Les auditeurs KPMG et BDO mis à l’index

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Le rapport publié de nTan le suggère de manière claire. En amont des régulateurs, des directeurs, des officiers responsables, des évaluateurs et des actuaires, KPMG et BDO, auditeurs de BA Insurance et Bramer Property Fund respectivement, auraient pu avoir mieux fait leur travail, avoir été plus circonspects et critiques, qualifié leurs audits et ainsi aidé à éviter à ce que la «méthode» BAI ne s’étende et n’infecte autant de monde !

BDO est mentionné pour la première fois à la page 13 (note 19), où son rôle comme auditeur de la Banque des Mascareignes (ce nom est «blacked out» dans la version publiée de nTan, mais on peut conclure qu’il s’agit de cette banque puisque nTan écrit aussi «they would reasonably have been expected to report (these transactions) to BoM»). Or, la BoM est la régulatrice des banques et c’est la seule banque mentionnée dans cette affaire… nTan souligne qu’il est pour le moins attendu que BDO «should reasonably have detected these questionable transactions during its audit», d’autant qu’il s’agissait de sommes très substantielles, soit Rs 3,6 milliards… On se souviendra que cette somme fut «avancée» à BA Investment le 31 décembre 2009, pour éventuellement «booster» le capital de BA Insurance et à travers Acre, BSGL et ILSAT, rembourser la même banque, le même jour… Parlez d’efficience bancaire !

BDO est à nouveau dans le viseur sur Bramer Property Fund, dont il est l’auditeur (chapitre 4) (page 31). nTan souligne à cet effet que «in order to maintain the public’s confidence in the BPF preference shares, BPF had to project an image of sustainability, profitability and financial strength. BPF relied on a number of questionable transactions and accounting practices to obscure its true financial position» et d’ajouter (paragraphe 108) que «the contrast between BPF’s image as portrayed to the public and its real financial status was surreal». Et d’élaborer sur les «fair value gains» (Rs 538 M) et les «unrealised interest and dividend income» (Rs 508 M) douteux, la classification trompeuse («misleading») des «preference shares», le «critical flaw» existant dans la méthode d’évaluation des actions de BMCL (BAI Medical Centres) (ces actions valant alors apparemment zéro plutôt que Rs 465 M), l’absence de provisionnement sur l’investissement dans KLAD, le BPF «roadmap» qui ne respectait pas les restrictions imposées par la FSC (paragraphe 127), etc…

nTan, ayant qualifié la BPF comme faisant partie de l’hydre de Lerne* qu’était devenue la BAI, explicite les faits et son raisonnement sur BPF dans 55 paragraphes et sur 19 pages de son rapport et note, interloqué, que «despite questionable transactions and accounting practices carried out by BPF (…) BDO issued unqualified (or «clean») audit opinions» en ajoutant, dans une formulation «understated» toute britannique : «It is unclear (1) whether BDO considered if BPF’s accounting treatment of BPF preference shares complied with international accounting standards which have been adopted in Mauritius (2) how BDO satisfied themselves with the appropriateness of the valuation methodology adopted by BPF in computing the fair value of its BMCL ordinary shares… for the audited financial statements for FY 2010 (3) how BDO satisfied themselves of the fair value gains (and non impairment thereof) of BPF’s related party investments… (4) how BDO determined that BPF was a going concern (5) whether BDO had properly discharged their primary duty of exercising due care and professional scepticism when performing their audits of BPF…»

«nTan, ayant qualifié la BPF comme faisant partie de l’hydre de Lerne* qu’était devenue la BAI, explicite les faits et son raisonnement sur BPF dans 55 paragraphes et sur 19 pages de son rapp ort (…)»

Il est finalement souligné que le 26 mars 2015, BDO approuvait et soumettait, sans commentaires (unqualified) les comptes de BPF pour l’année financière de 2014. Le seul doute exprimé par BDO sur les comptes de BPF se matérialisera, en fait, le 7 avril 2015, quand BDO fera une tentative de «recall» les comptes audités qu’il venait de soumettre deux semaines plus tôt. Un seul fait avait changé entre-temps : BPF (et le groupe BAI) avait basculé en administration judiciaire…

KPMG ne s’en tire pas mieux, mais cela était plus attendu, plus prévisible, parce que son rôle était plus central. KPMG a souvent sonné l’alerte à la BAI et à son comité d’audit, mais elle n’a jamais qualifié les comptes. nTan note à cet effet (paragraphes 216 et 217, page 70 et 71) qu’après la manoeuvre de 2010 où Seaton empruntait Rs 450 millions de BPF pour privatiser BA Investment et l’enlever ainsi des standards plutôt gênants de transparence requis par la SEM, la consolidation du groupe au niveau de KLAD fut envisagée pour éviter d’avoir à publier des comptes consolidés à Maurice montrant la solide détérioration des finances de la BAI (par 216 et 217). Cependant ces comptes consolidés au niveau de KLAD pour les années financières 2010, 2011 et 2012 ne seront signés par KPMG que le 17 septembre 2014 ! Les trois séries de comptes ne seront pas «qualifiés» par KPMG, malgré la note 38 pour les comptes de 2012 qui indique que des pertes de groupe de Rs 3,4 milliards sont enregistrées pour 12 mois et qu’en conséquence les actifs nets, négatifs, atteignent le chiffre pharamineux de Rs 9,2 milliards. KPMG avait ajouté : «Note 38 along with other matters indicate the existence of a material uncertainty which may cast significant doubt on the subsidiaries ability to continue as a going concerns (sic). Our opinion in (sic) not qualified in respect of this matter.» Ayant sonné le tocsin, KPMG ne franchit cependant pas le Rubicon et émet, une fois encore, des comptes non qualifiés… Était-ce son devoir d’en parler aux autorités ? L’a-t-elle fait ?

Et nTan de demander rhétoriquement (par. 218) : «In spite of the above information, KPMG and BDO both continued to sign off unqualified audit opinions for various BAI group companies, including BAInsurance, Bramer Property Fund and Bramer Bank» et de poser la question vitale de responsabilité professionelle (par. 221) : «Did KPMG and BDO (...) fully discharge their fiduciary and/or statutory duties? Perhaps, if they had qualified audit opinions, this would have curtailed the ability of BA Insurance and BPF to raise fresh funds from the public?»

La question mérite d’être posée et KPMG et BDO auraient intérêt à y répondre. En détail. Devant leurs pairs (le conseil de l’ordre ?), plutôt que devant le citoyen moyen ; le moindre IFRS ayant tendance à tétaniser ceux qui ne sont pas du métier. À charge de publier les conclusions finales…

Il y va de la réputation et de la crédibilité du métier des auditeurs.

Pour être «fair-play», cependant, notons que comme à son habitude, nTan n’a pas confronté ceux qu’il vise afin que ceux-ci puissent offrir des explications, qu’il est bougrement plus simple d’être «wise after the event» et que si nous désirons tous, souvent de bonne foi, être parfaits, ce n’est jamais tout à fait possible.

nTan rappelle cependant avec raison, mais non sans ironie, que le slogan que l’on trouve sur le site du groupe BAI commence par les mots : «Profits with integrity…» Mais il n’y avait, en fait, selon nTan, ni l’un, ni beaucoup de l’autre ! Il est temps pour les auditeurs d’expliquer pourquoi on affichait des profits jusqu’au bout et comment ils étaient, en fait… intègres !

*L’hydre de Lerne est un monstre à multiples têtes de la mythologie grecque, celles-ci repoussant quand coupées individuellement. Dans une version, Hercules tua le monstre en coupant toutes les têtes d’un coup.

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