Le Jardin de la Compagnie : cette parenthèse bucolique d’hier…

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Quelques arbres centenaires et une poignée d’arbustes tentent de faire bonne figure pour que le Jardin de la Compagnie ne soit pas la plaie béante d’un Port-Louis en mal de verdure. Chassez les corbeaux. L’âme du jardin s’est repliée dans les racines des banians, ces arbres symbole de l’immortalité.  

Parce que le beau alimente nos rêves, nous pourrions encore espérer voir fleurir parcs et jardins dans notre Port-Louis bien-aimé. Nous pourrions espérer que l’envahissement de ces lieux par quelques marchands, aux poches bourrées de sacs en plastique ou pas, soit impossible. Nous pourrions imaginer que, dans un geste d’éco rébellion, citadins et tout amoureux de cette attachante ville exigent que Port-Louis ne soit plus sevré d’oxygène et de chlorophylle. Ainsi dans nos trépidants quotidiens s’ouvriraient des parenthèses bucoliques à consommer à souhait ! Pour lire, pour contempler, pour discuter, pour rire ou pleurer…

En d’autres temps, Port-Louis avait en son palpitant sein, un jardin où les gens se retrouvaient, se promenaient ou encore s’isolaient. Le Jardin de la Compagnie a eu plusieurs vies. Il a toujours tenté de se trouver une vocation plus louable que celle qu’on lui connaît désormais. Moins lugubre aussi que celle qu’il avait connu à ses débuts. Ce jardin qui tient son nom de la Compagnie française des Indes orientales était à l’origine un ‘enfoncement’ (une ravine) où les eaux dévalant la montagne du Pouce, par temps de pluies torrentielles, rejoignaient celles de la mer. Ces eaux étaient souvent refoulées par le flux marin, créant ainsi un «marais pestilentiel». Les documents d’archives révèlent qu’à proximité se trouvait le premier cimetière de l’île appelé d’ailleurs Cimetière de l’Enfoncement. Les colons y enterrèrent leurs morts jusqu’en 1771, date de la création de cimetière de l’Ouest. La nécropole située en plein centre-ville était cause, disait-on, «d’infections».

Le remblai de cette ravine s’est fait en plusieurs étapes sous différents gouverneurs. Devenu bien privé, puis racheté à nouveau par la Compagnie des Indes, le Jardin sera cédé le 18 mai 1791 à La Commune de Port-Louis. Il est jusqu’à présent une propriété de la municipalité de Port-Louis. Les premiers arbres de ce jardin ont été plantés sous la gouvernance de Decaen. Le destin de cette promenade évoluera au gré des projets. Au début des années 1800, la première salle de spectacle de notre île se dressait déjà au fond de ce jardin. Endommagé par un cyclone, il renaîtra ailleurs dans la ville. Plus tard, en 1814, le jardin accueillera le Bazar et ce pendant deux ans. Un énième incendie va contraindre le marché à déménager.

Au fil des ans, stèles, bustes et autres statues sont venus ponctuer un parcours de moins en moins mis en valeur. Le Jardin a été vandalisé à plusieurs reprises et rénové sans conviction à chaque sursaut d’orgueil d’un nouveau conseil municipal. C’est pourtant dans les plis d’un tel lieu que parfois se réparent les mémoires vis-à-vis de l’Histoire. Aujourd’hui, au milieu des banians résistant impérieusement à l’assaut des hommes, le Jardin de la Compagnie nous invite encore à comprendre qu’un lieu précieux préserve toutes les vies de la ville.

Géraldine Hennequin-Joulia

Pour Porlwi by Light

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