Ramgoolam peut dire merci au gouvernement

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Si l’ancien Premier ministre, malgré son image négative, peut se permettre de revenir impudiquement sur le devant de la scène et d’animer des congrès – le dernier en date étant celui de Bois-Chéri vendredi dernier où il n’a pas hésité à s’arroger le droit de donner quelques leçons au gouvernement Lepep –, c’est que la situation plutôt chaotique du pays le lui permet. Si le gouvernement ne souffrait pas d’impopularité, si une certaine sérénité régnait et s’il y avait une perception de bonne gouvernance (même la gestion des grosses pluies de jeudi dernier fut une catastrophe avec le communiqué tardif de fermeture des écoles), il aurait été impossible pour Ramgoolam, battu aussi sévèrement aux dernières élections et traînant de lourdes casseroles, de faire une tentative de come-back politique. Du moins pour l’heure. 

Mais la gestion contestée du gouvernement Lepep, les gaffes accumulées depuis sa prise de pouvoir et les prises de position qui sont loin de faire l’unanimité favorisent le retour d’un Ramgoolam qui, dans n’importe quel pays démocratique et progressiste, serait parti à la retraite en cédant sa place à un autre membre du PTr. Au lieu de cela, l’ancien Premier ministre entretient l’espoir de retrouver sa place sur l’échiquier politique et l’a dit clairement vendredi soir : «Mo ti pe diskit ek mo madam pou les laplas a enn lot. Me monn sanz desizion kan zot inn komans aret mwa (Boolell sait à quoi s’en tenir). «Mo ena enn vizion pou Moris. Mo laflam ankor la ek li pa pou tegn.» Et voilà où on en est : d’anciens players qui, hier, illustraient l’arrogance, la dictature, la politique de petits copains avec des nominations contestables, usés par le pouvoir et éjectés de manière sonore par le peuple, viennent faire la leçon à d’autres qui dénonçaient avec raison des méthodes antidémocratiques, promettant un changement radical, mais faisant aujourd’hui le contraire en s’engageant dans la même voie.

Le drame est que la politique étant l’art de tous les possibles, Ramgoolam, en jouant à fond la carte «martyr», pourra même finir par convaincre d’un semblant de bonne foi, non seulement parce qu’il y a une perception d’acharnement contre lui, mais aussi parce qu’au final, jour après jour, les citoyens ne voient pas les promesses de Lepep se matérialiser. À l’heure du bilan des dix derniers mois, que retient-on ? Des ministres jouant les enquêteurs, un ministre de la Santé incapable de justifier l’arrêt du programme de méthadone, un ministre de la Bonne gouvernance qui confond son rôle avec celui de propriétaire de la radiotélévision nationale, des promesses de lois telles que le Freedom of Information Act et la déclaration des avoirs toujours attendues, alors que des nominations favorisant proches et petits copains sont dénoncées.

Et pour finir, le Good Governance and Integrity Reporting Bill qui dérange l’opinion publique, l’opposition parlementaire, le corps judiciaire et qui risque de provoquer des premières secousses à l’intérieur même du gouvernement, avec des députés de la majorité qui se prononcent publiquement contre tandis que d’autres montrent leur désapprobation en coulisses. La voix la plus virulente est venue de la députée Danielle Selvon, qui est allée très loin sur les ondes de Radio Plus hier matin, en affirmant qu’on ne peut toucher à la Constitution qui ne peut servir à un appareil politique, tout en réclamant un respect de nos institutions avant de mettre en doute la rétroactivité des sept ans. Mais encore plus surprenante est la déclaration de Danielle Selvon qui se demande où en est son parti aujourd’hui et quel est son bilan après dix mois au pouvoir ? «Il y a beaucoup à réfléchir», dit-elle. Est-ce qu’elle sera entendue? En attendant, c’est Ramgoolam qui dit merci à l’Alliance Lepep…

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