux déjà bien ancrés. C’est peut- être une goutte d’eau dans l’océan de la finance occulte, mais c’est clair que nous – lanceurs d’alerte, journalistes et autorités concernées – avançons dans la bonne direction. Et en travaillant ensemble, de manière concertée, nous sommes bien plus forts que les puissants du jour…

… et pour conclure : peut-on tenter cet effort concerné et concerté à l’échelle mauricienne, pour notre bien commun ?

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