Mais où sont passés les «nous» ?

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On peut le trouver détestable dans sa personnalité, arrogant, voire missié konn-tou, ou on peut refuser de lui pardonner son dernier fricotage avec Navin Ramgoolam en 2014, qui a engendré un projet de IIe République de sinistre mémoire, mais, au bout du compte, il faut être heureux qu’il existe, ce personnage politique, foncièrement honnête, travailleur, extrêmement bien documenté, courtois, qui a un sacré sens de l’humour et un sens aigu de l’observation humaine, bref un homme qui, nous en sommes certains, aime son pays plus que tout, bien plus que beaucoup d’entre nous. Oui, Paul Bérenger est un sacré personnage qu’on a pu mieux découvrir, mercredi dernier, au coeur de notre rédaction.

Comme leader de l’opposition, Bérenger a été un tonus presque parfait pour notre démocratie parlementaire, questionnant avec courage, chahutant avec verve tout ce qui n’allait pas ou qui risquait de déraper. Il n’a peut-être pas toujours eu raison dans son rôle, mais on ne le remerciera jamais assez d’avoir gardé vivant notre projet de démocratie (notamment avec les modifications constitutionnelles de 1982 rendant obligatoires les élections !), de n’avoir jamais rechigné à fouiner, de poser des questions, de sonder des voies alternatives et d’avoir été la voix des sans voix. Il exemplifie le fait que la DÉMOCRATIE n’est rien d’autre qu’un PROCESSUS continu, un travail qui ne s’achève jamais, qu’on doit toujours alimenter et sauvegarder.

Nouveauté chez le personnage ? Il prône aussi le mot «humilité». Ce qui peut sembler étrange venant de quelqu’un qui a toujours été très sûr de lui-même (y compris dans l’affaire Le Mauricien- Sheik Hossen). Il ne sera sans doute pas moins sûr de lui pour cela et dans la plupart des cas, il aura raison de l’être parce qu’il aura fait son «homework», lui, contrairement à d’autres, beaucoup d’autres, qu’on entend hurler pour ne rien dire. Ce qu’il a voulu dire sur le plateau de l’express, mercredi, c’est que personne n’est infaillible, y compris lui. C’est plutôt rafraîchissant et tout à son honneur. En plus, c’est vrai !

***

On arrête intempestivement, à Maurice, sur la moindre dénonciation ou suspicion, depuis très longtemps déjà et cela ne «peut plus se continuer», devrait-on dire en la circonstance. D’ailleurs, tout le monde est d’accord à ce sujet ! Depuis longtemps déjà ! Je ne connais personne de responsable qui a tenté d’arguer le maintien de la «provisional charge», d’autant que la police, au cours de ces dernières années, n’a que très peu démontré sa jugeote et son discernement dans l’utilisation de cet outil potentiellement violent et non respectueux des droits des citoyens.

À chaque fois qu’il y a débat sur les pratiques (provisional charge) ou les lois d’exception (Good Governance and Integrity Bill ou Prevention of Terrorism Act) qui régissent notre société, la question qui est centrale est relativement simple. On se demande en effet si pour éviter UN PLUS GRAND MAL, on est disposé à RISQUER une partie de nos libertés citoyennes. La clé à cette question repose avec le verbe «RISQUER». En effet, s’il n’y avait pas de risque ou un simple risque théorique, on serait tous prêts à voter des lois qui empêchent des bandits ou des terroristes de sévir aux dépens de la société. Notre problème est clairement aujourd’hui d’un autre ordre, le «risque» de dérapages et d’abus, ayant été largement illustré avec l’arrestation de Pravind Jugnauth dans l’affaire de pédophilie alléguée au MITD, celle de Shakeel Mohamed dans l’affaire Gorah Issac (sur des preuves pourtant qualifiées d’être «en béton» !), celle de notre collègue Ish Sookun («terroriste» d’une semaine ), celle de Ruhomally (pour s’être posé des questions sur Facebook par rapport à une facture jugée fausse par un ministre. Pour cela, lui et son épouse ont été humiliés à quatre pattes , nus – vous imaginez ? ), celle de journalistes de Le Mag (sous l’Official Secrets Act ), la tentative d’arrestation du DPP himself, il y a tant d’autres exemples – suffisamment pour remplir des pages et des pages sur les réseaux sociaux…

Combien d’honnêtes citoyens ont été, comme cela, pris dans la nasse de lois d’exception, non pas parce qu’il y avait danger pour le pays, mais parce que cela convenait à une «autorité» quelconque, et manifestement peu concernée par les droits démocratiques, une autorité bien installée, bien décidée à défendre ses intérêts du jour ? Des fois n’y a-t-il pas excès de zèle ?

À cet effet, nous avons, tenté de savoir, à l’officiel, des Casernes centrales et auprès du bureau du DPP, combien de fois, au cours de ces dernières années, une loi d’exception a été utilisée pour arrêter ou restreindre la liberté d’un citoyen «provisoirement», combien de fois ces personnes arrêtées ont été subséquemment traduites en cour avec un dossier à charge explicite approuvé par le DPP et combien de fois ces personnes ont effectivement été condamnées par la suite ?

Combien ? Personne n’a pu nous fournir ces chiffres ! Personne à Maurice.

On aurait alors eu une idée du gouffre qui séparerait les motivations primaires de l’autorité agissante, des normes exigées par notre État de droit.

Nous ne désespérons pas. Nous n’avons pas encore reçu de réponse. Elle est peut-être embarrassante ? On devra donc plutôt attendre, puisque cela nous a été promis pour bientôt, cette fameuse Freedom Of Information Act !

La question-clé, comme on le voit dans tous ces cas, est celle de la CRÉDIBILITÉ des autorités pouvant faire usage de ces lois. Si les autorités de circonstance utilisaient ces lois d’exception correctement, nous serions tous en train d’alimenter l’applaudimètre ! Malheureusement, c’est loin d’être toujours le cas ! L’opinion publique le sait et ne l’approuve pas. Il est temps que les politiciens qui nous ont demandé un mandat pour gouverner, selon leur bible brandie devant nous :

(Commandement numéro 1*) : «pas pour nous, ni pour un petit groupe d’amis, d’agents politiques, de copains ou de copines»

(Commandement numéro 2*) : «…autrement, la discipline, la transparence, la recevabilité et la gouvernance exemplaire constitueront la règle…»

…ajoutant que

(Commandement numéro 5*) : «Nous ferons de notre pays un endroit plus sûr et plus sécurisé pour notre population…»

(Commandement numéro 7*) : «Nous libérerons notre société de l’emprise d’une corruption généralisée, du favoritisme, du népotisme, des mafias et des ingérences politiques»

(Commandement numéro 9*) : «Nous élargirons les paramètres de notre démocratie…»

(Commandement numéro 12*) : «Nous garantirons la liberté d’opinion et la liberté de mouvement. Tout citoyen sera libre de démontrer publiquement son appartenance politique sans crainte de sanction, de discrimination ou de harcèlement de la part du gouvernement»

…se mettent rapidement et sincèrement à l’oeuvre ! Mais rendons-nous à l’évidence : en sont-ils capables ?

A quoi s’occupent donc, nos «NOUS» à nous… ?



MANIFESTE ÉLECTORAL DE L’ALLIANCE LEPEP

GOUVERNER POUR LE PEUPLE AVEC LE PEUPLE

Notre contrat de confiance avec la population en 12 commandements

  1. Nous gouvernerons pour le peuple, avec le peuple et dans l’intérêt de toute la Nation, pas pour nous, ni pour un petit groupe d’amis, d’agents politiques, de copains ou de copines.
  2. Nous ferons la politique autrement : la discipline, la transparence, la redevabilité et la gouvernance exemplaire constitueront la règle pour le Premier ministre, les ministres, les députés, les conseillers mais aussi à tous les niveaux dans chaque ministère, organisme paraétatique et département de la fonction publique. Nous allons mettre en place un comité spécial pour mettre fin aux nominations inadaptées aux postes importants. Nous éliminerons les gaspillages.
  3. Nous combattrons la pauvreté, améliorerons le pouvoir d’achat et la qualité de vie de nos concitoyens, mettrons en place une politique équitable et améliorée en matière de logement, de conditions de vie et de justice sociale pour les couches les plus défavorisées et vulnérables de notre société. Nous accorderons une attention particulière à l’épanouissement des enfants et de la jeunesse, à l’égalité des sexes, à l’autonomisation des femmes, aux handicapés physiques et aux retraités ainsi qu’aux travailleurs en général.
  4. Nous allons créer des emplois tant dans le secteur public que privé en préparant, aux frais de l’Etat, les jeunes diplômés, selon les compétences requises par le marché du travail. Nous comptons adopter une politique d’embauche fondée sur l’ouverture, la transparence et le mérite. Nous garantirons des chances égales à tous.
  5. Nous ferons de notre pays un endroit plus sûr et plus sécurisé pour notre population, de même que pour les touristes. Nous adopterons une politique de zéro tolérance envers la criminalité, les viols, les enlèvements et le trafic de drogue. Une commission d’enquête sur la drogue sera instituée aussitôt que nous formons le prochain gouvernement.
  6. Nous comptons valoriser, faire respecter et protéger notre environnement, nos ressources naturelles, nos plages et notre patrimoine. Nous mettrons un terme à la braderie des Pas Géométriques et des terres de l’État et traduirons en justice ceux qui ont abusé du système. Nous adopterons une politique de développement qui soit responsable et écologiquement durable.
  7. Nous libérerons notre société de l’emprise d’une corruption généralisée, du favoritisme, du népotisme, des mafias et des ingérences politiques.
  8. Nous ferons preuve d’innovation ; nous revitaliserons et démocratiserons notre économie. Nous réduirons la dette publique, encouragerons l’épargne et les investissements; réduirons le fossé entre riches et pauvres. Nous lancerons de nouveaux pôles de développement pour favoriser la création de richesses et d’emplois durables. Nous prenons le pari de réaliser un 2ème Miracle Economique.
  9. Nous élargirons les paramètres de notre démocratie en proposant des réformes permettant l’émergence d’une société plus participative. Un code de conduite pour les responsables politiques et les ministres sera élaboré. Il y aura des référendums obligatoires pour des questions cruciales concernant l’État.
  10. Nous légiférerons pour combattre le ’transfugisme’ à l’Assemblée nationale et clairement établir le nombre de séances parlementaires obligatoires chaque année.
  11. Nous réorganiserons la MBC afin qu’elle joue son rôle de radio-télévision publique. Nous introduirons la télévision privée. Les chaînes de télévision privées pourront librement organiser des débats publics sur des questions concernant l’économie, la politique et l’actualité.
  12. Nous garantirons la liberté d’opinion et la liberté de mouvement. Tout citoyen sera libre de démontrer publiquement son appartenance politique sans crainte de sanction, de discrimination ou de harcèlement de la part du gouvernement.
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