En attendant la décision de la Cour suprême…

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L’immobilisme et l’attentisme peuvent être les pires ennemis d’un pays. Et, de plus en plus, on a l’impression que 2016 n’a pas encore de cap bien défini. Au niveau de la stratégie du gouvernement, tout le monde attendait le procès en appel du leader du MSM et maintenant, on attend le jugement de la Cour suprême avec une nervosité contagieuse.

Certes, en attendant, on continue la série d’annonces de projets «smart» et «verts» à grands coups de milliards (Port, Port-Louis, Heritage City, etc). On nous présente toutes sortes de maquettes et de visions d’artistes mais, à ce stade, l’on ne sait pas vraiment qui dans le privé (local et étranger) financera quoi exactement. À se demander si Vishnu Lutchmeenaraidoo, Xavier Duval et Roshi Bhadain parlent le même langage aux investisseurs, qu’ils soient d’ici, de Dubayy, d’Arabie saoudite, de l’Inde ou de la Chine.

Pendant ce temps, dans la rue, on donne allègrement son avis de pur profane sur le match entre Clare Montgomery et Rashid Ahmine. Et l’on évoque même un retour de Pravind Jugnauth au Cabinet – surtout s’il perd son appel ! Car, en attendant que l’affaire soit entendue devant le Privy Council, il pourrait démissionner du n° 8 afin de rechercher un nouveau plébiscite électoral – ce qui, selon certaines têtes pensantes au MSM, aurait plus de «poids» qu’une décision «technique» de la justice. Pourtant, une année après sa prise de pouvoir – somme toute inattendue pour les vainqueurs eux-mêmes – l’alliance Lepep aurait dû être en train de se concentrer sur d’autres priorités au lieu d’élaborer des stratégies de survie politicienne.

On le sait tous : l’échec ou le succès du mandat de ce gouvernement reposera sur l’investissement privé. Et on n’a pas besoin d’un expert britannique pour savoir que seule une solide et ingénieuse stratégie de relance de l’investissement privé, sur le plan local aussi bien qu’international, pourrait doper la croissance et faire repartir l’emploi. Cependant, si on reste englué dans des scandales politiques, que ce soit au sein du gouvernement ou de l’opposition, l’on ne pourra pas refaire notre image – ternie dans le sillage des affaires Bramer Bank, Mauritius Duty Free, Courts, etc. – et, partant, inciter les investisseurs à (re)venir chez nous, ou rassurer ceux qui sont déjà installés mais qui sont frileux à l’idée de prendre des risques.

C’est dommage que nos politiques ne s’intéressent pas plus au patrimoine vivant et commun, c’est-à-dire la population telle qu’elle est aujourd’hui, ce qu’elle devient dans son dynamisme, ses langues en usage, ses comportements et ses vraies valeurs partagées.

À ce stade, je ne vois pas comment le pays pourrait inverser la tendance si on ne corrige pas nos faiblesses traditionnelles. D’abord, il nous faut oeuvrer ensemble et ne pas s’entre-déchirer pour des dividendes strictement politiques. Cela ne sert à rien de braquer les industriels locaux. Au contraire, il faut les écouter par rapport au financement politique. Cela ne sert à rien d’entretenir un dialogue de sourds : la situation économique actuelle n’est pas aussi rose que nous le décrit Vishnu Lutchmeenaraidoo. Mais le tableau n’est pas non plus aussi catastrophique que le dépeint Paul Bérenger.

Pour être plus utile au pays, la classe politique, au lieu de se diviser en permanence sur la question de réforme électorale ou sur le fonctionnement de l’ICAC par exemple, aurait pu s’asseoir autour d’une table pour mener des discussions stratégiques sur notre avenir économique. Il est temps qu’on réalise que les ‘roadshows’ pour promouvoir l’investissement qu’on menait hier (pour vendre notre main-d’oeuvre abondante et peu chère) ne tiennent plus la route de nos jours. Il est temps qu’opposition et gouvernement revoient la gamme des incitations qu’on offre aux investisseurs, mesurent les avantages et désavantages comparés que notre pays offre et s’assurent qu’une bureaucratie assommante ne décourage les bailleurs de fonds…

Au final, il n’y a qu’une certitude dans le monde d’aujourd’hui : l’investissement viendra uniquement s’il est capable de fructifier. Et la compétition pour l’attirer est mondiale.

***

Dans un esprit de confrontation, l’émotion dépasse souvent la raison et peut engendrer des malentendus qui perdurent. D’où un besoin de nous réconcilier continuellement avec nos valeurs républicaines.

La cause d’une jeune République est noble. Ceux qui s’engagent sont peut-être des courageux ou/et des manoeuvriers, mais triste est de constater qu’ils se dégonflent face à la dure réalité du tissu social de Maurice «pou pa lais pouvwar sap dan zot lamé». Les raisons pour lesquelles on néglige de s’opposer à l’injustice sont diverses. On ne veut pas se faire des ennemis, ou encore est-ce l’apathie, la préoccupation exclusive qu’on a de ses études ou de ses affaires, qui font qu’on laisse à l’abandon ceux qu’on devrait défendre. «Laisser aller le monde comme il va, faire son devoir tellement quellement, et dire toujours du bien de monsieur le prieur, est une ancienne maxime de moine ; mais elle peut laisser le couvent dans la médiocrité, dans le relâchement. Quand l’émulation n’excite point les hommes, ce sont des ânes qui vont leur chemin lentement, qui s’arrêtent au premier obstacle», nous lègue comme message Voltaire. Il dit aussi ceci : «L’écrit du citoyen obscur fut une semence qui germa peu à peu dans la tête des grands hommes.»

Bien sûr, qu’il existe des discriminations çà et là, qu’il y a des monopoles économiques avec leurs corollaires, que la justice sociale n’est pas encore atteinte, mais soulignons, sans charge émotionnelle, que ces discriminations sont davantage au niveau de la bourse qu’à celui du teint ou de la religion. Les «caste systems» ont depuis longtemps cédé leurs places discriminatoires aux «cash systems» à Maurice comme ailleurs. C’est une forme de racisme économique qu’a engendrée notre société capitaliste. Mais on ne peut ressasser, à satiété, un passé décomposé. Le dodo est mort, le mariage mixte est d’actualité, les vieux testaments, d’un autre âge, sont dépassés dans le discours moderne. Sachons mieux formuler nos reproches contre nos injustices.

Outre la chose politique, il y a tant à dire et à écrire sur nous, notre devenir, notre commencé. Par exemple, cette fallacieuse idéologie tacticienne qui fait du «misérabilisme» son propos pernicieux. Le Mauritius Research Council devrait plutôt établir une fois pour toutes la merveilleuse performance mauricienne en mobilité sociale et professionnelle. Il n’y a qu’à compter, faire usage de simple arithmétique, pour établir de façon indiscutable la (forte) proportion de Mauriciens, de l’épicier au paysan qui, en une seule génération, a gravi toute l’échelle de la réussite. Certes, il y a encore beaucoup de progrès à accomplir, mais cette sélection malsaine du «mal» dans le passé et le rejet tactique du «bien» est méprisable. Et nous aspire vers le bas.

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