L'opinion contraire passible de sanction

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Soit on est avec, soit on est contre le gouvernement. Et il ne fait pas bon être contre. Car les représailles, pire les sanctions, risquent d’être lourdes. C’est un peu la perception que nous donnent ces jours-ci ceux – qu’ils soient dirigeants, ministres ou nominés politiques – qui détiennent les pouvoirs au sein de l’Alliance Lepep. Dernier exemple en date : le licenciement qui ne laisse pas indifférent du syndicaliste Alain Edouard, travailleur du port employé par la Cargo Handling Corporation.

S’il est clair que sans la pression, la solidarité de ses camarades syndicalistes et la colère des travailleurs du port (l’opposition parlementaire ainsi que des ONG se sont jointes à la cause), le conseil d’administration n’aurait pas reconsidéré sa demande de réintégration, il est aussi inquiétant de constater que l’ancien président de la Port-Louis Maritime Employees Association semble être victime d’une énorme injustice. Vingt-quatre ans de service, «réputé pour être l’un des meilleurs portiqueurs» nous apprend l’express d’hier matin, et licencié pour avoir quitté son poste les 24 et 31 décembre à midi au lieu de 15 heures. Quand on sait que la procédure de sa mise à pied n’a pas été respectée (il a été informé de l’«acte d’indiscipline» au bout de 12 jours en dépit de l’Employment Rights Act qui dispose que l’employeur a 10 jours pour aviser l’employé du motif de mauvaise conduite) et qu’on ajoute l’affidavit juré par Alain Edouard dans lequel il affirme avoir été victime d’un chantage de la direction, on a des raisons de penser que le non-respect des horaires de décembre ressemble à un prétexte pour se débarrasser d’une voix qui s’est farouchement opposée à la venue de Dubai Ports World dans le cadre de la privatisation du port.

Alain Edouard paie-t-il le prix de son droit d’exprimer une opinion contraire aux idées et à la volonté du gouvernement ? N’est-il plus possible à Maurice que des voix qui pensent autrement que les politiciens se fassent entendre ? Ces questions méritent d’être posées dans un climat où critiquer les politiques du jour peut mener à des actes de répression qui s’apparentent aux méthodes d’un régime autoritariste. Car le cas d’Alain Edouard n’est pas isolé. On se souvient des avertissements à l’encontre de deux journalistes de la MBC – depuis, les sanctions ont été levées, heureusement – qui avaient osé émettre leur avis personnel sur la station nationale lors d’un débat organisé par le Media Trust. Tout comme on n’oublie pas l’arrestation du couple Ruhomally après une plainte du ministre Soodhun qui les accusait d’avoir fait circuler une fausse facture d’un paiement à la clinique Apollo Bramwell, qui aurait été write-off. Sans que le ministre ait jamais répondu à la question pertinente posée par Hassenjee Ruhomally : avait-il payé la facture ? 

Autre voix sanctionnée après ses propos à l’encontre d’un ministre : celle de l’athlète handisport Noemi Alphonse. Son délit ? Avoir voulu obtenir un rendez-vous avec le ministre des Sports. Quand Yogida Sawminaden lui répond qu’il ne peut la recevoir, qu’il n’a pas de bureau, Noemi, de ses aveux à 5-Plus (dans notre édition du 6 mars), perd son sang-froid et lui demande s’il est ministre uniquement sur le papier. La sanction tombera ensuite. Noemi est suspendue et ses chances de se qualifier pour les Jeux paralympiques, prévus en septembre à Rio de Janeiro, sont compromises. Alors qu’elle ne voulait que se faire entendre, parler des griefs d’athlètes, croyant naïvement qu’un dialogue était possible.

Au fond, tous ces exemples illustrent la distance que les ministres et les nominés politiques creusent graduellement avec les citoyens. N’y a-t-il personne au sommet de l’État capable de prendre du recul, de la hauteur, de faire preuve d’intelligence pour comprendre que des débats et échanges sont constructifs, qu’il est possible d’avoir des désaccords, des opinions contraires, qu’on peut même changer d’avis dans certains cas, mais que le dialogue est sain et nourrit la démocratie ? Est-il normal que ceux dont l’avis ne fait pas plaisir au gouvernement subissent la répression, les sanctions, les licenciements abusifs ? En est-on là ?  Soit on est avec le gouvernement, soit on est contre. Et si l’on est avec, peut-on passer de la présidence de l’IBA à la direction de cette même institution, en trouvant cela tout à fait normal ?

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