Petits arrangements entre amis

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Son colistier et lui devaient rééditer la performance économique exceptionnelle des années ’80. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont promis à l’électorat. Mais 15 mois après la prise de pouvoir de l’alliance Lepep, Vishnu Lutchmeenaraidoo, ministre des Finances, demande au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, de le relever de ses fonctions. Raison évoquée : le surmenage.

Du coup, il faudra repasser pour le second miracle économique, ou du moins ce ne sera pas avec celui qui a été présenté à la population en novembre 2014 comme l’un des pères du «premier miracle».

Au-delà des apparences souvent trompeuses véhiculées par des mamours publics entre partenaires de la coalition dirigeante, il y avait des signes que le feu couvait sous la cendre. À ce titre, les déclarations respectives de Vishnu Lutchmeenaraidoo et de Roshi Bhadain sur la gestion du dossier du traité fiscal avec l’Inde cachaient mal la guerre des nerfs qui minait depuis des mois la citadelle de l’Alliance Lepep.

Partant de ce postulat, la démarche du chef du gouvernement dans la conjoncture actuelle relève surtout d’un exercice de colmatage politique. Il n’a fait qu’empêcher que le feu ne se propage à d’autres pièces de la maison gouvernementale. Car poussé dans ses derniers retranchements au moyen de plusieurs crocs-en-jambe, Vishnu Lutchmeenaraidoo aurait pu claquer la porte, allant même jusqu’à démissionner de l’Assemblée nationale. Ce faisant, il aurait ouvert une fenêtre au leader du Parti travailliste, Navin Ramgoolam.

C’est un risque que sir Anerood Jugnauth ne pouvait se permettre de prendre dans le présent contexte politique. Son fils Pravind étant toujours suspendu au verdict de la Cour suprême dans l’affaire Medpoint, il n’était pas en mesure de jouer avec la stabilité du gouvernement. D’où les petits arrangements entre amis.

En prenant la tête de la diplomatie mauricienne, Vishnu Lutchmeenaraidoo s’enlève une, voire plusieurs épines du pied. D’abord, il n’aura pas à faire face à la menace d’un cygne noir sur l’économie. Le procès de Pravind Jugnauth en est un. Cet événement imprévisible est venu tout bouleverser, dit-il. Ensuite, les affaires étrangères lui offrent une belle porte de sortie maintenant qu’il s’est rendu compte, à en croire ses propos dans sa dernière interview à l’express, que le pays est loin d’opérer dans un vacuum  : «L’environnement international est devenu hostile alors que le pays est hautement dépendant des marchés étrangers. Nous avons le choix : ou nous jouons à l’autruche ou nous nous préparons d’urgence à affronter cet environnement nouveau». Il incombe désormais à son successeur de faire le choix.

En attendant, il est clair que nous ne pouvons plus continuer à loisir de construire des châteaux en Espagne sans tenir compte de la réalité économique mondiale. Même la Réserve fédérale américaine, qui se réunit cette semaine, ne sait plus sur quel pied danser.

Pour revenir à Vishnu Lutchmeenaraidoo, il a abattu la carte de l’adhésion au MSM un peu trop tard. Le ver était déjà dans le fruit. Face à son collègue Roshi Bhadain qui se flatte d’être «a man of action», l’ancien Grand argentier n’avait pas beaucoup d’options. Qui plus est, sa posture était devenue intenable du fait qu’il ne savait pas si sa hiérarchie avait quelque chose à faire, de près ou de loin, avec ses «malheurs politiques». D’où sa décision de forcer le Premier ministre à trancher en optant pour une stratégie d’isolement.

N’empêche que personne n’est dupe. Vishnu Lutchmeenaraidoo est certes venu bousculer un certain ordre établi en poussant le Premier ministre à donner l’impression qu’il a recadré son ministre de la Bonne gouvernance, mais ce n’est que partie remise.

Par ailleurs, les événements de cette semaine ont aussi un côté positif du point de vue du MSM car ils permettent de préparer le terrain à un éventuel retour de Pravind Jugnauth au cabinet ministériel. Dans la présente configuration, ce sera plus facile au Premier ministre de lui remettre les clefs du Trésor public.

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