On ne peut tout avoir : il faut savoir choisir !

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La controverse sur le «Good Governance & Integrity Reporting Bill» illustre, depuis quelque temps, la vérité fondamentale qu’aucune décision de vie n’est jamais tout à fait tranchée en noir et en blanc. On a tous, bien sûr, envie de voir les fortunes inexpliquées de certains être mises sous la lorgnette et être mises hors-jeu quand elles relèvent de gains illicites. Mais quand cette envie doit être mesurée face à des risques de dérapage, d’abus ou d’erreur, causant des rétrécissements sérieux aux libertés démocratiques, il faut faire un choix pour ou contre. Je suis contre, en l’état actuel des choses. Je fais un choix. 

Le choix doit aussi être fait entre développement et nature. Évidemment que l’on préférerait tous une nature virginale AVEC du développement maximal et de «bons emplois» pour tous ! Mais l’on sait que ce n’est tout simplement pas possible parce que l’humain est intrinsèquement polluant ! On aura beau parler de l’économie verte que l’on ne parlerait, en fait, que de mitiger les risques de pollution de la nature, car les hommes ont depuis longtemps cessé de vivre en symbiose avec elle et la dominent et l’exploitent de plus en plus pour en extraire les «plusvalues» qui font avancer les niveaux de vie planétaires. Par ailleurs, ce n’est pas un hasard si la Banque mondiale annonce que la population vivant en dessous du seuil de la misère de 1,90 $ par jour (remplaçant 1,25 $/jr, ayant été ajusté pour l’inflation) est passée de 1,96 milliard d’humains à… seulement 702 millions, entre 1990 et 2015. On en est, ainsi, à moins de  10 % de l’humanité pour la première fois de l’histoire de la civilisation, ce qui est une réalisation extraordinaire alors même que sur cette période de 1990-2015, il y a… 2 milliards d’humains de plus ! Il y a 702 millions de pauvres de trop, c’est sûr (on est tout de même «on target» pour éradiquer la pauvreté totalement à horizon 2030 !), mais ce progrès n’a été possible qu’avec des choix en faveur de la globalisation du commerce, de la mondialisation de l’économie libérale, de ponctions additionnelles sur le plan minier, de productions énergétiques augmentées (souvent charbon !), de développements technologiques forts (transports, Internet, cloud, etc.) et donc de pollution accélérée… Le choix n’est pas facile, mais il a dû être fait. Il y a certes une alternative altermondialiste faite de vies plus simples, de taxe sur les transactions financières et les fortunes (pourquoi pas !), de légumes bio, de moins de matérialisme et de béton avec les milliardaires de Forbes au gibet, mais il n’est pas dit que cela puisse se considérer sans étendre la pauvreté de ceux au bas de l’échelle alors que l’on se détacherait des exigences de la croissance, y compris démographique.

 À moins de troquer le vieux logiciel du «partage des gains de productivité» contre celui du partage des gains de qualité et de soutenabilité, selon la logique qualitative du «prendre soin» (des personnes, du lien social, des objets, de la biosphère), comme joliment écrit par Jean Gadrey ( Le Monde Diplomatique , nov. 2015). Pareillement, en l’état actuel des choses, le salaire minimum c’est souhaitable, au niveau le plus élevé possible évidemment, mais il ne faudrait pas qu’il détruise les perspectives de l’emploi. Il faut encore faire un choix. Si l’on me demande de choisir entre des dunes de sable et un hôtel à 300 emplois réels et productifs, mon choix est clairement, pour le moment, en faveur de l’humain. D’autant qu’il faudra, par ailleurs, bientôt licencier la où les emplois factices pullulent (MBC, casinos, CHC, Air Mauritius, Irrigation Authority, etc.) Moins de chauves-souris et plus de fruits me paraît, par ailleurs, être un choix raisonnable. Plus d’abeilles et moins de pesticides toxiques aussi. Une route à un mètre de plus ou de moins d’un cimetière de dodos devrait-il vraiment arrêter du développement ? 

Si l’on veut effectivement retrouver «nos» plages et «notre» nature face au béton envahissant et aux papiers gras de tous nos dimanches sur la plage publique, que va-t-on faire ? Réexporter notre population actuelle vers Mother India, Tonton France, Aunty China et Cousin Lafrik ? J’adore et protège la nature, mais ne souhaite pas en faire partie comme à l’âge de la «guerre du feu», ni retourner aux grandes périodes de l’indigence humaine ou seuls émergeaient, la royauté, les aristocrates et les prélats… 

Dans la petite controverse sur les cuves de la CEB, il s’agit de soupeser les hésitations du comité Ramsar en faveur du rôle éminemment positif d’un marécage sur notre littoral contre des retards additionnels au programme du CEB, ce qui augmentera les risques de «black-out» alors que nous sommes déjà sur la «corde raide» énergétiquement. Je favorise l’exception faite par le comité Ramsar dans ce cas et attends de pied ferme tous ceux qui ne sont pas d’accord et qui, partant, seraient disposés à ne plus regarder leur match de foot à la télé, de surfer sur Internet ou de se faire cuire un œuf sur le vitro céramique. Comme au Nigeria, plusieurs heures par jour. Il y a des choix à faire. On ne peut rien souhaiter, sans en assumer les conséquences, toute rose normale a des épines et chaque chanson, dit-on, a son refrain. Il faut juste bien réfléchir avant de choisir.

 
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