Vie privée : voit-on plus clair maintenant ?

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La visite privée de sir Anerood en Inde est devenue publique. Une photo de lui arborant des lunettes fumées fait, depuis, le buzz sur les réseaux sociaux. C’est par l’entremise des médias indiens que la nouvelle de son opération de la cataracte au Maxivision Super Speciality Eye Hospitals de Hyderabad a été révélée. Face à cette révélation, le service de presse de notre Premier ministre qui, jusqu’ici, parlait strictement de visite privée, s’est vu contraint de confirmer, par le biais d’un communiqué officiel, l’information de nos confrères indiens.

Que peut-on déduire de cet épisode ?

Que le Premier ministre avait choisi de garder le secret sur sa visite «privée» en Inde et l’état de santé de ses yeux. Et que ce choix (judicieux ?) a fait courir pas mal de rumeurs inutiles.

Qu’il est difficile, même quand on est Premier ministre d’un petit pays comme le nôtre, de rester incognito, surtout quand un centre hospitalier veut faire sa publicité sur ses dernières technologies au laser.

Qu’on peut plus ou moins bloquer l’information à Maurice mais que c’est relativement plus compliqué de le faire dans des démocraties comme l’Inde.

Qu’avec Internet les informations voyagent rapidement – le service de presse du PMO a été pris de court par le journaliste V. Geetanath de The Hindu (qui, avec d’autres confrères, avait été convoqué à un point de presse par le directeur de l’hôpital). Notre confrère Geetanath nous a confié que pour les journalistes de sa région, il est tout à fait normal d’évoquer l’état de santé des dirigeants politiques. «It should be made public because they are public figures who take decisions that impact on the public.» Selon lui, le carnet de santé des dirigeants politiques indiens est souvent étalé, sauf dans le cas notoire de Sonia Gandhi, qui cultiverait une véritable omerta sur les soins médicaux qu’elle suit aux États-Unis.

Le débat mérite que l’on s’y attarde : une personnalité publique (comme notre Premier ministre) doit-elle faire une croix sur sa vie privée ? Il n’y a pas une réponse claire et nette, et celle-ci dépend grandement des circonstances et de ceux concernés.

À en juger par la plupart des dispositions juridiques en vigueur dans des États démocratiques, dont celles du code civil français, le chef de l’État ou du gouvernement a certes une vie privée, mais celle-ci n’est cependant pas protégée avec la même intensité que celle des citoyens lambda.

Avec le temps, et les révolutions notées dans les technologies de l’information et de la communication, la donne change et la jurisprudence évolue. Et les tabous entourant la vie privée des politiques se brisent. Ceux qui étudient les sciences de la communication mesurent à quel point les stratégies de com des politiciens, couplées à la production électronique des discours médiatiques, bousculent de plus en plus l’équilibre entre l’espace politique du débat et l’espace personnel de la vie privée. Les réseaux sociaux et les smartphones ont apporté leur part de révolution.

Chez nous, l’annonce par le leader de l’opposition de son début de cancer de la gorge a pris plus d’un de court. C’est clair que Paul Bérenger, davantage que sir Anerood, a réalisé que de nos jours le dirigeant politique se doit de gérer une double figure : intime et publique.

***

Août 2014. L’express a longuement réfléchi sur la nécessité ou non de publier les photos de Navin Ramgoolam et de Nandanee Soornack dansant, en compagnie d’autres personnes, lors d’une sympathique fête privée. On était d’avis que comme n’importe qui, à Maurice ou ailleurs, ils avaient le droit de s’amuser comme bon leur semblait. Et ce n’était certainement pas à nous de leur faire la morale.

Mais restait pour nous la question du respect de la vie privée de l’ancien Premier ministre et de la puissante femme d’affaires. LA question : doit-on publier les photos qui étaient en notre possession ? Au final, nous avons choisi de publier ces images car, dans une démocratie qui se respecte, elles sont justifiées par notre liberté d’informer le public sur un débat d’intérêt général : quels sont les liens entre le pouvoir politique et le monde des affaires ?

Selon nous, la publication des photos était un cas où l’atteinte à la vie privée était justifiée par la liberté d’information car elle était «nécessaire à la compréhension d’un débat d’intérêt général».

À l’époque, Paul Bérenger, en projet de 2e République avec Ramgoolam, nous traitait de presse de caniveau ! Et les membres de l’alliance Lepep, dont les Collendavelloo, Gayan et Rutnah, applaudissaient des deux mains et saluaient notre «courage» journalistique. À l’époque, on était des héros, «pas un journal pro-MMM» foutour !» Des membres de Lepep ont même essayé de nous acheter les photos et les vidéos (que nous n’avons jamais publiées) afin de les utiliser lors de la campagne électorale. «On va faire un clip des images vidéo et cela va faire un ravage», nous avait lancé un candidat Lepep, aujourd’hui ministre.

Bien évidemment, nous avons refusé de leur donner les images que nous avons en notre possession. On avait fait notre point. Pour nous, cette décision faisait partie de la mission d’information de l’express. Et le message envoyé à Lepep : on ne fait pas de la politique de bas étage comme vous...

***

S’il fallait trouver un homme de principes au sein du gouvernement pour soutenir Hector Tuyau, ne comptons surtout pas sur Ivan Collendavelloo qui avait qualifié le policier de «zako !».

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