Notre démocratie ébranlée de l’intérieur

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Ah non, ce ne sont guère des délires d’opinions. Ces voix citoyennes qui s’élèvent, ces temps-ci, ne proviennent pas de pseudo-théoriciens d’un complot contre Lepep. Bien au contraire, elles traduisent une certaine urgence pour notre société de débattre des violences qu’on lui inflige. L’express, fidèle à sa tradition, continuera sa mission qui est de contribuer à la diffusion des idées progressistes et à encourager, à l’échelle de nos moyens, les analyses les plus lucides et les plus aiguisées possibles sur l’état de notre système démocratique. Florilège des critiques publiées cette semaine.

  1. D’abord, sur le sujet qui domine la Une des journaux depuis au moins avril 2015 : la saga BAI. Alors que les Rawat et leurs avocats continuent à crier à la «vendetta politique» (un bouclier de moins en moins solide), les analystes de la firme singapourienne nTan démontrent que : «Of some Rs 51 billion raised from the public, some Rs 34 billion was utilised to repay the returns (at promised high rates) and maturing principal amounts due to their investors. At least some Rs 17,3 billion was channelled to the BAI Group via the Related Party Investments, which were, in fact, largely unprofitable and generated little or no cash returns. (...) The public was misled for several years and continued to pour funds into the BAI Group». Pourquoi donc les organismes de régulation et de contrôle, financés par les sous des contribuables, ainsi que les firmes d’audit censées détecter les magouilles n’ont pas pu/su protéger l’intérêt du public ? Qui sont les divers responsables de ces abus tout au long de la chaîne qui a abouti au Ponzi ? Et qui paiera, au final, pour ces milliards dilapidés… si ce n’est nous tous, d’une manière ou d’une autre ? Quelles leçons tirons-nous de cette faillite collective ?
  2. Dans une interview consacrée à l’express, le gouverneur de la Banque centrale (qui, lui, est en possession des ‘documentary evidences’ glanées par nTan) blâme ni plus ni moins l’effondrement de nos valeurs morales. «After having finished reading the nTan report, I felt like having sailed along streams of toxic wastes in a glass-bottomed boat. It’s ugly times ugly. And ugly got going for several years…» Pour Ramesh Basant Roi, sortir de la crise BAI comprenait des risques pour le pays tout entier : “Defunct BAI Group is reported to have been an employer of about 2,700 persons. No Government of this country, having employment creation high on its political agenda in such challenging times as we find ourselves today, would dare take the risk of treating the CEO of such a Group as politically damaged gods. Make no mistake. A very high risk of a raging financial inferno was clear and present. The truly moral thing to do was to protect the innocent and the society as a whole by preventing a Greek tragedy…” D’ailleurs, c’est dans une optique d’éviter que d’autres scandales financiers nous ébranlent que de larges extraits du rapport final de nTan ont été rendus publics hier.
  3. Le rapport de nTan ne manque pas de souligner les manquements de la Financial Services Commission (celle qui répondait au tandem Ramgoolam/Rawat) et de la Banque centrale (de Rundheersing Bheenick), ainsi que ceux des deux firmes d’audit (KPMG et BDO). Mais le nouveau régime semble vouloir reproduire les mêmes supervision et gestion hasardeuses. Dans le cas de la station de radiotélévision nationale, ce sont des fonctionnaires et des élus du peuple – et non des actionnaires privés – qui contribuent à la dégradation de la MBC – faute d’un leadership éclairé. La MBC est une entreprise en faillite et elle le restera tant qu’on ne place pas des gestionnaires compétents à sa tête. Il faut comprendre que la MBC est victime de sa mauvaise image : si on ne peut pas augmenter la redevance, c’est parce que l’offre télévisuelle est médiocre. Si les annonceurs ne se pointent pas, c’est parce que la programmation n’est pas attrayante. Le rapport de Jugurnath dit ceci : “...The MBC cannot continue its journey on the current operating practices as this will no doubt lead it to a financial disaster and will end up as a huge burden on the Government who will have no other option than to inject taxpayers’ money for the survival of the MBC (...) The Corporation has two options. Either to increase revenue generating capacity or embark on a cost cutting programme. It is felt that on account of its very poor image among the public at large, it will be very difficult for the MBC to market and substantiate an increase in the TV license fee. So the only option is the cost-cutting programme.” Sauf que les politiciens et les fonctionnaires qui tirent avantage de la MBC n’ont pas le courage, encore moins la compétence, pour dégraisser les quelque 30 % de staff qui sont superflus…
  4. Courage et leadership politiques. Voici les denrées rares de notre démocratie. Dans une autre interview cinglante, celle de l’économiste Percy Mistry, d’Oxford International, à Lindsay Prosper dans l’express-économie, les vices de notre présent gouvernement sont décriés : “When I look at the last Budget speech, what I saw was intellectual vacuum accompanied by a series of programme slogans that were completely incoherent, uncoordinated and unrelated objectives and made no sense. It did not amount to any economic strategy. It did not take into account that the world is dramatically changing with technology and that Mauritius is living in a globally uncertain environment (...) But the worst thing I saw was that the cabinet and the Government seemed to me probably the most incompetent in living memory (...) I see ministers not having the least idea of what their brief is, who simply do not have the expertise, the knowledge to do the job…” Ni Percy Mistry, ni les auteurs du rapport nTan, encore moins Rajun Jugurnath, directeur du Public Sector Efficiency Bureau (une émanation de la Bonne gouvernance), n’en veulent au gouvernement Lepep. Leurs voix doivent être entendues et, surtout, écoutées, si on veut, vraiment, progresser comme pays. L’indice de perception n’en sera que meilleur – surtout vu de l’intérieur du pays.
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