Signes d’intolérance

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Le message est une chose mais la manière de le transmettre en est une autre. C’est la raison pour laquelle on peut s’interroger sur le ton de la réplique apportée par le Premier ministre au leader de l’opposition mardi dernier au Parlement à la fin de la tranche réservée à la PNQ.

L’interpellation de Paul Bérenger était centrée autour du projet de loi sur les richesses inexpliquées. Avant de conclure, il fait une proposition qui est tout à fait légitime. Il suggère que les amendements à la loi soient circulés avant leur examen en comité pour que les parlementaires aient le temps de les analyser en profondeur. Mais c’est sur un ton péremptoire qu’Anerood Jugnauth lui fait savoir qu’il s’oppose à sa requête. «We will follow the normal procedure which is always followed in such cases», commenta sèchement Anerood Jugnauth.

Le Premier ministre se voulait ferme peut-être. Mais il a surtout donné l’impression qu’il avait choisi le registre de l’arrogance et la provocation pour signifier son refus à Bérenger. Il est vrai que le leader du MMM avait lui-même adopté depuis le début une position ambiguë sur cette loi qui vise à combattre la fraude et la corruption, mais rien ne peut justifier le mépris affiché par Anerood Jugnauth quand il a rejeté la demande de Bérenger.

Si la force et le courage démontrés par le Premier ministre depuis qu’il est retourné aux affaires basculent dans l’arrogance et l’intolérance, il y aura des raisons de s’inquiéter. Les dérives autocratiques démarrent toujours de cette façon.

Du reste, en invoquant des raisons procédurières pour refuser de faire circuler les amendements, le Premier ministre se comporte exactement comme les malheureux dirigeants de la Mauritius Bar Association. Ceuxci avaient refusé, vendredi dernier, d’autoriser le ministre Bhadain à expliquer son projet de loi au motif que ce serait contraire aux procédures prescrites. Un grand chef qui sait se montrer à la hauteur d’un événement exceptionnel ne s’interdit pas une certaine souplesse.

On peut parler de signes inquiétants parce que samedi, lors d’une sortie publique à Phoenix, Anerood Jugnauth avait manifesté la même colère superflue. Invité à réagir à une sollicitation du leader de l’opposition pour un report des débats sur le projet de loi, il lança : «Na péna plis lé temps. Swa zot komprend swa zot pa komprend. Nou pé al de l’avant.»

Ses partisans vont le défendre en soutenant que «SAJ is SAJ» et que ce n’est qu’une question de tempérament. Mais il ne faut pas attendre qu’un SAJ conquérant, commandant éventuellement les trois quarts du Parlement, arrive à commettre des actes extrêmes pour sonner l’alerte.

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