S’opposer à tout

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Gérer le changement, c’est aussi gérer les résistances au changement. Ainsi, les ministres qui lancent des projets audacieux doivent surmonter de nombreux obstacles avant d’atteindre leur but. Ceux-ci vont du simple scepticisme de l’opinion au sabotage.

La première source de blocage est politique. Le refus du changement peut également venir des syndicats ou de groupes spécifiques qui ont peur de perdre des avantages. Dépasser ces résistances nécessite beaucoup d’énergie de la part des dirigeants du pays.

Parmi les chantiers du futur qui génèrent le plus de critiques, le plus important est le transfert de la capitale administrative et politique du pays vers Highlands, plus précisément au lieu baptisé Heritage City. Le principe de ce transfert était acquis en 1995 déjà, sous le premier gouvernement Ramgoolam, mais le dossier a dormi dans les tiroirs pendant longtemps. L’ancien ministre des Finances, Rama Sithanen, a tenté en vain de le réactiver en 2005.

Maintenant que le projet est relancé, les réactions les plus hostiles viennent du MMM. Ancré dans une opposition systématique, ce parti a qualifié l’initiative du gouvernement de «bluff du siècle».

Quand le MMM insiste pour une transparence totale sur le financement de la nouvelle cité, il est dans son rôle d’opposant. Mais quand il alimente les peurs des «chauffeurs de taxi, marchands de gâteaux et colporteurs» pour les mobiliser contre le déplacement des bureaux administratifs vers Heritage City, il joue dans le registre populiste.

Le député Aadil Ameer Meea soutient que la création de la nouvelle ville n’est pas dans l’intérêt des promoteurs immobiliers qui ont investi à Port-Louis. Cet argument est foireux. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire, notamment, ont montré qu’une capitale historique qui change de vocation n’a pas forcément une vie économique moins intense. Si le programme du gouvernement se concrétise, Port-Louis sera d’abord un port. Cela devra générer un surcroît d’activité qui bénéficiera aux citadins.

Toutefois, la transformation de la capitale en ville portuaire ne sera possible que si les ministères déplacent leur siège hors de Port-Louis. Sans une délocalisation des activités administratives, la capitale sera vite asphyxiée par une circulation routière trop dense.

Les uns sont motivés par des enjeux de pouvoir et s’opposent à tout. L’émotion pousse les autres à rejeter la rupture avec leur ville historique. Cette coalition d’intérêts refuse le changement. Seul un État fort est capable de faire prévaloir l’intérêt général.

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