Log Choissane ou la naissance de Chinatown

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Il est des grands hommes que les récits opportunistes occultent. Log Choissane dit aussi Hamyne ou encore le ‘Kaptan’ est de ceux-là. Ce fukinois est à la base de l’implantation des chinois à Maurice. Le commerce au détail  a commencé à germer dans ce qui deviendra le Chinatown de Port Louis. Dès lors une révolution sera en marche…

Cet homme a un jour  quitté son Fujian natal, région portuaire au sud de la Chine, pour rejoindre Maurice. C’était au tout début du 19ème siècle. A île Maurice, c’est le gouverneur Farquhar qui gérait les affaires de la colonie.  A la demande des autorités britanniques Hamyne va endosser le rôle de ‘Kaptan’. Nous sommes en 1821. Pour la petite histoire, c’est ainsi que les villageois mauriciens vont pendant plus d’un siècle et demi nommer les boutiquiers : « Kaptan ».

Hamyne ramènera d’un premier voyage cinq compatriotes et associés : Ahim, Hankee, Nghien, Hakhim et Whangoo. Ils s’installeront tous  à la Rue Royale. Hahyme avait à lui seul trois ‘boutiques’ dans la capitale. Un de ces nombreux associés, Ahine va à tour de bras ouvrir une série de boutiques, dans des lieux ciblés de la capitale, car visant chacune une clientèle bien spécifique qui se trouve pour les uns au nord de la capitale dans le lieu-dit Camp des Malabars, pour les autres dans le centre dit Ville Blanche et pour les autres encore au sud de la ville soit dans le lieu-dit Camp des Noirs.

En 1940, un nouveau flux migratoire des chinois va poursuivre la transformation du quartier dit Camp des Chinois. Les chinois venus de la région de Canton vont aussi migré vers l’île. Leur arrivée va donner une dimension particulière à la partie nord de Chinatown. De nouveaux commerces vont fleurir dès lors : restaurants, pharmacies, boutiques d’antiquaires, magasins d’épices. Plus tard,  ils passeront à la manufacture du vin et d’allumettes. Les commerces de la communauté chinoise offraient surtout la possibilité d’acheter au détail car jusqu’en 1839, nourritures et vêtements ne pouvaient être achetés que chez des grossistes. Chose impossible pour la masse des coolies et nouveaux libres, ceux-là qui venaient à peine de sortir de l’enfer de l’esclavage.

Chinatown va à nouveau muer à la fin du 19ème avec l’arrivée à Maurice de chinois d’une ethnie différente: les Hakkas. Ils arrivèrent, pour la majorité, de la région de Guangdong, plus précisément de Meixian.  C’est eux qui vont donner une nouvelle impulsion au développement du petit commerce au détail au-delà des frontières  de ce qui est devenu au fil des années le Chinatown de Port Louis.  Nos laboutik sinoi et leurs précieux carnet rouz  vont inventer l’achat à crédit pour nourrir une population souvent affamée. Cette pratique durera jusqu’aux années 90 avant que les grandes surfaces n’aient raison de ces commerçants qui ont permis à la masse laborieuse de notre pays de se tenir debout.

C’est au cœur de Port Louis, que les chinois ont forgé leur solidarité face au racisme et à l’oppression des premières heures de l’immigration. C’est ici qu’ils ont prouvé leur capacité à s’adapter et n’ont pas fait mentir la légende sur leur ingéniosité, leur résilience et leur acharnement au travail.

Géraldine Hennequin-Joulia

Pour Porlwi by Ligth

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