Guerre fratricide

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La majorité n’a pas explosé mais l’unité de façade qu’elle affichait a volé en éclats. C’est ce qui ressort de la tournure qu’ont prise les événements hier. Désormais, il faut s’attendre à des conséquences importantes sur le plan politique. Les bouleversements à venir dépendront des positionnements politiques des uns et des autres mais seront également tributaires de décisions de justice.

Dès ce matin, Vishnu Lutchmeenaraidoo pourra perdre son siège de ministre s’il est inculpé de trafic d’influence dans l’affaire de l’emprunt qu’il a contracté auprès de la State Bank. Le Premier ministre l’a dit sans détour lors de l’intronisation du vice-président de la République, lundi. Il demandera à son ministre des Affaires étrangères de démissionner si une charge provisoire arrivait à peser sur lui.

Une révocation du ministre Lutchmeenaraidoo entraînerait, à son tour, sa démission comme député et, donc, une partielle à Piton-Rivière-du-Rempart. Ce qui plongera le pays dans un profond tumulte politique au détriment du programme économique du gouvernement.

C’est l’affidavit déposé par Vishnu Lutchmeenaraidoo en Cour suprême lundi qui a porté au point d’ébullition l’adversité grandissante entre lui et le ministre Roshi Bhadain. Avant cela, ils se sont livrés pendant longtemps une lutte sourde et sournoise à l’intérieur du gouvernement. Il y a différentes interprétations à cette animosité persistante. Vishnu Lutchmeenaraidoo pense que son collègue convoitait son poste tandis que Roshi Bhadain se dit, lui, animé par le désir de nettoyer, y compris à l’intérieur de son camp.

En public, ils maintenaient une apparence de cordialité. Il suffisait néanmoins d’un minimum de perspicacité pour comprendre qu’entre l’homme de vision et l’homme d’action, l’incompatibilité était totale. Aujourd’hui, ils se lâchent.

Vishnu Lutchmeenaraidoo dit que le ministère de la Bonne gouvernance fonctionne sur le modèle du KGB. Roshi Bhadain cite Gandhi : «I will not let anyone walk through my mind with their dirty feet» pour expliquer qu’il ne déviera jamais de sa ligne.

De son côté, le Premier ministre s’était gardé de prendre une position tranchée durant la période de conflit larvé entre les deux ténors de sa majorité. Il était contraint à un numéro d’équilibriste même s’il a parfois montré des signes d’irritation par rapport au manque de résultats sur le plan économique. Maintenant qu’une guerre ouverte est déclarée, cette posture neutre d’Anerood Jugnauth est intenable.

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