Bien mal à qui ?

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Cette semaine, un sujet détendant, estival : le Good Governance and Integrity Reporting Bill. Je sais. A priori, tenter d’apaiser quiconque avec un truc pareil revient à demander à balancer plein pot du death metal pour endormir les gosses. On sent le pays à un tournant qui l’hystérise. Pour retrouver une période aussi divisée, il faut remonter à un autre croisement dramatique de notre histoire : le bikini de la mère Toorab.

Sans blague, comme je regrette aujourd’hui ces bons moments ! En ce temps on savait vivre, on s’empaillait sur des sujets complètement cons, en l’occurrence un maillot de bain dans un manuel scolaire. Désormais les enjeux sont si graves. Chacun nous le répète, les «pour» comme les «contre» : les lois Bhadain, si elles sont votées, marqueront un tournant dans l’histoire du pays. Et l’on voudrait que nos petits doigts émus sur le clavier ne tremblassent point ?

Comme vous, j’ai constaté les premiers dégâts: une députée qui se fait hara-kiri, les avocats de la place qui s’écharpent, le roshi-centrisme qui avance. M. Bhadain est au centre de tout, à la fois deus ex machina et miss météo de la Lepepie. Il fait la pluie, le beau temps, les nuages, les tempêtes, les cyclones. Ce climat vous plombe ? Faites-vous moins de Bill, voyez aussi ses bienfaits :

1) Intellectuellement, le débat est stimulant. Désormais, nous savons qui sont les adversaires les plus rudes quand on défend un choix : ceux qui font le même. Vous avez entendu comme moi  Madame Selvon : elle votera les lois qui l’ont poussé à la démission. Un chef-d’oeuvre de cohérence.

2) Marx avait raison, l’histoire se répète. Dès qu’on’un événement survient, on est sûr d›avoir à s›en manger la copie un peu plus tard. De Navin Tout Puissant à Roshi omniscient, le bégaiement est frappant. Bien entendu,  ce syndrome s›accompagne d›une chute brutale de la qualité, vous savez ce que c›est avec les contrefaçons. Je ne dis pas ça pour me moquer de M. Bhadain, je ne tiens pas à me faire rawatiser. Je remarque simplement que quand M. Ramgoolam avait besoin d’argent de poche, au moins, il faisait ça discrètement…

3) Ne jamais sous-estimer l’aptitude à rebondir des anciennes gloires. M. Ramgoolam en est l’illustration parfaite. Non seulement le bougre bouge encore, mais il se permet de donner des leçons de bonne gouvernance. Aussi crédible que de nommer Al Capone directeur de l’Agency, mais ça passe. L’autre revanche est celle du droit constitutionnel. Hier, il suffisait de convoquer un spécialiste dans les colonnes d’un journal pour déclencher l’effondrement de toutes les mâchoires sous le poids des bâillements. Et aujourd’hui ! Même la notion de reversal of the burden of proof paraît sexy : personne n’y comprend rien, mais ça fait technique.

4) On en viendrait à regretter qu’aucun éditeur n’ait tenté le vrai coup de génie du moment : fifty-shadiser les lois Bhadain. Ça aurait été quand même simple. Cette saga repose sur un des grands mystères de l’humanité, la quête du râle. En l’espèce, tout le monde verra de quoi il s’agit : on a tous entendu les gémissements du Bar Council. Il aurait suffi de rajouter deux-trois amendements cuculs pour corser le truc, puis de coller dans l’affaire un personnage porté sur la domination et le pouvoir, les menottes et le bondage des libertés publiques. Ses soumis se feraient prendre, bien prendre, tout prendre. Roshi, fais-moi mal.

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