Fuir le débat

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Le déficit de démocratie est un problème grandissant dans ce pays. De plus en plus de dirigeants politiques et de leaders d’opinion donnent l’impression qu’ils esquivent la confrontation d’idées préférant le monologue. Pourtant, à une époque où les enjeux de société sont complexes, les débats et échanges en face-à-face auraient permis aux citoyens d’être mieux éclairés.

Le dernier exemple de refus de débattre d’un sujet d’intérêt national est venu de l’Ordre des avocats. La Mauritius Bar Association a décliné l’offre du ministre de la Bonne Gouvernance de venir discuter avec ses membres du projet de loi sur les richesses inexpliquées lors d’une réunion spéciale qui se tient cet aprèsmidi. Officiellement, la raison qui a été invoquée pour justifier ce refus tient à des complications procédurières. Il fallait «amender l’agenda et refaire un Special Notice» a argué sans conviction le secrétaire du Bar Council.

Cette réunion spéciale a pour but d’examiner le Constitution (Amendment) Bill, le Good governance and Integrity reporting Bill et l’Asset Recovery (Amendment) Bill. Des textes dont le ministre Bhadain connaît bien les tenants et aboutissants. Sa présence aurait sans doute enrichi le débat. Or,pour rehausser le niveau de la réflexion, la MBA a simplement recommandé à ses membres, hier, par voie de courrier, de lire une série de documents académiques et deux textes politiques : «The Inglorious Republic» de Penny Hack et le «Mauritius Labour Party: Position Paper».

Même à l’Assemblée nationale, lieu par excellence de confrontation d’idées, les parlementaires semblent moins disposés à engager le bras de fer avec l’adversaire direct. Mardi dernier, la tranche réservée à la PNQ n’a duré qu’une dizaine de minutes. Le leader de l’opposition avait en face de lui le ministre des Finances mais a renoncé à poser des questions supplémentaires sur le le traité de non double imposition entre Maurice et l’Inde.

Il reste la plate-forme largement inexploitée de la MBC. La station nationale reste incapable d’organiser un débat contradictoire entre des intervenants de bords politiques différents. Dans le passé, il n’y avait pas de débat tout simplement parce que les opposants étaient interdits d’antenne. Aujourd’hui la station lance des invitations tous azimuts mais bute contre des fins de non-recevoir. Ce sont autant d’occasions ratées. Les torts sont partagés.

D’abord, c’est un problème de compétences. On imagine mal le MMM ou le PTr prendre le risque d’affronter Vishnu Lutchmeenaraidoo, par exemple, sur un plateau de télévision pour un débat sur l’économie. Mais, les opposants n’ont pas totalement tort de boycotter une MBC qui reste outrancièrement partisane dans sa couverture de l’actualité nationale. Une participation de l’opposition aux débats télévisés crédibiliserait une station qui n’est pas guérie de son envie maladive de plaire aux puissants.

Seule la télé libre offre l’espoir, à ce stade, d’un développement de la culture de débat contradictoire.

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