Parce que tout est une question politique !

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Entre ceux qui défendent le Good Governance and Integrity Reporting Bill et ceux qui le contestent haut et fort, le citoyen lambda se perd dans les méandres d’un système imbibé de soupçon, de jeu partisan et de politique revancharde qui font mal à notre démocratie. Pourtant, sur le fond, tout le monde est d’accord avec la loi Bhadain : dans un pays où l’écart entre riches et pauvres est flagrant, il faudrait pouvoir expliquer les sources des revenus de certaines richesses trop ostentatoires pour être honnêtes. Oui, les Mauriciens approuvent une traque de ceux qui se sont enrichis de manière illicite. Oui, il faut dénoncer les barons de la drogue, les white-collar crimes ainsi que ces corrompus qui tètent sans scrupules les mamelles de nos finances publics. Oui, nous sommes d’accord qu’il existe des politiciens dont le train de vie appelle des interrogations. Ceux-là doivent répondre et expliquer leurs incompréhensibles fortunes quand elles ne sont pas tout simplement injustifiées.

Pour toutes ces raisons, une majorité de Mauriciens, qui gagnent leur pain quotidien à la sueur de leur front, s’acquittent de leurs impôts, s’éreintent pendant plus de 20 ans pour payer l’emprunt de leur maison et font d’énormes sacrifices pour financer les études de leurs enfants, n’ont rien à reprocher à une loi qui, au premier regard et vue de manière simpliste, combattra une injustice en mettant de l’ordre concernant les unexplained wealth. Sauf que voilà, nous sommes dans un pays ou tout est politisé à outrance, où le manque de transparence fait partie du système et où les nominations politiques n’inspirent aucune confiance dans l’indépendance de certaines institutions. Du coup, il n’est pas étonnant que des mesures venant de l’exécutif – qui par ailleurs semble ces derniers temps vouloir avoir un contrôle sur tout et rien – soient enveloppées d’un manteau d’épais soupçon et d’arrière-pensée vengeresse.

D’où la polémique autour de ce projet de loi. Déjà beaucoup s’interrogent sur l’affiliation politique de ceux qui devront traiter les dossiers des éventuels présumés coupables appelés à s’expliquer sur leurs biens mal acquis. Mais si beaucoup tiquent, c’est aussi à cause de la rétroactivité des sept dernières années. Ceux-là se demandent – à tort ou à raison – si cette loi n’a pas été taillée sur mesure pour réclamer des comptes à l’ancien Premier ministre (dont l’arrestation intempestive, la fouille, les coffres-forts découverts et les va-et-vient incessants aux Casernes centrales étaient la principale préoccupation de l’Alliance Lepep pendant un certain temps) ainsi qu’à ceux ayant fait partie de son gouvernement.

Malgré les explications du ministre Bhadain qui conteste la perception punitive de l’effet rétroactif, avec comme argument justificatif la durée légale de sauvegarde de données par les banques qui est de sept ans, il ne pourra effacer le doute dans la tête des citoyens qui l’aurait crédité de bonne foi si la rétroactivité couvrait également la période où le MSM était au pouvoir. Une question pertinente en ces temps où tout est une histoire de pouvoir politique, de dirigeants qui règnent en maîtres et de façons de faire obscures.

Car après avoir promis une gestion basée sur la transparence, la méritocratie et les compétences en période électorale, il n’a pas fallu longtemps pour que l’Alliance Lepep s’adonne à certaines nominations qui semblent plutôt s’apparenter à une politique de favoritisme, de petits copains, de nou bann… De la nomination de Vijaya Sumputh aux nouveaux médecins recrutés dont plusieurs ont une connexion politique en passant par des proches des dirigeants de l’Alliance Lepep qui se retrouvent catapultés dans des corps paraétatiques, on finit par conclure que l’idée de la transparence était juste un argument de campagne électorale. Tout ça explique le manque de sérénité, l’absence de confiance, les soupçons vis-à-vis d’un projet de loi dont l’esprit, qui est de combattre les revenus injustifiés, aurait dû faire l’unanimité…

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