Traser

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L’express a publié hier, vendredi 4 décembre au lendemain du vote du Good Governance and Integrity Reporting Bill, le casier hypothécaire des 70 élus de l’Assemblée nationale. Cet exercice porte deux symboles. D’abord, celui de «l’accountability». C’est le fondement même de cette loi sur l’enrichissement illicite : un citoyen doit pouvoir expliquer la provenance de ses biens.

Mais cette explication ne peut qu’être une deuxième étape. Comment peut-on inviter un homme, aussi honnête soit-il, à expliquer ses biens, si on ne les connaît pas ? Commençons par les députés eux-mêmes : les listes de leurs avoirs, jurées dans des affidavits au lendemain de chaque élection générale sont, hélas, enfermées à double tour dans un vieux meuble à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC). Au cours de leur mandat quinquennal, ils sont sensés – et déjà, c’est un placebo – aviser l’ICAC des changements majeurs dans leurs avoirs, mais très peu de députés le font.

En publiant ce dossier, l’express incite à la curiosité du peuple. Non, cela ne relève pas du voyeurisme car un citoyen a le droit, et même le devoir, de savoir.

Le droit de savoir, c’est le second symbole de ce dossier. Toujours promis, toujours «oublié», sans doute expressément, le Freedom of Information Act (FOIA) reste un mirage. Ce dossier a été compilé à partir d’informations publiques, et celles que des députés, devant notre mendicité, ont bien voulu nous donner ou nous refuser.

Dans une autre société, plus moderne, plus transparente, plus ouverte, plus démocratique que la nôtre, un journaliste – ou n’importe quel citoyen – aurait simplement été frappé à la porte de l’ICAC. Celle-ci serait obligée de fournir ces informations, au cas contraire, il reviendrait à l’ICAC elle-même d’aller contester cette demande d’informations en cour. Mais nous ne sommes pas dans cette société. Ici, c’est le pays des traser (il n’y a aucune traduction française à cette métaphore de notre langue).

Nous avons dû trasé au Registrar. Ce bureau, dont le système informatique fonctionne merveilleusement bien – vous voyez qu’il n’y a pas que de mauvaises nouvelles dans les journaux – ne nous montre cependant pas tout. Nous ne savons pas, par exemple, à moins qu’il ait pris un emprunt pour cela, si un député a érigé un immeuble sur son terrain. Nous ne savons pas non plus si un membre de l’Assemblée nationale dispose de millions de dollars dans un compte bancaire en Suisse. Les ordinateurs du Registrar ne nous disent pas non plus le nombre de voitures que possède un député ou encore ce qui a été caché sous des prête-noms.

Par contre, ce que nous montre ce bout d’iceberg aujourd’hui, c’est que parmi les 70 députés, il y a de très bons traser… Ce qu’il nous manque, à nous journalistes, à nous citoyens, ce sont des outils, comme une FOIA, pou rétras zot !

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