Ces voix inaudibles de la MBC

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Et si la solution d’une meilleure station de service public venait de l’intérieur même de la MBC ! Hier, c’était Callikan, entouré d’une bande de béni-oui-oui, qui faisait de la télé propagandiste. Aujourd’hui, nous composons avec un Bhadain se comportant en propriétaire de la station nationale, aidé dans sa tâche par certains qui confondent leur rôle de journalistes avec celui d’indécents et malhonnêtes suiveurs, quitte à manipuler volontairement les images d’un reportage.

Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que cet arbre aux branches politiques du jour cache malheureusement une forêt de journalistes et réalisateurs professionnels, expérimentés et passionnés par leur métier, dont les voix souvent inaudibles gagneraient à être entendues. À l’Université de Maurice, mardi dernier, lors d’un forum sur le thème Quel avenir pour le journalisme de service public ?, nous avons écouté attentivement deux de ces voix de l’intérieur. Elles ne représentaient certes pas la MBC, mais leurs opinions exprimées à titre individuel, riches de leur long parcours et de leurs convictions, reflètent celles de ces gens enthousiastes des médias audiovisuels, qui regardent tristement leur MBC stagner, reculer, perdre du temps année après année, quand elle ne change pas en pire à chaque nouveau gouvernement.

Ashok Beeharry et Ritvik Neerbun ont, chacun de leur côté, fait un constat sincère et pertinent tout en proposant d’intéressantes pistes de réflexion que les politiques, ceux qui avaient promis un changement à la MBC dès leur prise de pouvoir et qui font tout le contraire aujourd’hui, devraient entendre. «Quand l’information diffusée par le service public n’est associée qu’aux seules volontés des pouvoirs politiques, il est difficile au public d’y croire», dit avec raison Ashok Beeharry. Avant de poser la question qui nous interpelle tous : «Comment revoir, rationaliser et assainir le cadre législatif pour dépolitiser totalement le service public ?» Une interrogation appropriée à l’heure où des milliers de Mauriciens, malgré le paiement forcé de la redevance télé («On est obligé de payer malgré nous», a rappelé l’invité Jayen Chellum), ont tout simplement arrêté de regarder la MBC, ayant une idée toute faite de ce que nous propose la station nationale et bénéficiant aujourd’hui du choix de s’enrichir, de s’informer et de se divertir ailleurs, notamment à travers les chaînes de télévision par satellite. «Le public ne compte plus sur la MBC, et ce depuis longtemps, pour être informé et se faire une opinion. Sa prise de décision ne dépend pas de ce qui se passe à 19h30. La classe politique n’a pas encore accepté ces nouvelles règles du jeu. Elle confond audience et électorat, auditeurs-téléspectateurs et partisans de meeting», affirme avec perspicacité Ritvik Neerbun.

Donc, si chacun d’entre nous, du confort de son salon, a une idée précise de ce que devrait être la mission d’une télé de service public (à distinguer d’une télévision d’État, comme l’a bien précisé Christina Chan-Meetoo qui intervenait également lors du forum), pourquoi ne pas écouter ceux qui ont fait du métier de journaliste audiovisuel leur vocation ? Ceux-là – à ne pas confondre avec ces autres qui choisissent leur couleur politique et retournent leur veste à chaque changement de gouvernement – qui ne perdent pas la flamme et qui peuvent enrichir le débat sur l’amélioration d’un service public de qualité s’inscrivant dans la pérennité, au moment où le paysage médiatique doit s’adapter au changement imposé par la révolution numérique.

Dès lors, on se demande pourquoi la solution ne viendrait pas de l’intérieur ? À l’heure où la MBC a lancé plusieurs appels à candidature pour une dizaine de postes à responsabilité, dont celui de directeur général (on se demande si cet exercice n’était pas de la poudre aux yeux sachant que jusqu’ici les candidats n’ont reçu aucun accusé de réception), ne serait-il pas judicieux d’organiser un débat avec des journalistes maison qui ont à cœur le service public pour dessiner la télé de demain ? Encore faut-il que les politiques considèrent les journalistes de la MBC comme des professionnels «qui peuvent remettre en question et faire avancer le débat», dixit Ritvik Neerbun. Si seulement ces voix étaient entendues…

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