Ces gens-là se moquent de mon amour

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Ces gens-là se moquent de mon amour

«Les rudes archers des terres arides / leurs armes recourbées sur leur dos / peuvent escalader des rochers fumants d’une chaleur d’enclume et d’en haut /Ils affûtent leurs flèches et attendent.

Mais chez moi dans ma ville tous les imbéciles heureux /Ne se doutent en rien de tous les dangers qui les guettent / ils appellent billevesées toutes mes peurs et angoisses / ces gens-là m’épuisent et se moquent de tout mon amour.»

Kur.12, Õthalānthaiyār

***

Y’en a marre de les entendre crier sur tous les toits qu’ils ont le mandat pour agir en notre nom et qu’ils ne vont pas reculer (alors qu’ils font marche arrière). Qu’ils peuvent modifier la Constitution et changer les règles du jeu quand cela les arrange. Mais pour qui se prennent- «ils» pour s’autoproclamer «nous» ?

Il aura suffi de moins d’un an pour que le gouvernement populaire, issu des urnes de décembre 2014, se fissure. Remarquez qu’en termes de durée en mois et de discours puant le communalisme, c’est mieux que 1982. Mais toujours est-il que cet énième gouvernement Jugnauth n’arrive toujours pas à décoller malgré le formidable capital de sympathie du début d’année, qui tend à fondre comme cire au soleil.

Certes, chacun d’entre nous a sa propre lecture de la baisse de régime de Lepep. Mais au-delà des raisons et des explications, circonstanciées ou pas, il y va d’un sentiment de désamour, de déception, de tristesse qui anime bon nombre d’entre nous, y compris l’auteur de ces lignes. Voici pourquoi…

Vers avril 2013, le tout-puissant régime Ramgoolam cédait de plus en plus à des pratiques totalitaires. L’usure du pouvoir était manifeste. L’économie, au lieu d’être «démocratisée», était rawatisée, soornackée et gooljarisée. Pire, un Bérenger, alléché par le pouvoir et le poste Premier ministériel, cautionnait par intérêt le régime et s’en prenait à la presse libre qui dénonçait inlassablement les ambitions de fin de règne du couple maudit de Riverwalk.

Il fallait stopper cette cabale au plus haut niveau et en raison de notre système vicié, il n’y avait qu’un seul choix possible : l’alliance Lepep qui promettait de nettoyer les écuries du pays. Et une fois au pouvoir, cela n’a effectivement pas tardé : aux Casernes centrales l’on a assisté à un impressionnant défilé de personnalités de la politique, de la fonction publique et du monde des affaires. Et les «mams» en avaient pour leur argent en termes de règlements de comptes. Lepep disait alors : on ne peut pas construire sur du malpropre et il fallait refaire les bases. Les «mams» ont cru. Et on a donné du temps au gouvernement…

Mais du temps pour construire, pas pour tout détruire, dans un esprit revanchard…

La mission salvatrice de Lepep franchit la ligne rouge, le 2 juillet, quand le fils héritier de Lepep, contre toute attente, est condamné à 12 mois de prison pour conflit d’intérêts dans l’affaire MedPoint. Ce qui devait être un jour heureux pour notre démocratie – car cela démontrait bien que l’indépendance du judiciaire et la séparation des pouvoirs n’étaient pas que des principes sur le papier – est devenu le début de notre profond désaccord avec les méthodes de Lepep (tout le cabinet ministériel, affichant son complexe de supériorité, avait transformé la cour de justice en une place de meeting).

Je suis de ces «mams» qui ont été choqués par les méthodes des ministres Bhadain et Soodhun qui, en guise de représailles, ont invité la police à se pointer, aux petites heures du matin, devant la maison du DPP avec un mandat d’arrêt ! L’estime pour une alliance qui allait nous garantir un État de droit fondait encore une fois au soleil, surtout quand l’Attorney General convoquait le nouveau CP pour le «briefer»…

Bien sûr tout ou presque peut se justifier mais comment ne pas frémir ensuite à la lecture des affidavits de Dufry et du DPP contre la façon de faire du gouvernement ? Comment ne pas être choqué en voyant ce que Roshi Bhadain fait avec la MBC (comme Ramgoolam, l’express et l’auteur de ces lignes sont devenus des adversaires qu’il faut faire taire et quoi de mieux que le JT pour faire cette basse besogne). Comment ne pas s’indigner en analysant la liste des 60 médecins qui ont été recrutés selon le bon vouloir du ministère de la Santé ? Comment ne pas frémir en écoutant l’Attorney General et le ministre de la Bonne gouvernance vanter TOUTES les clauses du Good Governance and Integrity Reporting Bill sur LEUR plateau de la MBC avant de les amender après la démission de l’un des leurs ? Comment se taire quand l’on voit que Lepep reproduit le même schéma que le régime qu’il a délogé grâce à NOS votes ? Comment faire comme si tout va s’améliorer un jour alors que les dés sont pipés d’ores et déjà… Comment ne pas tomber en désamour quand l’on rêve d’un pays meilleur où l’État de droit et l’égalité des chances seront, enfin, respectés…

***

…Heureusement que des fois quelques jeunes esprits éclairés nous démontrent que tout n’est pas perdu, qu’il existe une lumière autre. Notre réconfort est venu, cette fois-ci, de Marek Ahnee et de Kavinien Karupudayyan, qui lanceront sous peu des psaumes millénaires de «classe mondiale» – sous le titre évocateur de «Le paysage intérieur » – qu’ils ont traduits du tamoul. Édités en français par Barlen Pyamootoo de l’Atelier d’écriture, les vers du Kurunthogai (401 poèmes écrits par plus de 200 poètes et poétesses qui sont d’une beauté sublime) traversent les âges pour nous révéler le paysage qui nous habite, comme celui qui nous sert d’intro aujourd’hui…

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